‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 137 sur 347 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Jugement sur la façon de dire du célèbre prédicateur. — L'importance de l'action dans l'éloquence. — Les idées de Cicéron sur ce sujet. — Nécessité de la mémoire. — Bourdaloue ne manquait pas de mémoire et ne prêchait pas les yeux fermés. — Combien son action était goûtée. — Des critiques, tard venus, ont battu en brèche l'opinion universellement reçue. — Les Dialogues de Fénelon. — L'éloquence de la chaire était alors à son apogée. — Répondait-elle à l'idéal de Fénelon? — Quels auraient été ses desiderata d'après Sainte-Beuve? — Le xvnr siècle ne découvrit pas le portrait de Bourdaloue dans le second Dialogue. — Ce ne fut que longtemps après sa mort qu'on attaqua son action oratoire. — Les contradictions de l'abbé Maury. — Le portrait de Fénelon ne se rapportait j)as à Bourdaloue. — L'éloge du prédicateur dans le Mémoire sur les occupations de l'Académie. — Si, comme on l'a généralement cru, Fénelon était l'auteur du Mémoire, quel démenti ne se serait-il pas donné? — Energiques et universelles protestations des coniemporains s'ils eussent pu soupçonner cette attaque. — « Maury croyait deviner ce qu'il ne savait pas, il avait l'assertion hautaine. » — .V cause de son prétendu défaut de mémoire, Bourdaloue aurait prêché les yeux fermés. — Seul le portrait de Jouvenet le représente ainsi. — Explications décisives. — Dans tous ses autres portraits, le prédicateur a les yeux tout larges tiuverts. — A la suite de Maury, plu.sieurs critiques ont rabaissé l'action oratoire de Bourdaloue. — Fausseté complète de la légende du manque de mémoire et des yeux fermés. — 11 est des jugements qu'on ne revise pas.

Après avoir suivi Bourdaloue dans les principales phases de sa carrière de prédicateur et avoir recueilli les témoignages d'admiration dont le comblaient les meilleurs esprits, le moment est venu d'étudier son action oratoire. De la part de ses contemporains, son débit ne souleva jamais la moindre critique et sus-

cita toujours un concert d'éloges. Destiné à parler en public, au nom de Dieu lui-même, Bourdaloue avait reçu du Ciel les dispositions les plus heureuses. Son extérieur, nous l'avons dit, prévenait en sa faveur. « 11 avait la mémoire fidèle^ la voix agréable et harmonieuse, la prononciation distinguée, le geste noble, une assurance honnête, une grande facilité ^ » ; précieux dons qui rendaient son éloquence à la fois naturelle, simple, aisée, digne. L'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-Dame, secrétaire de M. de Harlay, archevêque de Paris, dit dans ses Mémoires : « Peut-être il n'y a pas eu de prédicateur plus suivi que le P. Bourdaloue, j'ajoute qui ait plus mérité de l'être. 11 avait un air prévenant, sa voix était d'une étendue prodigieuse, il prononçait fort vite et cependant, si distinctement, qu'on ne |)erdait pas une seule de ses paroles. Quoiqu'il gesticulât un peu trop, son action ne déplaisait pas-. » Nisard n'hésite pas à attribuer, en partie, les succès oratoires de Bourdaloue à son action, et il affirme qu' « elle a été chez lui une qualité supérieure'^ )•. Il n'est pas jusqu'à l'un des critiques qui lui ont reproché de manquer de mémoire et de prêcher les yeux fermés (pii, par une étrange contradiction, ne proclame « son action très dominante et très noble ^ ». Durant toute son existence

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