Lettre du i août 1G
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Mais pour Ten tendre encore il faut passer à Tannée suivante, et c'est alors, durant TAvent de 1697, que sa parole retentit dans la chaire royale de Versailles pour la dernière fois. Voilà tout ce que Ton parvient à recueillir sur la période apostolique de Bourdaloue de 1689 à 1697.
Quand Bourdaloue descendait de la chaire royale en 1689, Louis XIV n'était plus l'arbitre incontest»' de l'Europe. Une coalition formidable s'était formée contre lui. Guillaume d'Orange avait détrôné Jacques II d'Angleterre et mis le crédit et les forces navales du Royaume-Uni au- service de la ligue d'Augsbourg. On n'était plus au temps où Louis, à l'apogée de la gloire, recevait le surnom de Grand, et où la France, par le traité de Nimègue, conquérait la Franche-Comté et sa frontière du Nord. L'Europe, mécontente de voir le roi continuer ses conquêtes par les chambres de réunion, s'était soulevée contre les prises de villes et les mutilations de territoire, faites à l'Empire et à l'Espagne. Menacé par les Turcs, l'Empire irrité cédait à la force ; FEspagne, qui essayait de résister, était battue et dépouillée et nos vaisseaux, comme suprême défi, bombardaient Gênes et Alger. Les armées de la monarchie, conduites |)ar Luxembouig et Catinat, semblaient être invincibles et, grâce à Duquesne et à Tourville, nos flottes tenaient la mer avec honneur. Toutefois la France commençait à être épuisée. Louvois, l'exécuteur des dragonnades et l'incendiaire du Palatinnt, foudroyé par la mort en 1691, était enlevé au parti de la
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guorre ; récliec de nos marins au cap de la Ilogue en 1692 intimidait les plus intrépides de nos capitaines; Jacques H échouait en Irlande, et Louis XIV^ qui avait à se préparer à la gi-ande allaire de la succession d'Espagne, se déterminait h conclure la paix. Le traité de Ryswick en 1097 nous fit perdre les avantages du traité de Nimègue, nous ne conservâmes que Strasbourg et nous dûmes reconnaître Guillaume d'Orange, notre implacable ennemi, pour roi d'Angleterre. Or, à cette heure de 1697, qui semblait sonner le revers après tant de triomphes, Bourdaloue prêchait en présence du roi, et sa parole, que nous n'avons pu entendre depuis 1689, va retentir de nouveau et nous charmer.
L'Avent de 1697, prêché à Versailles, eut une importance toute particulière à cause du mariage du duc de Bourgogne avec la princesse de Savoie, qui fut célébré au cours même de la station. La Gazette en témoigne ainsi : « Le 9 décembre, jour de la fête de la Conception de la Vierge, la nouvelle duchesse assista au sermon et y parut pour la première fois à son rang. » Nous possédons deux sermons de cet Avent qui portent leur date; ils nous paraissent d'autant plus précieux que nous touchons à la limite extrême du ministère de Bourdaloue devant le roi; nous avons donc à en recueillir avec empressement et respect les suprêmes enseignements. Le premier, celui de l'ouverture de la station, traite de la Science des Saints; le compliment, adressé au roi dans la péroraison, prouve incontestablement
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qu'il ost de 1697, puisqu'il contient des félicitations sur la conclusion de la paix. Par une erreur inexplicable, le F. Bretonneau n'a pas placé ce sermon dans les deux Avenls dont il est l'éditeur. Chose inouïe pour un contemporain! il a cru même devoir lui substituer un discours -nir la Sainteté, qui n'est pas de ce temps, et il a relégué dans le recueil des Mystères celui qui est le vrai. Comment une telle confusion lui a-t-ellc été possible? on s'est mis l'esprit à la torture \)o\iv en découvrir la cause, et voici ce qu'en a dit Feugère : « 11 est probable que, le jour de la Toussaint (1697), le prédicateur ayant adressé au roi des félicitations sur la paix de Ryswick, félicitations qu'il devait renouveler à la clôture de la station, le P. Bretonneau a craint que le lecteur ne trouvât, dans les deux discours, deux compliments semblables, et que, pour éviter la monotonie de celte répétition, il a jugé devoir placer le sermon de la Toussaint au nombre de ceux des Mystères. » Nous donnons l'explication pour ce qu'elle vaut. Une pareille supposition ne nous paraît pas plus acceptable qu'un oubli et qu'une ignorance même.
A cette époque, la prédication de Bourdaloue à la cour était devenue moins militante. Le roi, depuis 1682, ne vivait plus dans le désordre. Le souverain semblait par sa conduite faire amende honorable à la morale qu'il avait si odieusement outragée. Revenant à la sagesse, il cherchait le bonheur dans sa famille; mais Dieu, pour le punir, lui avait soudaine-
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ment enlevé Marie-Thérèse, et ce malheur avait été la première expiation de ses désordres. Après la mort de la reine, les résolutions du roi n'avaient fait ([ue s'alVermir, et riniluence de M"" de Maintenon y avait |)uissamment aidé. Quand donc Bourdaloue se faisait entendre, on remarquait que sa parole prenait des tons moins menaçants et des accents moins sévères. 11 suffit de prêter attention au sermon d'ouverture de FAvent de 1(397 pour en être convaincu.
Le prédicateur démontre à la haute assemblée que la science des saints est renfermée dans trois importantes maximes. Les saints ont accordé leur condition avec leur religion ; ils se sont servis de leur religion pour sanctifier leur condition; ils ont profité de leur condition pour se rendre parfaits dans leur religion. « Voilà ce que nous devons apprendre d'eux, dit Bourdaloue: je vais vous l'expliquer. Les saints, dont nous honorons la mémoire, n'ont point cherché la sainteté ailleurs que dans la condition où l'ordre de la Providence les attachait: c'est sur quoi a roulé toute leur conduite... Les saints étaient des hommes comme nous, des hommes qui, sans se dégrader, sans se déplacer, sans se déranger, ont trouvé le moyen de se sanctifier; des hommes qui, selon la diversité des conditions, ont accordé la sainteté chrétienne, les uns avec la grandeur, les autres avec l'humiliation; les uns avec l'opulence, les autres avec la misère ; ceux-là avec la sagesse, et ceux-ci avec l'ignorance; pourquoi? parce que Dieu leur inspiiait à tous une sain-
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teté proportionnée à leur état^ » C'était bien dire aux courtisans et au roi lui-même qu'ils (levaient faire de leurs droits, de leurs titres, de leurs honneurs, autant d'échelons pour atteindre à la sainteté. « 11 y a eu des saints, continue l'orateur, dans toutes les conditions du monde, et c'est dans les conditions du monde qui paraissaient les plus opposées à la sainteté que Dieu a suscité les ])lus grands. Combien qui se sont sanctifiés à la cour au milieu des plus dangereux écueils, et comme dans le centre de la corru|»tion du monde? Combien qui, dans la profession des armes, ont été des modèles de piété, et qui, dans la licence de la guerre, ont conservé et même acquis toute la perfection de l'esprit chrétien? Combien (jui ont allié la sainteté à la royauté, et qui, sur le trône où tant d'autres se sont perdus, ont fait éclater les vertus les plus consommées, sans excepter l'humilité la plus profonde et la plus rigoureuse austérité? Etre saint dans la vie licencieuse et tumultueuse d'une milice profane, être saint parmi les dangers et les tentations de la cour, être saint et être roi, ce sont des miracles que la grâce a rendus possibles*. » Louis XIV, à ces paroles, ne pouvait s"\ méprendre: l'appel était direct, l'invitation était formelle. Le prédicateur n'hésitait pas à aller l'atteindre jusque sur son troue pour lui faire bien entendre que sa couronne de roi devait devenir pour
i. Senno» sur la Science des Sainls.