Voir ci-dessus, p
2. Du moins l'école Mâdhyamika ; voir Madhyamakavrtti, p. 64 n. 3, p. 283, n. 4; Madhyamakâvatâia, vi, 146, Bhavya, fol. 185 a. — Vasubandhu critique aussi le pudgala avaktavya (Ms. Burn kl'i] des Vâtsiputriyas Sâmmitiyas.
l64 SYSTÈMES MÉTAPHYSIQUES
Nous croyons que les deux extrêmes, dans la pensée du Maître, étaient, en général, l'affirmation ou la négation dans l'ordre métaphysique ; que sa voie moyenne était la condamnation de toute théorie de la chose en soi. Les pudgalavàdins ont élaboré un système, mais un système qui s'accommode de la tradition. Si mal connu qu'il nous soit, il n'est pas sans intérêt doctrinal et sans portée historique. On pouvait être bon bouddhiste et croire au « moi ».
Skandhavàdins ou Phénoménalistes
Tel n'est pas l'avis de l'école à laquelle appartient le canon, l'école des skandhavàdins, que nous appellerons « phénoménalistes ». Cette désignation, qui s'impose à défaut d'une moins mauvaise, présente de réels inconvénients, car elle confère à des vues empiriques et confuses une précision qui leur fit défaut. Les vrais phénoménalistes du Bouddhisme sont les ksanikavàdins, les « partisans de la momentanéité », dont nous parlerons plus loin^
1. Voir ci-dessous p. 178. Il va sans dire que la thèse phénoménaliste est, mieux qu'en g-erme, dans la doctrine des skandhas. Souvent on se place à un point de vue tout empirique : c'est ainsi qu'on parle de l'élément intellect {mano'', vijt'nxnadhàtu) ; mais, ailleurs, on explique lorig'ine de telle ou t lie connaissance particulière par le concours des causes.
LES SKANDIIAS l65
Les skandhas ne sont pas des phénomènes, des apparitions momentanées et interdépendantes, ce sont des «épaules «ouwépaulements», des « troncs », des « masses » soit matérielles (les cinq grands éléments), soit spirituelles (sensations, notions, jugements, volitions), qui se soutiennent les unes les autres, comme les piquets d'une tente, pour constituer le « nom et matière », l'esprit et le corps, ce complexe que les ignorants considèrent comme l'objet individuel de l'idée de moi, ou sous lequel ils prétendent découvrir une substance permanente. Les skandhcwâdins peuvent cependant être nommés « phénoménalistes », puisqu'ils nient tout être transcendant; le grec « stoicheiôtês » conviendrait peut-être, car les skandhas sont les composants du moi, et d'ailleurs on considère l'intellect [vijnâna) comme un élément [dhàtu) au même titre que la terre, l'eau, le feu, le vent et l'espace.
Les phénoménalistes, disons-nous, déforment l'enseignement primitif dans un sens diamétralement opposé à celui des personnalistes. A force de raffinement scolastique, ils réussissent à concilier la négation du moi avec la transmigration et la rétribution de Tacte; ils se jouent dans le réseau des aphorismes agnostiques; ils évitent la contradiction, sinon dans la pensée, du moins dans les termes.
l66 SYSTÈMES MÉTAPHYSIQUES
Le système de l'inexistence d'un moi [nairàtmya), de la non-individualité [pudgalaçùnyatà), de l'existence des seuls skandhas {skandhavâda), encore qu'il soit devenu l'héritage commun du plus grand nombre des sectes et qu'il ait, en effet, des attaches scripturaires très solides, a été, croyons-nous, créé par une des branches de l'école dite des Presbytres [sthaviravàdà). Il est supposé ou explicitement formulé dans les traités d'Abhidharma, «explication approfondie de la doctrine » , considérés sinon comme l'œuvre personnelle du Bouddha du moins comme l'expression sacrée de sa pensée. On les attribue soit à des disciples immédiats, soit à des saints prédestinés à la défense et à la restauration de l'orthodoxie. llsformentla« troisième corbeille» de la Loi, aussi vénérable que les corbeilles de la disciplineetdesdiscours. Mais, en fait, deux sectes seulement, la secte des Vibhajjavàdins, de langue pâlie, et la secte sanscrite des Sarvâstivadins, d'ailleurs en conflit sur des points de détail, possèdent des traités d'Abhidharma qui constituentdeux collections entièrementdistinctes. La seconde doit avoir été fixée au concile de Kaniska, le conquérant barbare de l'Inde du nord-ouest : on ne se trompera pas trop en parlant du premier siècle de l'ère chrétienne. Quant à la collection pâlie, elle se réclame du concile de Pâtaliputra, sous Açoka-le-Pieux.