Origines bouddhiques, p
NÉGATION DE LA PERSONNALITÉ 8l
l'esprit ou la pensée, car le corps subsiste parfois jusqu'à la centième année, tandis que ce qu'on nomme esprit, pensée ou connaissance, se produit et disparaît dans un perpétuel changement de jour et de nuit^. » Le Bouddha va plus loin ; non seulement les cinq éléments, les skandhas, « épaules » ou « appuis », que distingue la psychologie de l'époque, matière, sensation, idées, intelligence et dispositions morales, ne sont ni le « moi », ni « du moi », mais encore, les textes paraissent formels, il n'y a rien en nous qui ne soit fait de ces cinq éléments : tout n'est que phénomènes transitoires produits par des phénomènes transitoires et formant une chaîne que le désir et l'action n'arrêtent pas de renouveler.
Ces vues phénoménalistes sont confirmées par le catalogue des vues erronées, — la croyance au moi isatkàyadrsti) est condamnée, sinon au même titre, du moins aussi expressément que l'hérésie proprement dite, le matérialisme; — et bien qu'elles n'aboutissent pas, dans le canon, à un système psychologique précis, elles sont développées dans des passages innombrables et donnent pour ainsi dire le ton à l'orthodoxie. M. Rhys Davids n'a pas craint d'écrire : « Le Bouddha admet la réalité des faits intellectuels ou émotifs, mais il se refuse expressément à les