‹ Bougainville [microforme]Chapitre 6 sur 11 · PERTE TRS PE SERRE LE · texte numérisé non relu

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Examen d'un diplomate, — Suite de cet examen. — Le seul défaut de 4 qu'or Bougainville pour être diplomate, — Le bon oncle d'Arboulin et son nn OCCaS

très cher neveu. — Bougainville à Londres. — Ses relations avec

‘5 de m la société anglaise. — Il est reçu membre de la Société royale de

7 cet el Londres. 4

surer É (RS 0 fait de Bougainville arriva au jour et à l’heure précise au rendez- ; tion « Vous que lui avait assigné M. de Séchelles. Lorsqu'il eut été M

0 étend introduit dans le cabinet du ministre, il le trouva en compa- 4 } même gnie d’un personnage qu’il ne connaissait pas. MU rantir

« Vous êtes exact, monsieur de Bougainville, lui dit le M places contrôleur général en l’apercevant, et en répondant à son ‘ sincèr profond salut par une légère inclination de tête et un sou- “ conna rire plein de bienveillance ; voici, ajouta-t-il en se tournant PE manic vers le personnage assis à côté de lui, M. le comte de Fou- ; nous : gères, secrétaire d’ambassade de M. le marquis de B**, à qui Met plu

j'ai parlé de vous et qui vous attendait, » simple Bougainville fit de nouveau un salut non moins profond - E —) qui s'adressait particulièrement au comte, et attendit dans

Chelles

une attitude respectueuse qu’on lui adressât la parole. avait c M. de Fougères était un homme du monde, un courtisan, Mn'est | un diplomate ; en cette triple qualité, il était habitué à juger MS d'étud rapidement les hommes avec lesquels il se trouvait en rap- mn décour port. Du premier coup d’œil il remarqua la bonne mine, les poste ] manières distinguées et le maintien tout à la fois gracieux et À modeste du jeune officier, Pour continuer son examen, il avez él

entama aussitôt la conversation. nous y

Le seul défaut de

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ÿ ; 1 cet emploi, et la réponse qu'il lui avait faite pour le ras- “1 surer.

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D'abord elle roula sur des faits généraux : sur les antécédents de Bougainville, sur son âge, sur ses premières études, sur son goût pour les sciences et pour: l’état militaire, sur son séjour au camp de Sarrelouis, etc. À toutes les questions qui lui furent adressées sur ces différents sujets il répondit d’une manière précise, sans entrer dans de trop | longs détails, sans rien omettre d’essentiel. Il s’exprimait

avec grâce dans un langage toujours pur et élégant, quoique simple et naturel.

‘nfin M. de Séchelles amena la conversation sur l'emploi à qu'il avait sollicité pour lui à la suite de l’ambassade qu'on allait envoyer en Angleterre. Il rappela à cette occasion la crainte que lui avait manifestée Bougainville de manquer des connaissances nécessaires pour remplir

« Sans doute, dit alors M. de Fougères, vous avez bien

fait de lui dire que la nature des fonctions dont il était quesise au rendez-' à rsqu’il eut été L.

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tion de le charger n’exigeait pas des connaissances plus ! étendues que celles qu’il a acquises jusqu’à présent : je puis même, pour achever de le rassurer complètement, lui garantir qu’à dater d’aujourd’hui il peut compter sur une des

S® places d’attachés à notre ambassade. Cependant je regrette ondant à son À

te et un sou- *

sincèrement, maintenant que j'ai l’avantage d’avoir fait la Connaissance de monsieur, qu’il ne se soit pas livré d’une manière plus spéciale aux études diplomatiques ; car alors nous aurions pu lui faire obtenir un poste plus convenable et plus avantageux, sous tous les rapports, que celui de

4 simple attaché.

— Mais je crois, reprit en souriant finement M. de SÉchelles, qui n’ignorait pas de quelle manière Bougainville avait employé son temps depuis quinze jours, je crois qu'il

4 n'est pas aussi étranger que vous le supposez à ce genre

d’études ; si vous l’interrogiez un peu sur ce sujet, peut-être découvririez-vous qu'il n'est pas incapable d'occuper le poste plus avantageux dont vous parlez,

— Ah! reprit le comte en s'adressant à Bougainville, vous avez étudié la diplomatie? Que ne le disiez- vous plus tôt! nous Vous aurions examiné sur ce terrain.

— Je crains, répondit Bougainville, que la bienveillance dont m’honore monseigneur ne lui donne une idée exagérée de mes connaissances en diplomatie. J'ai simplement étudié dans les livres la théorie des principes qui régissent les relations des peuples entre eux, et l’histoire des principaux traités et conventions dans lesquels ces principes ont été appliqués ; mais il y a loin de là à l’art des négociations, qui est, ce me semble, la véritable science du diplomate, et j'avoue que j’y suis complètement étranger.

— Vous avez raison, Monsieur, reprit le comte, d'appeler l'art des négociations la véritable science du diplomate ; mais cet art ne peut s’apprendre que par la pratique ; on ne saurait reprocher à un débutant de l’ignorer, et l’on ne peut exiger de lui que des connaissances théoriques : c’est donc sur la théorie seule que je veux vous adresser quelques questions, et, si vos réponses sont satisfaisantes, je vous promets de vous faire obtenir le poste dont je parlais tout à l'heure. Voyons, commençons par les idées les plus générales, puis nous arriverons aux applications particulières et spéciales : pourriez-vous me dire d’abord, en quelques mots, ce que comprend la diplomatie, son objet, son but, les principes sur lesquels elle repose ? »

Bougainville répondit sans hésiter : « La diplomatie embrasse le système entier des intérêts qui naissent des rapports établis entre les nations ; elle a pour objet la sûreté, la tranquillité, la dignité respective des peuples et de leurs gouvernements ; son but direct, immédiat, est ou doit être au moins le maintien de la paix et de la bonne harmonie entre les puissances. Quant aux principes de la diplomatie, ils ont leur source dans le droit international ou droit des gens positif, qui forme la loi commune des peuples europeens, et présente l’ensemble des règles admises, reconnues, consacrées par la coutume ou par les conventions, et qui fixent les droits et les devoirs des États, soit en paix, soit en guerre.

— Eh! eh! dit en riant d'un air satisfait M. de Séchelles, voilà qui ne me parait pas mal répondu du tout. Qu’en pense notre diplomate ?

— Je suis de votre avis, Monsieur, répondit gravement le

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comte; mais, avant de nous prononcer, il faut attendre la fin de notre examen... »

Il paraît que M. de Fougères prenait au sérieux son rôle d'examinateur; il ne voulait pas que l’on donnât trop légèrement des marques d'approbation ou d’improbation. Après cette courte observation, s'adressant à Bougainville, il lui dit :

€ Pourriez-vous nous expliquer comment s’est formée cette loi commune des peuples chrétiens, ce droit des gens, en un mot, qui est la source de la diplomatie ?

— Cette explication, répondit Bougainville, appartient à

D l'histoire et exige quelques développements. »

Alors remontant à l’époque de la formation des divers Etats européens, depuis la dissolution de l'empire de Char-

jemagne, il montra dans une analyse rapide comment, à la

suite des guerres, au moyen des négociations et des traités dont il cita les principaux, s'était successivement formé, modifié, détruit et recomposé, le système politique de l’Europe, jusqu’à ce qu’il se fût enfin fixé d’une manière à peu près définitive, depuis un peu plus d’un siècle, par la paix de Westphalie, dont les traités n’avaient éprouvé depuis

jque de légères modifications.

Il passa ensuite en revue ces traités, les analysa, en fit ressortir la substance et l’esprit, puis il indiqua les changements qu'y avaient apportés les traités des Pyrénées, et, en dernier lieu, celui d’Aix-la- Chapelle.

Dans cette espèce de dissertation historique, qui dura près d’une demi -heure, il s’exprima toujours d’une manière

D oorrecte, simple, claire, judicieuse, et parfois animée d’une

certaine chaleur sagement contenue. Sa mémoire le servait si fidèlement, qu’il n’hésita jamais un instant pour citer avec exactitude des dates, des faits et même des fragments assez étendus de textes latins ou français.

Ses deux auditeurs l’écoutaient avec un égal étonnement,

mn sans ie manifester de ia même manière. La figure de M. de [Séchelles rayonnait de satisfaction ; il regardait de temps en

temps son ami, et, quoiqu'il ne lui adressât pas la parole, ses yeux semblaient lui dire: Hein! j'espère que vous êtes content de mon protégé ?

on BOUGAINVILLE

Il l'était en effet, mais M. de Fougères, en vrai diplo. [Mi jouant, | mate, qui ne doit jamais laisser paraître au dehors rien de Et sAVee ce qui pourrait trahir sa pensée, conservait un sang-froid Lu rot imperturbable, et écoutait avec attention , mais avec calme, | lui? Eh ce que disait le candidat. Quand celui-ci eut terminé sa De Je longue dissertation, le comte lui fit pour la forme quelques Bi "97€: questions insignifiantes, auxquelles il répondit sur-le- se champ. modeste,

« Cest bien, Monsieur, reprit le comte, toujours avec le (OUEN même flegme; je vois que vous avez étudié sérieusement M "> les vrais principes de la diplomatie. Vous pouvez compter Use maintenant sur la place de troisième secrétaire, au lieu de vous ou simple attaché d’ambassade. Je vais vous proposer pour ce FéCoREss poste à M. le marquis de B**, notre ambassadeur, qui à. LL son tour vous proposera au ministre des affaires étran- D JUS 86 gères; ce sont de simples formalités qui ne doivent en rien cor die vous inquiéter. Dans une dizaine de jours, vous recevrez Le que votre commission: signée du ministre. Aussitôt que cette DE "°° # P pièce vous sera parvenue, vous viendrez me trouver, et Bi °° COPY j'aurai l'honneur de vous présenter à M. le marquis de B*, D matique, qui vous indiquera le jour de notre départ pour l’Angle- À = En. terre. En attendant, faites vos préparatifs de voyage, afin D 1"! vont d'être prêt quand le moment sera venu de vous mettre en [M ‘127 l'en route. saurais g

— Vous viendrez me voir aussi avant votre départ, lui} ses, è dit M. de Séchelles ; je vous donnerai des lettres de recom- Mi qui l'aim mandation pour quelques personnes avec lesquelles j'ai été. Je : longtemps en relation à Londres. punlentions

— Je n'y manquerai pas, monseigneur, » répondit Bou- ie 19 gainville en saluant le ministre et le comte pour prendre = <

congé d’eux.

Dès qu’il se fut éloigné, M. de Séchelles dit à son ami: « Eh bien, mon cher comte, maintenant qu’il est parti,

pour être ment ave

dites-moi franchement ce que vous pensez de ce jeune = Et : emploi? ü homme. LE...

à ne - : ussi Ca — C’est un être tout à fait exceptionnel, doué des plus p “ er . : ° . ‘ : — Pari heureuses qualités de l'esprit : jugement, mémoire, intelii- EE secrétaire

gence, il a tout pour lui. J’ai été vraiment étonné en l’entendant traiter d’une manière aussi aisée, et comme en se

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jouant, les questions les plus ardues du droit international. Et savez-vous pourquoi je n’ai pas poussé plus loin mes interrogations ni entamé plus vivement la discussion avec lui® Eh bien, ce n’était pas dans la crainte de l’embarrasser, mais, je l’avoue, de peur de me trouver embarrassé moimême.

— Ce que vous dites là, mon cher comte, est par trop modeste, et vous me permettrez de n’en rien croire : seulement pourquoi, puisque vous étiez si satisfait de ses réponses, ne lui avez-vous pas donné quelques marques de contentement, quelques paroles qui l’eussent encouragé ? Vous étiez réellement d’un froid glacial qui aurait pu le déconcerter, s’il n’eût pas été si sûr de son fait.

— J'ai pour principe qu’il ne faut jamais témoigner aux jeunes gens trop d’admiration, ni leur donner trop d’éloges : cela surexcite en eux la présomption, à laquelle ils ne sont déjà que trop naturellement portés d'eux-mêmes ; mais je n'en ai pas moins apprécié le mérite de votre protégé, et je suis Convaincu que s’il voulait rester dans la carrière diplomatique, il y ferait un chemin rapide.

— Eh bien, mon cher comte, si, par suite de relations qui vont s'établir naturellement entre vous et lui, vous pouviez l'engager et le décider à prendre ce parti, je vous en saurais gré ; Car je sais que’ cela ferait grand plaisir à sa famille, et notamment à un de mes anciens amis, son oncle, qui l’aime comme s’il était son fils,

— Je vous promets de seconder de tout mon pouvoir les

intentions de sa famille et les vôtres ; je ne serais pas fâché

pour mon propre compte d’avoir auprès de moi, pendant son noviciat, et de pousser en avant un sujet aussi distingué; je l'aurais même proposé, si cela eût été possible, pour être second secrétaire et pour travailler habituelle-

[ment avec moi...

— Et qui a pu vous empêcher de le proposer pour cét

à emploi? interrompit M. de Séchelles: est-ce qu’il n’est pas

aussi capable de le remplir que celui de troisième secrétaire ?

— Parfaitement, à mon avis ; mais la place de deuxième secrétaire a été promise par l’ambassadeur et par moi à un ancien serviteur qu’on peut appeler un diplomate consommé.

Il est peut-être moins ferré que M. de Bougainville sur la théorie ; mais il est versé dans la pratique comme un vieux

procureur. Il connaît toutes les chicanes, toutes les subti- |

lités, toutes les roueries du métier, et nul ne sait mieux que lui les déjouer ou les employer au besoin à son service. Je sais qu’il pourrait tout aussi bien exercer ses talents avec le titre de troisième qu’avec celui de second secrétaire ' sous un certain rapport, il serait même mieux à sa place, Car il a un ton et des manières communes ; il n’a rien du gentilhomme, et, en effet, il ne l’est pas, comme l'indique son nom tout à fait roturier de M. Langlois ; en un mot, il ne représente pas, comme cela conviendrait à ce poste. Mais, d’un autre côté, c’est un homme précieux pour débrouiller le dossier le plus chargé de pièces, de documents, de notes compliquées, qui souvent se contredisent, et pour saisir, pour dégager et mettre en lumière la pensée véritable enfouie dans tout ce fatras, malgré l'obscurité

dans‘laquelle on a voulu la cacher, malgré les voiles épais È

dont on a cherché à l’envelopper ; personne encore ne sait mieux que lui dresser un protocole et résumer clairemen: une discussion; j’ajouterai enfin que c’est un travailleur infatigable, toujours prêt à se mettre à la besogne et à y passer les jours et les nuits au besoin. Vous comprenez qu'un pareil homme mérite quelques égards, et qu’il serait justement blessé, lui qui du reste est passablement susceptible, s’il se voyait déplacé par un nouveau venu, par un débutant dans la carrière.

— Je comprends parfaitement tout ce qu’aurait d’injuste un pareil passe-droit, et M. Langlois en serait à juste titre offensé ; aussi je retire mon observation de tout à l'heure; seulement je vous rappelle la promesse que vous m'avez faite de ne rien négliger pour tâcher d'engager le jeune de Bougainville à rester dans la diplomatie,

— Je ne l'oublierai pas, vous pouvez y compter. Je me propose même, si je ne puis donner à votre protégé le titre

de deuxième secrétaire, de lui en faire partager les fonctions avec le bonhomme Langlois.

— Fort bien; mais comment ferez-vous pour ne pas blesser la susceptibilité de celui-ci?

— \ gères, notre opposé dire ce glois € ille c corvée tenue !

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Q Vo que ce Langlo placer dans le protégé même

— À l’enten

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— Vous comprenez, reprit en souriant le comte de Fou-

me un vieux gères, qu'on est diplomate ou on ne l’est pas, et que dans es les subti- notre métier on est Fabitué à ménager souvent des intérêts sait mieux opposés et des suscuptibilités ombrageuses. Avant de vous son service, dire ce que j'ai l’intention de faire, rappelez-vous que Lan- ‘ses talents D glois est peu habitué à paraître dans le monde ; il le sait, d Secrétaire : il le comprend si bien lui-même, que c’est pour lui une « à sa place, corvée insupportable quand il est obligé de se mettre en n’a rien du tenue et de se présenter dans un salon, dans un lieu public, me l'indique dans une réunion d’apparat ; il a été enchanté sans doute nun mot, il quand M. le marquis de B‘** lui a annoncé qu'il remplirait à ce poste. les fonctions de son second secrétaire ; mais, après le preécieux pour mier mouvement de joie passé, il m'a dit en confidence, s, de docu- quand nous nous sommes trouvés seuls : « M. le marquis ontredisent, me fait un grand honneur sans doute; mais quand j'y re la pensée réfléchis, j'aurais peut-être bien fait de ne pas accepter, l'obscurité car je crois que je serai parfois bien embarrassé. — Vous, voiles épais Æ embarrassé! m’écriai-je, un vieux renard qui connaît tous core ne sait les pièges et toutes les ruses diplomatiques ! — Oh! ce n’est " clairemen, pas ce que je veux dire, reprit-il, vous savez qu’il y a cer- | travailleur taines corvées qui me pèsent et me fatiguent plus que de ogne et à y passer la nuit à lire des pièces diplomatiques et à compulser | comprenez des dossiers ; quand j’occupais un poste inférieur, je pouqu'il serait vais le plus souvent me soustraire à ces corvées sous préent suscep- texte que j'avais un travail pressé; mais dans la place de nu, par un second secrétaire, je ne le pourrai plus... — Ah! ce n’est que cela! repris-je en riant ; ne vous en tourmentez pas, ait d’injuste | mon cher Langlois ; nous trouverons peut-être moyen de à juste titre vous exempter encore de ces corvées, ou du moins de vous t à l'heure: les rendre plus supportables. »

vous m'avez « Vous devinez maintenant, continua M. de Fougères, le jeune de que ce moyen est tout trouvé. Je ferai en sorte que le père Langlois priera lui-même M. de Bougainville de le rempter. Je me placer quand il s’agira de paraître dans le monde, à la cour, tégé le titre dans les cercles, dans les ministères, et c’est ainsi que votre es fonctions protégé partagera ses fonctions, sans exciter sa jalousie et même en croyant lui devoir de la reconnaissance. our ne pas — Allons, mon cher comte, arrangez cela comme vous

l'entendrez; je m’en rapporte à vous.

— Je ferai de mon mieux, vous pouvez y compler. Ah! reprit-il, comme se ravisant, un mot encore avant de prendre congé de vous ; je crains seulement que votre protégé n’ait un défaut qui nuira beaucoup à son avancement dans la diplomatie.

— Un défaut! s’écria M. de Séchelles, ‘et lequel ?

— Entre nous, reprit tout bas le comte en baissant un peu la voix comme s’il avait voulu faire une confidence à son ami, je crains qu'il n’ait trop de franchise !

— Ahlah! dit en riant M. de Séchelles et en serrant la main du comte, qui s'était levé et s’apprêtait à sortir, vous appelez cela un défaut. Eh bien! dût-il ne pas faire son chemin dans la diplomatie, je lui souhaite de ne pas se corriger de ce défaut-là. D'ailleurs, je sais bien que ce n’est pas ce qui vous empèchera de vous intéresser à lui.

— Vous pouvez dire que c'est ce qui m'y intéressera davantage ; malheureusement mon pouvoir est loin d’être aussi étendu que ma bonne volonté. Sur ce, au revoir et bonne santé. » Et les deux amis se séparèrent.

: Nous n’avons pas beooin de dire combien M. d’Arboulin fut heureux en apprenant que son neveu allait être nommé d'emblée troisième secrétaire d'ambassade. Il alla remercier M. de Séchelles, et sa joie ne connut plus de bornes quand il apprit, de la bouche du ministre, de quelle manière son neveu avait répondu à l’espèce d'examen que lui avait fait subir M. le comte de Fougères, la bonne Opinion que celuici avait conçue de lui, et la promesse qu’il avait faite à M. de Séchelles de s'occuper sérieusement de l'avancement du jeune homme.

Pour témoigner à Louis sa satisfaction, M. d’Arboulin voulut contribuer largement aux dépenses que lui occasionneraient son. voyage et son séjour à Londres. « Il faut, lui disait-il, que tu fasses honneur à ton nom, tout en représentant dignement ton pays à l'étranger. » Le bon oncle se repentit peut-être plus tard d’avoir encouragé ainsi le penchant de son neveu à la libéralité; car Bougainvilie, obligeant par nature, ne sut jamais refuser ses services à qui en avait besoin ; il poussa quelquefois la générosité jusqu’à la prodigalité, et l’oncle eut plus d’une fois occasion de r'é-

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parer à ses frais le tort qu'il s’était fait par ses profusions ; dans ces cas-là, le digne homme ne manifestait son mécontentement qu’en appelant Bougainville son très cher neveu.

Bougainville reçut sa nomination huit jours après son entrevue avec M. de Fougères, Il s’'empressa d'aller le remercier, et le comte, selon sa promesse, le présenta au chef de l'ambassade, M. le marquis de B'*, L'ambassadeur, prévenu par son premier secrétaire, fit un accueil des plus gracieux au nouveau diplomate, et lui donna rendez-vous pour le départ, fixé au 12 octobre suivant. Quelques jours avant cette date, Bougainville, accompagné de son oncle, alla faire ses adieux à M. de Séchelles, et en reçut plusieurs lettres d’iutroduction dans différentes maisons de Londres.

Le voyage eut lieu à l’époque fixée, et vers le milieu d'octobre toute l'ambassade était installée dans la capitale de la Grande-Bretagne. Un certain temps s’écoula avant que l'on commencçât à s’occuper d’affaires; il fut, selon l'usage, employé ou plutôt perdu en ces interminables préliminaires qui précèdent les négociations sérieuses, et qui sont souvent prolongés avec une lenteur calculée.

Bougainvili. profita de ces détails pour se familiariser avec la langue anglaise, comme langue parlée ; car il l’avait déjà étudiée dans sa grammaire, dans ses principes et dans sa littérature. Avec cette facilité qui le distinguait dans toutes les études sérieuses auxquelles il se livrait, il avait fait dans celle-ci de rapides progrès. Les anciens écrivains, depuis Shakespeare, Bacon et Milton, jusqu'aux Hume, aux Robertson, aux Gibbon, aux Thomson et aux Goldsmith, ses contemporains, lui étaient familiers. Mais si aucune des beautés de ces auteurs ne lui échappait, s’il en saisissait toutes les nuances, toutes les délicatesses avec une perspi-

cacité qui eût fait honneur à un bachelier d'Oxford ou de Cambridge, il n’aurait pu comprendre ces mêmes auteurs dans la bouche d’un Anglais, ni se faire comprendre des Anglais en jes lisant lui-rnême à haute voix. Il connaissait à fond les règles et le mécanisme de la langue, mais il n’en avait pas encore appris la prononciation : or le moyen le plus simple et le plus facile d'acquérir cette connaissance

importante est la fréquentation, d'hommes instruits, nés dans le pays et appartenant à la bonne compagnie,

C'est là précisément à quoi s’attacha Bougainville, et il y réussit facilement, grâce aux lettres de M. de Séchelles, qui lui servirent de moyens d'introduction dans plusieurs maisons honorables de la Cité. Il fut reçu avec cette hospilalité cordiale et même un peu fastueuse qui distinguait à celte époque les vrais gentlemen de la vieille Angleterre. Il fut invité dans différentes réunions ou clubs, où il fit la connaissance de plusieurs hommes recommandables par leur science, leur talent ou leur érudition, Il eut, dans une de ces réunions, la bonne fortune d’être mis en rapport avec le célèbre Samuel Johnson, qui venait de publier son grand Dictionnaire de la langue anglaise, demeuré encore aujourd'hui comme le modèle du, genre. Le savant philologue ne tarda pas à remarquer les heureuses dispositions du jeune Français, et il ne contribua pas peu à lui rendre plus familier l’usage de la langue anglaise.

Bougainville cultiva avec soin la connaissance de Johnson et de quelques autres personnages distingués dans les sciences, entre autres de l’astronome Maskelyne;: celui-ci avait eu occasion de connaître le Traité de calcul intégral de Bougainville, et, en apprenant l’arrivée à Londres de son auteur, il avait fait des démarches pour lui être présenté. Dès leur première entrevue, Maskelyne engagea Bougainville à se présenter à la Société royale de Londres, s’offrant à être un de ses parrains et lui garantissant sa réception à une immense majorité, sinon à l'unanimité des voix.

La Société royale de Londres est une compagnie savante, analogue à notre Académie des sciences; c’est une institution purement privée, qui ne subsiste que par les cotisations de ses membres; le nombre en est illimité; il s’est élevé graduellement à plus de huit cents. Elle fut constituée en 1660 par le docteur Sprat, qui a écrit l’histoire de son origine, il la fait remonter jusqu’à l’Atlantis, de F. Bacon. Pour être reçu dans cette société, il faut jouir d'une certaine notoriété dans les sciences, et en outre être présenté par deux de ses membres. Après un certain délai, on vote

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au scrutin sur l’admission du candidat, S'il est reçu, il paye une certaine somme comme droit d'entrée, puis une cotisation annuelle dont le taux a peu varié, Il est actuellement de quatre livres sterling (environ cent francs). Les réunions de la société ont lieu une fois par semaine, dans un local qui lui appartient. Tous les mois la Société royale publie un recueil connu sous le nom de Transactions philosophiques, el composé de mémoires et d'observations sur les sciences naturelles, l’astronomie, la physique, la médecine, les mathématiques, ete. Les Transactions philosophiques ont commencé à paraître en 1665, et se sont continuées sans interruption jusqu’à nos jours.

La proposition de M. Maskelyne était on ne peut plus agréable à Bougainville. Toutefois, avant de l’accepter, il crut devoir en faire part à l’ambassadeur et à M. de Fougères, et leur demander leur agrément. Il l’obtint sans difficulté, et même M. de Fougères lui dit en particulier que pour sa part il serait enchanté de le voir entrer dans cette société célèbre. Ce serait, selon lui, .un moyen d'augmenter aux yeux des Anglais la considération dont il est important que tout membre d’une légation étrangère jouisse auprès des principaux habitants du pays où elle est accréditée; d’un autre côté, M. de Bougainville trouverait, comme membre de la société, l’occasion de se mettre en rapport avec un grand nombre de personnages honorables, desquels il pourrait obtenir des renseignements précis sur l’état de l'opinion publique relativement à l’objet de la mission dont l’ambassade actuelle était chargée.

Nous verrons bientôt pour quels motifs M. de Fougères tenait à connaître le véritable état de cette opinion. Quant à Bougainville, il ne se préoccupait guère pour le moment de pareilles considérations, il n’envisageait que l'honneur d’être admis dans une compagnie dont la renommée était européenne, et dans laquelle les étrangers surtout n'étaient pas admis sans avoir fourni des preuves d’une haute capacité.

Il fut reçu, comme le lui avait promis Maskelyne, à la presque unanimité des voix. Les quelques opposants qu’il rencontra ne lui refusèrent pas leurs suffrages en raison des

d2 BOUGAINVILLE

défauts ou du peu de mérite de son ouvrage : là-dessus ils étaient d'accord avec la majorité; mais ils le refusèrent uniquement à cause de sa qualité de Français.

Pendant toute la durée de son séjour en Angleterre, Bougainville assista régulièrement aux réunions hebdomadaires de la société; il lut même plusieurs mémoires sur des qüestions scientifiques qui reçurent l’approbation générale, et qui furent insérés dans les Transactions philosophiques.

Durant le même espace de temps il fréquenta la meilleure compagnie de Londres, et y reçut toujours un accueil flatteur et sympathique, dû à sa distinction naturelle, au charme de ses manières et même à certaine vivacité toute française, formant un contraste frappant avec le flegme britannique, mais tempérée par une excellente éducation.

Objet c ficult posse des é Caus angle colon ceme tions cais, tions Angl Angl

Les leure qu'il royale factioi surtot l’objet partie d’entr missic

Not la pré signat de ré, anglai omiss

dessus ils érent uni-

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Objet de la mission diplomatique du marquis de B***, — Causes des difficultés élevées entre la France et l'Angleterre. — Délimitation des possessions anglaises et françaises de l'Amérique du Nord. — Origine des établissements anglais et français dans cette partie du monde, — Cause des discussions élevées entre les colons français et les colons anglo-américains. — Inégalité de population et de richesse entre les colonies des deux nations. — Causes de cette différence. — Commencement des hostilités entre les colonies des deux nations. — Négociations diplomatiques à ce sujet. — Propositions du gouvernement français. — Réponse du gouvernement anglais, — Rupture des négociations. — Retour de l'ambassade en France. — Actes d'hostilité des Anglais sans déclaration de guerre. — Attaque du Canada par les Anglo-Américains. — Ils sont repoussés.

Les agréments que lui offrait la fréquentation de la meilleure compagnie de Londres, et les distractions plus sérieuses qu’il trouvait dans les réunions scientifiques de la Société royale, n’empêchaient pas Bougainville de remplir à la satisfaction de ses chefs les fonctions de troisième secrétaire, ni surtout de prendre un vif intérêt aux négociations qui étaient l’objet spécial de l’ambassade extraordinaire dont il faisait partie. Avant de continuer notre récit, il est nécessaire d'entrer dans de plus amples détails sur l’objet de cette mission.

Nous avons dit, au commencement du chapitre Ie", que la précipitation apportée par le gouvernement français à la signature du traité d’Aix-la-Chapelle lui avait fait négliger de régler les frontières entre les possessions françaises et anglaises de l'Amérique du Nord; que, par suite de cette omission, les hostilités n’avaient presque pas été interrom-

pues entre les colons des deux nations, et que cet état de choses, en se prolongeant, faisait craindre une rupture entre Ja France et l'Angleterre.

A l'époque où nous sommes arrivés, le gouvernement français était sur le point de contracter une alliance offensive et défensive avec l’Autriche, alliance qui menaçait la Prusse, et qui devait nécessairement entraîner une guerre continentale. En prévision d’un pareil événement, le cabinet de Versailles avait tout intérêt à ne pas aggraver la situation par une guerre maritime qu’il aurait à soutenir simultanément. C’est donc pour tâcher d'éviter cette complication dangereuse que le marquis de B** fut envoyé en Angleterre comme ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire, chargé d’aplanir toutes les difficultés qu'avait fait naître l'interprétation du traité d’Aixla-Chapelle.

Plusieurs questions étaient restées pendantes après ce traité entre la France et l’Angleterre : les unes, sur les restitutions des prises faites en mer, sur le passage des îles Caraïbes (Sainte-Lucie, Tabago, la Dominique et Saint- Vincent), avaient été réglées par une commission mixte nommée dès le mois d'avril 4750; mais il était une autre question, bien plus considérable et tout à fait capitale, sur laquelle la commission anglo-française n’avait pu s'entendre : c'étaient les limites du Canada.

Il suffit de définir cette question pour montrer qu’elle était insoluble par la diplomatie. Ce n'étaient pas des frontières qu’on se disputait, c'étaient des régions immenses, c'était l'empire de l’Amérique septentrionale.

Le principe même sur lequel les Européens fondaient leurs droits aux possessions qu’ils avaient acquises dans le nouveau monde était à la fois si vague et si injuste, qu’il était impossible d’en tirer des déductions équitables, Les Anglais, comme les Français et comme toutes les autres nations européennes, admetitaient que ceux qui avaient les premiers découvert un territoire nouveau, quoique habité par des indigènes, en devenaient propriétaires légitimes par la seule occupation d’un de ses points. Cette règle, tout arbitraire et injuste qu’elle était, pouvait encore s’appliquer

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