Voir ci-dessus, p
PERSONNALISTES iSq
de la « distinction » [vibhajyavâdinsY opposent aux « personnalistes » : Vous prenez à la lettre des textes sans valeur doctrinale ; vous ne distinguez pas ce que le Bouddha a dit suivant la vérité et suivant l'apparence. — Il faut donc établir que les partisans du moi se groupent dans une école aussi avertie, aussi dialectique, aussi orthodoxe que peuvent être les écoles qui nient le moi.
Nous savons, par les ouvrages de polémique-, que les pudgalavàdins s'appuient sur divers textes canoniques, sur ceux notamment où figure \e moi pudga la, d'où ils ont tiré leur nom. Le Bouddha s'en sert en toute occasion : « Il y a quatre espèces àepudgalas, ceux qui font ceci, ceux qui font cela... » « Soit un pudgala qui a obtenu tel ou tel degré de méditation. . . » « Ger- XQ\n&pudgalasvéa\\^QY\.\.\Q nirvana dès cette vie, d'autres plus tard... » Nous pourrions traduire : « 11 y a des gens qui... », car le terme semble n'avoir qu'une médiocre portée métaphysique. Mais l'école s'autorise d'une définition en forme que nous avons déjà rencontrée : « Je vous expliquerai, ô moines, le fardeau, le porteur du fardeau » Par fardeau, il faut entendre tous
1. Voir Kathâvatthu, t, 6, où sont distinguées les deux vérités. D'autres distinctions (inbliàga) portent sur la valeur des termes scripturaires. — Voir ci-dessous, p. 251, n. 1.
2. Commentaire du Kathâvatthu, Bodhicaryâvatâra, ix, 73, ad fineui, Abhidharmakoçavyâkyâ, ad finem.
l6o SYSTÈMES MÉTAPHYSIQUES
les éléments de l'individualité, matière, sensation, pensée, etc. ; par porteur du fardeau, l'individu, le pudgala^ comme qui dirait l'hypostase qui supporte et ramène à l'unité tous ces éléments ^ — On remarque aussi que le Bouddha emploie le mot cUman^ âme, moi : « Il y a quatre espèces de gens ou àe pudgalas : celui qui s'applique au bien d'autrui et non à celui du « moi », celui qui s'applique au bien du « moi » et non à celui d'autrui^... » Et ailleurs : « Le moi, l'âme est le protecteur du moi ; quel autre protecteur pourrait-il avoir? Le moi est le témoin du moi, de ce qu'il fait de bien et de mal. » Mais, répliquera-t-on, ce moi, cet âtman n'est pas distinct de la pensée, de cet élément {skandhd) sans cesse renouvelé qui s'appelle la pensée, car le Bouddha a dit : « Il est bon de se dompter soimême, de dompter le moi...; la pensée domptée, c'est le bonheur^. » A merveille ! Mais cette pensée qu'il faut dompter, qui doit se dompter, n'est-elle pas l'essence de la personne, le germe qui transmigre ? Le Bouddha affirme en eft'et que le vijnàna, c'est-à-dire l'esprit, descend dans la matrice pour y former l'embryon^.
1. Voir ci-dessus, p. 83, et Dogmatique bouddhique, I, 34 (J. As. 1902,11, p. 260).
2. Anguttara, II, p. 95; Puggalapannatti, p. 54; Commentaire du Kathâvatthu, p. 8.