‹ BouddhismeChapitre 84 sur 192 · SaniyuUa, II · texte numérisé non relu

SaniyuUa, II

2. Voir, par exemple, Siitrûlaialcura, xviii, lOl, etWarreii, p. 2i7.

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sentiment de l'utilité, avait nié et affirmé le moi. Une fraction de la Communauté, celle qui a donné le ton à la spéculation postérieure, reconnaît l'enseignement vrai et la dernière pensée du Maître dans ce qui n'était qu'une ressource de sa thérapeutique.

Mais, le phénoménalisme radical une fois admis, que penser de la transmigration et de la rétribution des actes ? comment reconstruire le « chemin du milieu » ? C'est ce qui nous reste à examiner.

Tout s'explique, et fort aisément, quand on examine les lois qui présidente l'évolution des phénomènes. Ces lois sont telles que tout se passe comme si le « moi » existait « en vérité et en réalité ».

Nous devons examiner ici une formule compliquée que la tradition place dans la bouche du Bouddha : mais on en connaît trop de versions canoniques pour ne pas soupçonner, dans la rédaction définitive, des additions et des remaniements. C'est la formule célèbre An pralïtyasamutpàda^ ou de « la production en raison du concours des causes ».La plus ancienne dogmatique mettait simplement en lumière les multiples causes de la douleur identifiée avec la renaissance. La seule qui soit nommée dans le Sermon

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de Bénares, le premier discours de Çakyamuni devenu Bouddha, c'est la « soif » ou convoitise : « L'origine de la douleur, c'est la soif qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la concupiscence, qui trouve çà et là satisfaction; la soif du plaisir, la soif d'existence, la soif de non-existence. » Mais il convient d'expliquer l'origine de la soif, et, visiblement, il y a des intermédiaires entre la soif et la renaissance. D'où une série de propositions juxtaposées, une série de couples dontle second terme est la douleur: si on souffre, c'est-à-dire si on se renaît pour la souffrance, c'est en raison de l'ignorance, de l'intelligence, de la sensation, delà soif, de l'eflbrt, de l'alimentation, de l'esprit, du mouvement de l'esprit. Il suffira d'amender légèrement, et surtout par élimination, ces premières données, pour obtenir une ligne de termes se commandant les uns les autres : étant donnée l'ignorance de la vérité bouddhique, la sensation agréable ou désagréable produit le désir ou la répugnance qui seront suivis de l'acte, lequel fructifiera dans la souffrance d'une vie ultérieure.

Cependant la sensation suppose l'organisme et le monde extérieur : il fallut donc introduire dans la théorie de la « causation successive » des termes qui, pour conditionner ceux qui suivent, sont indépendants de ceux qui précèdent.

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D'où un schéma à peu près inintelligible, d'autant plus propre à exercer la sagacité des scolastiques et des orientalistes. Nous ne pouvons songer à expliquer, même en raccourci, les nombreuses et divergentes exégèses.

11 faut retenir que cette spéculation, à l'origine simple glose de la deuxième Noble vérité : « la douleur vient de la soif», aboutit à une définition scientifique de l'univers et du moi. On distingua les conditions ou causes matérielles, qui sont, dans la plante par exemple, les « grands éléments » {mahâbhûta)^ la terre, l'eau, le vent, le feu et l'espace, et les déterminants successifs ou causes formelles : la semence, la pousse, la tige, le bouton, la fleur, la semence. C'est d'après ce type qu'il faut comprendre la « causation externe^ » . Quant au moi, il apourcauses matérielles {pratyaya)\es> « grands éléments » et l'élément dit « intellect » {vijhànadhâtit)\ pour « moments », ou formes successives, coordonnées ou subordonnées, douze modes {hetu) qui rendent compte de l'éternelle transmigration, ou plus exactement de l'éternel processus de l'organisme appelé « moi », car ils embrassent la vie antérieure, la vie actuelle

1. La distinction des deux processus, interne et externe, est familière à la littérature du Grand Véhicule. On la trouve aussi dans des ouvrages comme le Nettif)pakarana ; mais non pas, à ma connaissance, dans les Abhidhummas.

Naissance de Çakyamuni et les sept pas.^ I Voir pucje 240 .

enchaînement des causes 1^"^

et la vie prochaine. — Le moi n'est pas une entité métaphysique, mais il est autre chose qu'un « tas » d'éléments disparates ; on pourrait le définir comme une sorte d'entité d'ordre biologique, une plante - esprit. Son protoplasme fécond est la pensée ou « intellect », qu'on appelle en effet « graine » ; les éléments pondérables ne concourent pas nécessairement à sa vie, car il y a des cieux peuplés de purs esprits.

On mit, semble-t-il, beaucoup de temps à voir clair dans cette théorie. L'école de lanaue pâlie, du moins dans les « traités de métaphysiques », ne s'élève pas au-dessus d'une conception mécanique ; d'une part, elle s'en tient à la vieille définition de Çâkyamuni : « Les choses sont transitoires; elles commencent, durent, vieillissent et disparaissent » ; d'autre part, elle admet que le moi est conditionné par des causes extérieures : on peut souffrir de maladies purement accidentelles, sans avoir mérité cette souffrance par d'anciens péchés. C'est ce qu'enseigne encore le Milinda. Les Sarvastivâdins, bien qu'il soit peu prudent d'émettre un avis sur une secte aussi peu connue, ne paraissent pas non plus avoir marqué un grand progrès. Mais une école se forma ou se développa indépendante des Traités de métaphysique, se réclamant de l'exégèse directe des Discours

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{siltras, d'où son nom de Sautrântika, l'école du siitrànta, de la doctrine des satras)^ qui réussit à formuler des thèses beaucoup plus savantes. Du reste, à plusieurs égards, elle inaugure le Grand Véhicule i.

Sautrântikas. — Le moi-série

De son vrai nom, le moi est une « série » [samtâna^ saintati}- formée de membres qui ne durent pas. Les choses, à vrai dire, ne sont pas transitoires, de courte durée {anitya)\ elles n'existent que dans un devenir infinitésimal {ksajiika)^ étant des séries de moments {ksanas) dont l'apparition et la destruction sont en quelque sorte simultanées. Les « moments » sont causés et causants, des résultantes et des antécédents, mais sans activité propre : « Comment attribuer une action à ce qui ne dure pas?

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