‹ BouddhismeChapitre 80 sur 192 · Akutobhaya, Commentaire du Madhyamaka, ad xxii · texte numérisé non relu

Akutobhaya, Commentaire du Madhyamaka, ad xxii

2. J'ai essayé (HastingSjfrtcyt'/ojyaeiita of Religions and Eihics, siib i>oc. Agnosticism) de débrouiller le catalogue des « questions réservées », lequel, d'après Gandrakîrti, est commun à tous les canons bouddhiques (Madhyamakâvatâra, vi, 129). Le premier groupe, sur la survie du Tathâgata, s'entend aisément (voir cidessus, p. 91). Le second et le troisième, sur l'infinité et l'éternité du m^onde (le monde est infini, n'est pas infini, est infini et non infini. . .), doivent, d'après le Brahmajâla, être interprétés au point de vue cosmologique; pour la scolastique, il s'agit des « moi » ou des « ego » humains, infinis s'ils existent depuis toujours, éternels s'ils doivent toujours exister. Le quatrième groupe, disons-nous, ne pose, pour les rapports du jlva et du çarira, que deux alternatives, identité ou différence, ignorant les hypothèses : identité et différence, ni identité ni différence. Par jît>a, il faut entendre le « principe vital », dont les phénoménalistes se passent Y>arVïn\ention du jifitendriya, le «sens» ou organe vital. Çarira signifie tout uniment le corps. Il parait donc que cette «question réservée » est indépendante de la théorie des skandhas . Plus tard on traduit jit^a = pudgaïa, çarira = les cinq skandhas, et les « personnalistes » argumentent : « Si pudgala n'était qu'une manière de parler inexacte pour les cinq skandhas , le Bienheureux n'aurait pas dit que l'àme {j'iva) n'est pas la même chose que le corps. »

l'EUSONNALISTtS 1 63

multiples aspects : « Celui qui accomplit l'acte et celui qui mange le fruit de l'acte, celui qui sent et la sensation, ne sont ni la même chose ni des choses différentes ^. » On peut résumer ces divers aphorismes dans une proposition générale : « Le porteur du fardeau n'est ni identique au fardeau, ni différent du fardeau ; le pudgala, l'individu ou la substance, n'est pas identique aux skandhas^ c'est-à-dire au corps et à la pensée, aux phénomènes matériels ou spirituels, soit isolés, soit réunis; il n'en est pas différent », proposition dont l'orthodoxie me parait irréprochable. La contradiction ou l'antinomie peut être réduite par deux méthodes au moins; nous verrons celle des « négateurs du moi » ; celle des personnalistes est très judicieuse : (c Les rapports du pudgala avec les skandhas sont, disent-ils, indicibles [avàcya). » C'est à cette thèse que s'arrêtent les Sâmmitïyas contre lesquels polémisent les docteurs du Grand Véhicule^. Elle constitue un chemin d'entre-deux, car elle évite les extrêmes, soit des phénomènes sans hypostase, soit une hypostase permanente, un moi transcendant à la manière des brahmanes.

Page 1