I . Sennoji sur la Nativité
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célèbre de tous, n'allait monter dans la cliairo royale que pour quelques années'. En jetant ses regards sur le chemin parcouru, Bourdaloue ne pouvait se défendre de féliciter Louis XIV. Ce n'étaient plus les entraînements et les égarements déplorables de la première partie du règne, les humiliations de l'inconduile, du désordre et du scandale, c'était le plein retour du souverain à la dignité, au devoir et à la religion. Aussi le prédicateur pouvait-il faire entendre des louanges; les consolations du présent lui permettaient d'oublier les amertumes du passé. On comprend que Bourdaloue félicitât le roi concluant la paix même au milieu de ses victoires, le roi abandonnant ses glorieuses conquêtes, le roi imposant aux peuples dissidents, soulevés contre lui, le respect de ses volontés en matière de religion. Il était juste de célébrer une ère de prospérité si largement ouverte et d'établir les titres et les mérites de celui qui était le plus grand roi de l'Europe sur les bienfaits de la |)aix, l'amour de ses peuples, les bons exemples des grands et l'étroite union de la famille royale. Le Sermon sur la Nativité de Jésus- Christ fut le dernier que prêcha Bourdaloue devant Louis XIV; il mit fin à son ministère apostolique à la cour et clôtura l'Avent de 1697.
Quand on jette un regard rétrospectif sur l'œuvre de l'éloquent prédicateur, on est saisi par l'accent d'indépendance qui y règne. Bourdaloue fut un
1. Seul, le I'. f'i.iillaril devait y piviher plus iuiif^teiiiits.
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a|)ôtre dans toute l'acception du mot; il avait reçu de Dieu la mission de dii'e la vérité; et il la prêcha avec une liberté sainte en face de Louis XIV luimême. Son la'ngage fut la juste application de la parole divine : Verhwn Dei non est alligatum ! S'adressant au monarque le plus absolu, Faustère censeur lui faisait entendre les vérités les plus dures. Il ne se servait de la louange (jue pour lui rappeler les préceptes de la plus pure morale. Pénétré de la grandeur de son ministère et de la gravité de ses responsabilités, il se demandait, au plus intime de sa conscience, si son enseignement était à la hauteur de ses devoirs sacrés. Toujours saisi d'effroi à la pensée du peu de bien produit par ses prédications, toujours attristé à la 'vue de ses auditeurs étroitement enchaînés à leurs malheureuses passions, il s'écriait avec angoisse : a Seigneur, c'est votre parole que nous avons prêchée ; nous avons paru dans le monde comme votre ambassadeur, on nous a reçu et reçu même avec honneur, mais s'est-il trouvé quelqu'un qui nous ait donné créance? Après nous être é|)uisé pour présenter de votre part les vérités éternelles, quel en a été le succès ? » Et, regardant alors les grands, les princes, le roi, il se demande avec tristesse : <i Quel changement avons-nous vu dans les mœurs ^ ? »
L'attitude humiliée de la cour, dont les têtes les plus hautes s'inclinaient bien bas à cette question,