Lettre du f> mars
SEKMONS I.NKDITS ET CARf:MES DE 1080, 1082, 1083. 109
adressée au comte et à la comtesse de Guitaut, retirés dans leur château d'Kpoisses, au fond delà Bourgogne. « Je suis entêtée du V. Bourdaloue, dit-elle, j'ai commencé à Fentendre dès le jour des (^'udres à Saint-Paul; et il y a déjà fait trois sermons admirables, M. de Lauziin n'en perd aucun ; il apprendra sa religion, et je suis assurée que c'est une histoire toute nouvelle pour lui. C'était sur l'évangile du Centurion qui dit à Notre-Seigneur : Domine, non siini d'ujnvs. Sur cela il j)i'it occasion de parler des dispositions où il fallait être pour communier; que ceux qui conduisaient les âmes ne de valent jamais faire la menace de la profanation du corps du Christ, sans avertir que, si nous n'y participions, nous n'aurions jamais la vie éternelle; que ces deux choses ne devaient jamais se séparer; que, si nous étions bien disposés, il fallait en approcher toujours ; et, si nous étions dans le péché, il ne fallait jamais s'en approcher ; mais qu'il fallait s'etTorcer de se mettre dans Tétat où il est permis de nous en approcher, plutôt que de demeurer tranquilles dans la séparation de ce divin mystère, ce qui était une fausse paix et la seule et fausse marque de religion de la part des libertins. Tout cela fut traité avec justesse, avec droiture, avec une vérité, quelesplusgrands critiques n'auraient pas eu le mot à dire. M. Arnauld lui-même n'aurait pas parlé d'une autre manière. Tout le monde était enlevé et disait que c'était marcher sur des charbons ardents, sur des rasoirs, que de traiter cette matière si adroitement et avec tant d'esprit qu'il n'y eut pas
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un mot à reprendre ni d'un côté ni de l'iiutre. M'"* de Caumaitin était là qui recevait les compliments. Pour moi, j'étais toute ébaubie^ » Cet admirable compte rendu du sermon sur les Dispositions à la communion est bien de nature à nous faire regretter que la judicieuse marquise ne nous ait pas livré ses impressions sur le sermon de la même station, qui, à Saint-Paul comme à la cour, avait soulevé tant de. critiques. Pourquoi, en effet, nous a-t-elle privés d'une analyse semblable du sermon sur V Impureté ?
Il nous faut signaler, en suivant Tordre chronologique, un sermon de l'Avent prêché à la cour en 1684 ; ce sermon a une date certaine, il clôt la station dansla chapelle duchàteau de Fontainebleau, et il traite de la Nativité de Jésus-Christ. Le P. Brelonneau l'a placé dans le recueil des Mystères, etFeugère, en s'appuyant sur le témoignage de Dangeau, marque qu'il fut prêché devant le roi en 1084, Bourdaloue y dépeint avec fidélité l'état de la France et l'état d'àme de Louis XIV et y attaque « un vice qu'il conseille au roi d'exterminer de la cour^». Entendons en quels termes le prédicateur parle au monarque. « Grâces soient rendues à Dieu, s'écriet-il, qui nous fait voir aujourd'hui, |)Our notre consolation, le premier roi du monde fidèle à Jésus- Christ... L'hérésie abattue, l'impiété réprimée, le duel aboli, le sacrilège recherché et hautement