‹ BouddhismeChapitre 82 sur 192 · COLLECTIONS CANONIQUES · texte numérisé non relu

COLLECTIONS CANONIQUES

Quoi qu'il en soit de cette chronologie, les Discours, beaucoup plus vieux que les Traités, apportent en faveur de l'école phénoménaliste un faisceau imposant de témoignages formels. Nous avons dit qu'il est impossible ou prématuré d'aborder la critique interne des diverses collections réunies dans la corbeille des Discours; ce sera la besogne du XX® siècle, si le Bouddhisme continue à intéresser l'Occident. Notons seulement que des recueils comme le Sarnyuttanikaya, « collection combinée ou arrangée », comme l'Anguttaranikaya, « collection par ordre numérique des énumérations techniques )),sontdéjà de l'Abhidharma, de « l'explication approfondie de la doctrine ». Ils peuvent être, ils sont anciens; mais ils se prêtent à des remaniements et à des additions. Nous savons, d'ailleurs, par le témoignage des docteurs du Grand Véhicule et par la controverse des Vaibhâsikas et Sautrantikas, par la découverte de quelques fragments du canon sanscrit, que le canon pâli ne représente pas une vulgate généralement admise, tant s'en faut^.

1. Le commentateur de Bodhicaryâvatâra (voir ix, 44) observe que les écoles du Petit Véhicule ne s'entendent ni en Vinaya, ni en Sûtra, ni en Abhidbarma. — L'Abhidharmakoçavyâkhyâ assure que « beaucoup de SCitras ont disparu, la tradition du Cbœur fondamental étant iorahée {inûlasamfflti-bhramçâl) >>. « L'Awguttaranikâya contenait jadis les groupes jusqu'à la série de

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Mais il est impossible ou imprudent de faire un tri parmi les Discours. Confessons donc qu'ils enseignent le phénoménalisme le plus radical et le plus conscient. Le Bouddha affirme que les cinq skandhas^ corps, sensations, notions, intelligence et volitions, sont transitoires et, par conséquent, n'entretiennent aucune relation imaginable avec un « moi » ; que, d'ailleurs, il n'y a rien dans l'homme que les cinq skandhas^ car, s'il y existait quelque autre principe, ce principe tomberait sous l'observation.

Les religieuses elles-mêmes, — et on sait que les bouddhistes sont convaincus de la stupidité des femmes : elles passent leur vie à cuire le riz et, cependant, pour savoir quand le riz est cuit, il faut qu'elles écrasent le grain avec deux doigts ; c'est pourquoi on dit qu'elles ont deux doigts d'intelligence ou l'intelligence des deux doigts', — les religieuses même, malgré la faiblesse d'esprit propre à leur sexe, savent très bien que l'être individuel et personnel, support des phénomènes, n'est qu'un être de raison. Le

cent; maintenant il s'arrête à celle de dix » (canon pâli : onze). — Les diverses sectes ont diverses « lectures >> [nikàyàntarapàihavacanàt). Il y a des sûtras apocryphes (adhyàropita), tous ceux qui nient le pudgala (Abhidharmakoça, Ms. Burn, 474 a). — Voir Minayefif, pp. 225, 227.

1. Therîgâthâ, 60; Mahâvastu, III, 391.19; Windisch, 3/âra und Buddha, p. 136. — Les femmes jouent cependant un grand rôle dans la primitive communauté, voir Car. Foley, Women leaders of the Bnddhist reformation.

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moi psychologique n'a pas d'unité. La notion d'unité {aikya)^ soit substantielle soit accidentelle {pinda), d'âme ou principe vital [àtman^ jïva), d'individu permanent (piidgala), constitue à proprement parler l'ignorance [auidyâ). Le terme même de sattva, le plus anodin de tous et qui appartient à la langue usuelle, — on peut le traduire « créature » ou « être vivant », — est proscrit par la scolastique. Mâra le Mauvais apparut à une religieuse nommée Vajira, « Diamant », et lui demanda : « Par quoi est constitué l'être vivant? Par qui est-il fait? Où l'être est-il né ? Où est-il anéanti ? » La religieuse de répliquer : « Qu'entends-tu désigner par ce mot « être vivant » ? Quelle hérésie ! Ce n'est qu'un faisceau de composés et il ne s'y trouve pas d'être vivant ; de même qu'on appelle char les parties du char réunies, de même on s'imagine qu'il y a un être vivant là où sont les skandhas. C'est la douleur qui est produite ou qui dure; rien n'est produit que la douleur, rien n'est anéanti que la douleur : il n'y a pas de réalité sous-jacente qui la supporte ^ »

Cette comparaison du char et du moi a fait fortune. Elle est développée avec une sorte de brio dans un curieux ouvrage qui relate les conversations de Nâgasena, docteur suscité pour la destruction des hérésies, et du roi grec

l. Saiiiyutta, 1,135; "Windisch, 147; Oldenberg-Foucher-, p. 206.

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Ménandre, en pâli Milinda, un des successeurs d'Alexandre en Extrême-Orient. « Gomment t'appelle-t-on ? » demande le roi. — « On m'appelle Nâgasena », répond le sage; « mais ce sont les père et mère qui donnent le nom, Nâgasena, Sûrasena ou Vïrasena, et ce qu'on appelle Nâgasena, ce n'est qu'un nom, une désignation, une manière de dire, un pur mot : il n'y existe pas, on ne peut y découvrir une personne, un moi. » — « Gomment! » s'écrie le roi, « mais s'il n'existe pas de personne, qui jouit des biens de ce monde ? qui vit dans le renoncement ? qui atteint le nirvana? qui ment ? qui commet les cinq péchés mortels ? Il n'y a plus ni bien, ni mal; et si quelqu'un te tuait, il ne commettrait pas un meurtre! » — La même objection se rencontre partout : « Quel moi pourront atteindre des actions qui ne sont pas faites par un moi ? » se demandait un moine que le Bouddha traita de fou, d'ignorant et de convoiteux^. — Nâgasena répond avec plus de politesse : « Tu es un grand roi et habitué à la vie facile; puis-je te demander si tu es venu à pied ou en char ? » — « Je ne vais pas à pied, maître, je suis venu en char. » — « Fort bien, explique-moi donc ce que c'est qu'un char ! Le char, est-ce le timon? est-ce les roues, le coffre, le joug? est-ce l'ensemble de ces organes ? est-ce quelque chose

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