Voir ci-dessous, p
Bouddha n'est pas un homme mûr pour le ni?^vàna^ c'est-à-dire un arhat, comme furent presque tous ses disciples immédiats ; car, lui-même l'a déclaré, il n'est pas un homme.
Le brahmane Dona aperçut sur les pieds du Bienheureux ou du Seigneur, hhagavat^ — ■ c'est sous ce nom, un des plus marquants de la religion krsnaïte que l'on désigne communément le Bouddha^, — des milliers de roues avec leurs rayons, leurs moyeux et toutes leurs beautés; il s'écria : « Quelle merveille qu'étant un homme il puisse avoir de tels pieds ! » — « Sans doute », demande-t-il au Saint, « tu es un deçà, un dieu? » — « Non, brahmane. » — « Tu es donc un gandharva? », c'est-à-dire un musicien céleste. — ■ « Non, brahmane. » — « Serais-tu donc un yaksa? », et par yaksa on entend, tantôt un démon, tantôt un esprit céleste d'apparition merveilleuse et mystérieuse 2. — « Non, brahmane », fut encore la réponse. — « Alors tu es unhomme? » — « Pas davantage. » xc — Qui donc es-tu? » — « En moi », explique enfin le Maître, « ont disparu à tout jamais les passions qui pourraient faire que je fusse un gandharva, un yaksa ou un homme ; tel un lotus né dans l'eau, une fois sorti de l'eau n'est plus souillé par l'eau, tel je suis sorti du monde. Sache, ô
- 1. Voir Senart, Origines, p. 27; Kern, Maniial, p. 63, n. 4. 2. Voir ci-dessous, pp. 352, 368, 374.
brahmane, que je suis un Bouddha. » Les docteurs bouddhistes ou occidentaux peuvent différer d'avis sur la portée de ce texte : au moins prouve-t-il que le Bouddha ni n'a l'aspect d'un homme, ni n'avoue être un homme ^ Aussi bien l'appelle-t-on quelque part « adorable Yaksa^ »,
Cependant le Bienheureux se conduit comme un simple mortel. « S'il est homme », dit le roi Bimbisara frappé de sa majesté, « il mangera la nourriture qu'il vient de recueillir dans son écuelle^ », et il la mange en effet. De même abondent dans la vieille biographie les détails familiers de tout style, depuis l'histoire des purgatifs administrés au Maître par le médecin Jïvaka jusqu'au récit poignant des derniers jours. Gela n'empêche pas que le Bouddha ne soit « le premier des êtres ; le dominateur insurpassé ; le contrôleur et le souverain du monde et de ce qu'il renferme, Mâra, Brahmà, toute la génération des vivants, hommes et dieux, ascètes et brahmanes ». Il est « le Seigneur Bouddha, le
1. A7?guttara II, 37; d'après Kern, Manual, p. 64 : « Hère the Buddba dénies flatly and categorlcally that he is a man »; mais Oldenberg (trad. p. 320, note) : « Kern a mal compris l'intention de ce passage. » Il est hors de doute que les Arhats, délivrés, comme le Bouddiia lui-même, des passions qui font renaître dieu, homme ou gandharva, n'ont pas aux pieds des milliers de belles roues.