‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 138 sur 347 · Mercure galant · texte numérisé non relu

Mercure galant

2. Mémoires de l'abbé Le Gendre, publiés par M. Roux. Paris, 18G3, in-8% p. 20.

S. Histoire de la Littéral ure française, t. IV, p. 290. 4. Maury, Essai.

de prédicateur, personne n'eut un mot de blâme sur son dr-bit. Le xviii^ siècle en jugea de même, et ce fut seulement sur sa fin que quelques critiques, s'armant d'un passage des Dialogues de Fénelon, que nous considérons comme faussement appliqué à Bourdaloue, s'élevèrent contre son action oratoire et lui attribuèrent les plus graves défauts. Nous avons à juger de la valeur de leurs imputations, qui à nos yeux ne sauraient être justifiées.

L'action oratoire nécessite le concours du corps. Dans l'art de bien dire, tout l'extérieur de l'orateur a sa fonction et son emploi. L'application de la voix, du geste, du regard au discours constitue le débit, la façon de parler. L'action occupe une place fort importante dans le ministère de la parole. Cicéron l'appelle une sorte d'éloquence particulière et propre au corps qui se compose de la voix et du mouvement : quœdam corporis eloquentia^ cum constet niotit et voce^. On n'est éloquent que si on a de la voix et que si l'on met de la variété dans son ton. La voix est un organe essentiel à l'éloquence, elle doit être naturelle dans ses intonations et ses inflexions, tantôt grave ou lente, tantôt élevée ou précipitée, tantôt douce ou indignée, toujours en accord avec les sentiments et les pensées qu'elle exprime. Le grand talent est de manier la voix de façon à lui faire rendre les nuances les plus délicates du discours. 11

•1. De rOraletir.

n'y a point d'art oratoire possible si l'on ne parvient à traduire et à harmoniser ses pensées avec les modulations de la voix. De plus, on n'est écouté, suivi par les auditeurs qu'à la condition de bien articuler, ponctuer, accentuer, sans afîectation, avec mesure et avec véhémence et passion quand le cœur bat et qu'on est sous le coup de l'émotion. La voix, dans ses accents, ne doit jamais être forcée et bruyante ; les éclats exagérés fatiguent vite et, s'ils sont trop souvent répétés, ils gâtent même le discours le meilleur. Après la voix, vient le geste. Il doit habituellement être sobre, large, peu fréquent, et ce n'est que dans les grands mouvements qu'il peut être précipité. Un bon |)rédicateur se garde d'avoir ses bras trop souvent en l'air, de les agiter autour de sa tête et il s'interdit de battre des mains. Le geste est appelé à compléter la parole, il aide à la faire pénétrer dans l'intelligence et le cœur de ceux qui écoutent, et cela est si vrai qu'un auteur, consommé dans Fart de bien dire, n'a pas craint d'avancer que, dans certaines occasions, alors que le geste est naturel et qu'il arrive à point, le geste achève de dire ce que veut exprimer la parole ^ Pour ce qui est des yeux, ils ont à remplir un grand rôle et ils font partie essentielle de l'action oratoire. Le regard, quand il reflète l'àme de celui qui parle, devient le plus beau et le plus puissant des gestes. Le regard, en effet, est le plus clair et le plus fidèle miroir de

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