‹ BouddhismeChapitre 33 sur 192 · Oldenberg-Foucher, p · texte numérisé non relu

Oldenberg-Foucher, p

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ramener à un principe qui soit un. Cette position est si absolue, si fréquemment affirmée, si essentielle à l'intelligence du Bouddhisme primitif, qu'on ne peut la méconnaître sous peine d'erreur radicale; mais, en même temps, elle est si originale, si foncièrement opposée à ce qu'on entend d'ordinaire par croyance religieuse, que c'est une grande tentation de chercher un trou, un subterfuge, — a loophole, — par où introduire, de quelque façon que ce soit, dans un système religieux aussi répandu, la croyance à l'âme et à la vie future, à la vie future d'une âme, il s'entend, [car le Bouddha admet la survivance des actions, du « caractère »], — fût-ce une croyance ésotérique et dissimulée. Mais il n'y a pas de trou, et tous les efforts tentés pour en trouver un se sont heurtés à l'opposition tenace des textes canoniques et des textes extracanoniques ^ »

Cependant, n'en déplaise à l'illustre écrivain que nous citons, la conception ésotérique, ji'est-ce pas plutôt l'idée d'une vie future qui ne seraitpas la vie future d'une âme ? En tout cas, on ne peut ignorer que la littérature vulgaire ou d'édification, et toute la littérature ascétique, supposent la croyance au « moi » comme tout le monde l'entend. Chaque fois que le Bouddha

1. Dialogues of the Buddha, p. 189, note; voir aussi pp. 81 et 87, et American Lectures.

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raconte une histoire des temps passés, c'est pour expliquer quelque incident contemporain, et il ne manque pas d'identifier les personnages divins, humains ou animaux: « A cette époque, voici cinquante mille siècles, c'est moi qui étais le dieu Indra, le roi Mândhàtar, le sage lièvre. »

De même les événements anciens fournissent-ils l'explication adéquate du bonheur et du malheur, de la vertu ou de la perversité de chacun. Et quand le Maître parle des efforts qu'exige le salut, de la discipline étroite à laquelle doivent être soumis les organes des sens et la pensée, des méthodes de méditation, des saints qui rentrent en possession de leur personnalité après des extases séculaires, nul ne pourrait soupçonner la critique impitoyable à laquelle il soumet l'idée d'un moi permanent, résidant dans le cœur, témoin impitoyable, cocher qui tient en main les sens difficiles à dompter, cornac qui frappe de l'aiguillon l'éléphant en rut qu'est la pensée.

Mais, fait plus digne de remarque, nous possédons des textes nettement didactiques et aussi formels en faveur de la personnalité qu'on peut le souhaiter. Le plus célèbre est le « discours sur le porteur du fardeau* » : « Je vous enseignerai, ô moines, le fardeau, la prise du fardeau,

1, Burnouf, Introduction, p. 508.

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le dépôt du fardeau, le porteur du fardeau. Le fardeau, ce sont les cinq éléments, matière, sensation, concepts, intelligence discursive, volitions », — en d'autres ternies, l'existence contingente; « la prise du fardeau, c'est la soif [ou désir] qui produit la renaissance; le dépôt du fardeau, c'est l'extinction de la soif; le porteur du fardeau, on peut l'appeler pudgala [c'est-àdire personne] : c'est ce moine qui porte tel nom, qui est de telle caste et de telle gens^ qui prend telle nourriture, qui a telle part de souffrance et de joie, qui vit tant d'années, qui demeure pour tel temps ». Dans notre langage, Çakyamuni entend désigner le principe qui ramène à l'unité la masse des faits physiologiques et moraux, qui demeure le même malgré le changement, malgré la vieillesse, comme disent les bouddhistes : « Qu'est-ce qui vieillit chez les mortels », demande-t-on au Bouddha, « qu'est-ce qui ne vieillit pas? » — « La matière ou le corps vieillit, [comme aussi les autres éléments du moi], mais le nom propre ne vieillit pas ^ » Et la personne passe de vie en vie, assumant un nouveau fardeau : c'est à elle qu'appartiennent les œuvres qu'elle a accomplies, car le fruit de l'acte ne peut être ni vendu, ni acheté, ni transféré d'aucune manière : «Ananda

1. Samyutta, I, p. 43; voir Oldenberg, Buddhistische Studien, p. 688. — Comparer Brhadâranyaka. iii, 2, 12.

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