Anguttara, IV, p
FOI, RAISON, INTUITION l/|3
d'antipathie, de trouble intellectuel qui pourraient lui faire dire : «je sais », quand il ne sait pas, «je vois », quand il ne voit pas. Il réalise le type parfait de l'homme « exempt de passion » : donc sa parole est véridique. Sa loi l'a délivré des passions, donc elle est vraie et nous délivrera'. Aussi bien trouve-t-on, dans une source d'ailleurs suspecte, une définition fort étroite de l'omniscience du Bouddha : « Qu'il connaisse le nom de tous les insectes, peu importe; il connaît les vérités de salut-. »
Nous touchons ici à un point délicat et important, à un de ces mouvements tournants qui dénaturent l'esprit d'une doctrine en respectant la lettre. — « Tout ce qu'a dit le Bouddha est bien dit. » Le Bouddha est le grand grenier où nous puiserons, les uns avec une corbeille, les autres avec les mains. La loi est démontrée par son évidence et son efficacité; elle paraît d'autant plus indiscutable. Mais l'utilité et la vérité eu soi qui caractérisent la parole de Çàkyamuni
1. Majjhima, II, p. 173. — Nous savons, par le Nyâyabindii, (jne les écoles de logique ont examiné la valeur de cet argument : « le vltaràga^ le sans-passions, est omniscient ».
2. Les brahmanes attribuent, à tort peut-être, cette définition aux bouddhistes, voir article cité p. 140, n. 1.
l'|4 SYSTÈMES MÉTAPHYSIOIJRS
à l'exclusion de toute autre, peuvent devenir et sont devenues le critère de l'authenticité et la norme de l'exégèse. Nous rencontrons parfois des formules compréhensives, orthodoxes, celle-ci par exemple : « La bonne parole [subhâsitd), la parole du Bouddha [buddhavacana)^ c'est le témoignage transmis de maître à disciple jusqu'à nous, c'est le témoignage qui se trouve dans les Discours et dans le livre disciplinaire, et qui n'est pas en contradiction avec la vérité de salut^. » Mais souvent on néglige le point de vue traditionaliste : « La bonne parole possède quatre caractères : elle est bien dite et non pas mal dite ; conforme au salut et non pas contraire au salut ; agréable et non pas désagréable ; vraie et non pas fausse^ »; et, dans un ouvrage plus moderne, deutéro-canonique (Grand Véhicule) : « L'enseignement prêché partons les Bouddhas se reconnaît à quatre caractères : il est revêtu d'utilité et non d'inutilité (ou de nuisance); conforme au salut et non pas contraire au salut; cause de l'abolition des passions et non pas de la croissance des passions ; inspirant l'amour du nirvana et non pas de l'existence... Quiconque enseigne ainsi, il faut le regarder comme un Bouddha, comme un Maître. Et pourquoi cela?
1. Yac ca sfitre 'vataratl, vinaye saxadrçyate, dharmatàxa c&na l'ilomayati, lad buddhavacanam nànyad. . . (Source citée, p. 137, n. 1).