Oldenberg-Foucher, p
8o l'enseignement de çakyamuni
spéculation se meut visiblement sur le terrain du vieil ontologisme brahmanique, qui a reconnu, dès longtemps, la non-substantialité de tout ce qui est douloureux, différencié, individuel : mais sous l'apparence et l'individu, cet ontologisme découvrait etadoraitle réel, l'absolu, \ebrahman. Pour le Bouddha, au contraire, si tout est transitoire, c'est sans doute parce que « tout est non substantiel et vide ».
Cette formule, à notre avis, est autre chose qu'une transcription hindoue du vanitas vanitatum. Sans doute, comme le remarque M. E. Senart, « à force de réprouver toute préoccupation égoïste, de refuser aux objets sensibles toute importance, de répéter qu'il faut les considérer, avec leur cortège de plaisir et de douleur, comme s'ils n'étaient pas, l'esprit, surtout l'esprit hindou, peut sans peine en^rriver à nier toute existence objective^», et il y a quelque chose de cela, beaucoup de cela, dans le « tout est vide, non substantiel ». Mais la notion qui domine, c'est, à notre avis, la négation de la réalité comme la définissent les brahmanes, le brahman, principe éternel et immuable qui se manifeste dans le principe vital [âtman)^ dans la pensée, dans l'univers : « Il est encore moins déraisonnable de considérer le corps matériel comme le « moi », que d'appeler « moi »
1, Origines bouddhiques, p. 36.
NÉGATION DE LA PERSONNALITÉ 8l
l'esprit OU la pensée, car le corps subsiste parfois jusqu'à la centième année, tandis que ce qu'on nomme esprit, pensée ou connaissance, se produit et disparaît dans un perpétuel changement de jour et de nuit^. » Le Bouddha va plus loin; non seulement les cinq éléments, les skandhas, « épaules » ou « appuis », que distingue la psychologie de l'époque, matière, sensation, idées, intelligence et dispositions morales, ne sont ni le « moi », ni « du moi », mais encore, les textes paraissent formels, il n'y a rien en nous qui ne soit fait de ces cinq éléments : tout n'est que phénomènes transitoires produits par des phénomènes transitoires et formant une chaîne que le désir et Faction n'arrêtent pas de renouveler.
Ces vues phénoménalistes sont confirmées par le catalogue des vues erronées, — la croyance au moi [satkâyadrsti) est condamnée, sinon au même titre, du moins aussi expressément que l'hérésie proprement dite, le matérialisme; — et bien qu'elles n'aboutissent pas, dans le canon, à un système psychologique précis, elles sont développées dans des passages innombrables et donnent pour ainsi dire le ton à l'orthodoxie. M. Rhys Davids n'a pas craint d'écrire : « Le Bouddha admet la réalité des faits intellectuels ou émotifs, mais il se refuse expressément à les