Lettre du :iS mai Km
LAVENT DE KiOT A LA COUR 219
dont rextrême modestie ne fit jamais doute pour )>ersonne, affirma toujours, sans hésitation aucune, la supériorité de son genre sur le genre missionnaire. Nous venons de l'entendre répondre à M""' de Maintenon au sujet du P. Séraphin et sa charmante épigramme marque avec sa pointe d'ironie la préférence qu'il accordait à sa méthode oratoire sur celle de son prétendu et faux modèle. De plus, quand, en 1677, M. de Gramont lui avait parlé des missionnaires de Bayonne, qui prêchaient dans la cathédrale de cette ville, Bourdaloue ne s'était montré ni moins catégorique ni moins affirmatif. Il déclarait ouvertement au maréchal qu'il n'imitait en rien ces prédicateurs et que ses sermons l'absorbaient tout autrement que les Téurs. Ainsi il ne craignait pas d'opposer sa manière à celle des missionnaires dont on lui parlait et dont il condamnait énergiquement le genre.
Les prédicateurs de Bayonne étaient les confrères du P. Séraphin; des recherches tout récemment faites nous autorisent à le dire. Nous tenons d'un des membres de l'administration épiscopale de cette ville la communication suivante : « On trouve, dans nos archives locales actuelles, la preuve que la chaire de la cathédrale était occupée pour les prédications du Carême et de l'Avent de 1677, par des Capucins et des Dominicains ^ » Quand Bourdaloue répondait au maréchal, il s'agissait donc dans sa
1. Lettre du 21 décembre 1897. M. l'abbé Lasserre, secrétaire de levéché.
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lettre du 28 mai 1077 des religieux do l'ordre de Saint-Françoise Sa critique ne tombait que sur eux, la date du 28 mai, rapprochée de la station du Carême, l'indique. Aussi était-ce sans aucune hésitation qu'il écrivait : « Pour moi, je me suis remis à travailler des sermons nouveaux dont la composition m'occupe un peu plus que ceux des missionnaires de Bayonne. » Le célèbre jésuite préparait alors le Carême qu'il devait donner à Saint-Sulpice en 1678. Il y a dans ce langage de Bourdaloue suite genre des prédicateurs de Bayonne, en 1677, comme le premier mot de la jolie ré|)Hque qu'il devait faire à M""' de Maintenon en 1699. Toujours le grand prédicateur déplora et condamna les sermons à la capucine ; il jugeait qu'on ne devait pas monter en chaire pour se livrer aux transports d'une conviction exagérée, d'une imagination exaltée et d'un zèle imprudent, mais pour y exposer les hautes et saintes questions de la morale et de la foi en se conformant aux règles de l'art et du goiit. Le genre de Bourdaloue, avec sa puissance de netteté, de logique, de conviction, d'autorité, de vérité, a fait (•cole.
1. Ce serait une erreur de croire que le genre particulier au P. Séraphin et aux Missionnaires de Bayonne fut celui des religieux de l'ordre de Saint-François. La plupart d'entre eux se faisaient remarquer, au contraire, par leur prédication pleine de gravité, de piété et d'onctii'u évangélique. VA quand Saint-Simon s'élevait contre les sermons « à la capucine ». il visait les prédicateurs de tout ordre qui parlaient, coinmc il disait encore, « à la mode italienne et à la missionnaire ».