‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 120 sur 347 · Ser7non sur la Science des Saints · texte numérisé non relu

Ser7non sur la Science des Saints

l'aVENT de 1697 A LA COUR 193

Tous ces traits indiquaient une date, et on se demande comment le V. Bretonneau a pu ])orter ce sermon dans le recueil des My.stères^ alors qu'il avait sa place incontestablement marquée en tête des sermons de VAvent de 1697. La paix de Ryswick y est trop bien décrite pour qu'il soit possible d'avoir sur ce point l'ombre d'un doute. Nous aurions garde d'ajouter la moindre considération personnelle à ce discours de la Toussaint, si clair, si substantiel, si pratique et si élevé. Il emprunte son éloquence à la simple exposition de la vérité et de la réalité pures. Les rhéteurs croient être habiles et faire merveille en séparant, par mille artifices, l'éloquence de la simple vérité ; ils se trompent, car en l'habillant et en l'ornant, ils ne font que l'affaiblir. L'éloquence qui s'impose esttout naturellement la vérité, lasimple vérité. Rien ne rend l'impression profonde que produit toujours une parole juste, vraie, simple. C'était la simplicité de la parole de Bourdaloue qui faisait sa force ; elle lui donnait la concision impérative de ses accents, elle assurait ses succès oratoires, parce qu'il y avait en elle quelque chose de la puissance si enviée des anciens: Imperatoria brevitas !

il est encore un autre sermon qui appartient incontestablement à cette station, c'est celui sur la Nativité de Jésus-Christ, que le P. Bretonneau a placé à la fin du second Avent. Ce fut le dernier discours que Bourdaloue |)rêcha à la cour; il devait clore cette longue prédication dont il nous a été donné de suivre les phases principales et

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qui, commencée en 1670, ne devait se terminer qu'en 1697. Ce sermon renferme |)lusieurs allusions faites à Factualitc, il y est question de la conclusion de la paix, du zèle de Louis XIV pour la religion, du mariage du duc de Bourgogne, de l'union de la famille royale, de la fidélité du peuple à la monarchie. Le prédicateur annonce ainsi son sujet: « Le mystère de la naissance de Jésus-Christ est de tous les mystères du christianisme le plus propre à exciter en nous une crainte salutaire et une joie sainte... Dans l'obligation où je suis, dit-il, dès l'exorde de ce sermon, d'accomplir mon ministère, et ayant l'honneur de prêcher dans la cour du plus grand des rois, il s'en faut bien que j'aie le même avantage que l'ange du Seigneur; j'annonce comme lui la naissance du Sauveur du monde, mais je l'annonce à des auditeurs à qui je ne sais si elle doit être un sujet de consolation. J'annonce un Sauveur humble et pauvre, mais je l'annonce aux grands du monde... Que leur dirai-je donc, Seigneur?... Leur dirai-je : ne craignez point? dans l'état où je les suppose, ce serait les tromper. Leur dirai-je : craignez ? je m'éloignerais de l'esprit du mystère et des pensées consolantes qu'il inspire et doit inspirer aux plus grands pécheurs. Leur dirai-je: affligez-vous, pendant que tout le monde chrétien est dans la joie? leur dirai-je : consolez^vous, jieudant qu'à la vue d'un Sauveur qui condamne toutes leurs maximes, ils ont tant de raisons de s'affliger? je leur dirai : ô mon Dieu I l'un et l'autre; et par

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là je satisferai au devoir que vous m'im|)Osez. Je leur dirai donc : afiligez-vous et consolez-vous. Ces deux sentiments si contraires en apparence, mais également fondés sur le mystère de Jésus-Christ naissant, sont le précis et l'abrégé de tout ce que j'ai à leur dire dans ce discours'. » On comprend que le prédicateur, en s'adressant à la cour, se sente l'àme |)artagée entre la crainte et la joie ; les grands ressemblent si peu au Dieu qui naît à Bethléem.

Entendons-le dévelo|)per ces pensées contraires. « C'est par la crainte du Seigneur que doit commencer le salut de l'homme ; et je vous fais remarquer d'abord, dans le grand mystère de la naissance du Sauveur, ce qui doit exciter en vous cette crainte salutaire... Vous voulez que ce Dieu naissant soit pour vous un Dieu Sauveur ; mais, en même temps, par uue opposition de sentiments et de conduite, vous êtes peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. C'est pour cela, néanmoins et uniquement, qu'il est Sauveur.... Est-ce ainsi que vous l'avez entendu et que vous l'entendez encore ? Que chacun s'examine devant Dieu : où est l'ambitieux parmi vous qui, regardant son ambition comme la plaie de son àme, en souhaite de bonne foi la guérison? Où est le voluptueux qui, réellement affligé de l'être, désire efficacement de ne l'être plus? Où est l'homme avare, intéressé, qui, honteux de ses injustices et de ses usures, déteste sincèrement son ava-

1. Sermon sur la Nativité de Noire-Seigneur Jéaus-C/uiat. Avenl de 1697.

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rice? Où est la femme mondaine qui, écoutant sa religion, ait horreur de sa vanité et i)ense à détruire son amour-propre ? De quelle passion, de quelle inclination vicieuse le Sauveur vous a-t-il délivrés j usqu'à présen t ?. . . Quand je vous vois si mal dis|)Osés, ne serais-je pas prévaricateur si je vous annonçais sa venue comme un sujet de joie?... Détrompez-vous et pleurez sur vous ; ])ourquoi? car, tandis que, possédés du monde, vous demeurez en si criminelles dispositions, encore que le Sauveur soit né, ce n'est point proprement pour vous qu'il est né^ » La force de ce raisonnement était de nature à inspirer aux courtisans des sentiments de crainte ; le Dieu naissant ne condamnait-il pas leurs habitudes et leurs pr('varications?

Il faut nécessairement que, pour être sauvés, il nous en coûte. C'est la loi que Dieu a établie. « Cependant heureux du siècle, vous voulez être exempts de cette loi ; elle vous paraît trop dure, et vous cherchez k en secouer le joug. Vous voulez le salut, mais vous le voulez sans condition et sans charge. Vous le voulez, pourvu qu'on n'exige de vous ni assujettissement, ni contrainte, ni effort, ni victoire sur vous-mêmes; vous le voulez, mais sans le mériter et sans y rien mettre du vôtre... Car vous voulez que Dieu vous sauve, mais pas par les moyens qu'il a choisis pour vous sauver. Ces moyens ne vous plaisent pas, vous ne les pouvez goûter. Et quels

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