Sainyntta, III, p. 10.3: 01denborg\ p
INEXISTE?ÎGE DU BOUDDHA l^I
en dehors de ces organes? « Char », ce n'est qu'un mot vide; il n'y a pas de char et tu mens en disant que tu es venu en char ^ ! »
Le livre de Milinda ne fait pas partie des Ecritures, mais on peut soutenir que l'opinion de Nâgasena ne marque pas un progrès sur la dogmatique du canon. Nous connaissons en effet, à côté des textes où sont condamnées toutes les hypothèses relatives à la survie du Bouddha, un texte non moins formel qui nie l'existence du Bouddha vivant.
Certain moine, nommé Yamaka, s'imaginait que le saint, Bouddha ou fidèle ordinaire, la personne [pudgala) qu'on appelle un saint, n'existe plus après la mort. Doctrine hérétique, comme Çàriputra, le sage disciple, le lui fait entendre : « Penses-tu », demande-t-il, « que le Bouddha, l'actuel et vivant Bouddha, soit corps, sensation, pensée? » — hypothèse inadmissible puisque les skandhas sont multiples et transitoires. « Penses-tu que le Bouddha soit dans le corps, la sensation ou la pensée, ou que, inversement, le corps, la sensation et la pensée soient dans le Bouddha? Penses-tu, enfin, que le Bouddha soit en dehors du corps, de la sensation et de la pensée ? » Yamaka est contraint de nier toutes les relations concevables
1. Voir Oldenberg-Foucher-, p. 254. La comparaison du char, dans Madhyamakâvatâra, vi, 135.
Iy2 KYSTKMES MFTAPHYSIQUFS
entre le Bouddha et les formes visibles par lesquelles se manifesterait le Bouddha. Et Çâriputra : « Donc, mon ami, même maintenant, tu ne perçois pas le Bouddha comme existant réellement, vraiment^. » Or, si le Bouddha n'existe pas, peut-on dire qu'il périsse à la mort? Pour périr il faut exister. Bouddha, comme Nâgasena, n'est qu'un nom sans objet, une désignation indûment appliquée à des formes multiples et transitoires.
Les passages parallèles sont nombreux. — Un jour que le Maître expliquait les quatre aliments, — à savoir l'aliment qu'on avale par
1. Samyutta, III, 109 et IV, 380. Voir Oldenberg-FoucherS, p. 279. — Les mots que je traduis librement : « Tu ne perçois rien de réel, de vrai, qui soit un Bouddha », sont rendus par M. Olbenberg : « So ist... der VoUendete fur dicli nicht in Wahreit und Wesenliaftigkeit zu erfassen » (Buddha'', p. 330). M. Oldenberg a contesté l'interprétation que j'avais proposée de ce passage (J. As. 1902, II, p. 246) et que je crois devoir maintenir malgré la remarque très juste que « l'ancienne croyance bouddhique doit être examinée en soi et comprise par soi, sans faire intervenir la dogmatique du Bouddhisme postérieur ». Mais la question est précisément de savoir si le texte en cause, comme celui qui suit dans le Samyutta (III, p. 116), comme une foule d'autres qui afErment la vacuité (sunnatâpatisaniyutla, II, p. 267), représentent l'ancienne croyance bouddhique. A mon avis, ils nous o£Frent plutôt une accommodation, tout à fait dans le style de la dogmatique postérieure (voir les Additions à la p. 200), de la primitive idéologie, dans l'espèce, du dogme de la survie du Bouddha. C'était jadis une hérésie de nier la survie, parce qu'on ne sait rien du nirvana ineffable en soi. L'orthodoxie nouvelle conserve le catalogue des hérésies, mais, faisant de la négation du pudgala son dogme essentiel, elle comprend l'hérésie du 7i//vrtnrt-néant dans un sens nouveau.
LES ALIMENTS l^S
bouchées, qu'il soit pondérable ou impondérable, le contact, la réflexion et la connaissance : nous n'essaierons pas d'expliquer ici ces diverses nourritures, si grande importance que leur accorde la scolastique, — un moine se hasarda à demander: « Qui mange l'aliment appelé connaissance? » — « Question mal posée », réplique le Bouddha. « Si je disais : quelqu'un mange, tu pourrais demander : qui mange ? mais je ne m'exprime pas ainsi. En raison de quoi se produit tel aliment? voilà ce qu'il faut demander. De même il ne faut pas demander : qui touche ? qui sent? qui désire ? qui s'attache ? mais bien: d'où procède le contact, la sensation, le désir, l'attachement, [la renaissance], la douleur^? » — Il semble qu'on ne puisse poser avec plus de sérénité et de conviction, l'existence autonome des phénomènes, le devenir sans substance. Parfois, cependant, l'Omniscient est encore plus paradoxal : « J'affirme l'acte et la rétribution, mais je nie l'agent-. » 11 est donc bien entendu qu'il n'existe pas de « moi », d'être en soi, mais seulement des « choses fabriquées » {sainskrta^ nirmita), matérielles ou spirituelles, qui naissent, demeurent et disparaissent. — Le Maître, croyons-nous, avec une superbe indifférence, avec un parfait