L'Acadéoiie a siégé au Louvre jusqu'à la Révolution
et un si complet dénigrement? Doit-on supposer un instant que s'ils avaient pu y croire, ils n'auraient été les premiers à s'en émouvoir? Bourdaloue disparaissait à peine de la S(!ène du montle et descendait des plus grandes chaires? Sa mémoire encore toute |>leine de vie et de fraîcheur était entretenue comme un culte dans le cœur de ses partisans et dans l'esprit de ses admirateurs. Et, à pareil coup, la cour, la ville, l'Académie, les journaux n'auraient pas répondu et les Jésuites n'auraient pas retourné contre le critique nouveau les armes dont ils s'étaient si vaillamment servis contre Pascal? Cependant, à ce moment, la paix la plus profonde règne, un calme religieux plane sur la mémoire respectée du prédicateur et aucune ombre ne voile l'éclat de son immortel renom. Il est incontestable que les critiques si élogieux des xviT et xvni" siècles n'avaient pas compté sur ceux des générations suivantes et que les La Bruyère, lesd'Aguesseau, lesFaydit, les Guy-Patin, les Dacier, les Sabatier de Castres, les Mascaron, les La Rue, M"* de Scudéry, M'"^ de Sévigné, Bussy, Arnauld, les rédacteurs du Mei^care eiàe,\di Gazette, s'ils eussent pu pressentir les incriminations et les attaques de Maury, de La Harpe, d'Irailh, de Paul Albert et de Tabbé Hurel, auraient péremptoirement démontré que le portrait des Dialogues était une substitution, et ne se rapportait pas à Bourdaloue mais à un de ses mauvais imitateurs ^ Vouloir découvrir, pré-
1. A Tvin de ces prédicateurs que Fou appelait « les singes de Bourdaloue ».
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tendre reconnaître Téloquent jésuite dans la peinture du Second Dialogue ne nous paraît pas chose admissible. Fénelon ne se déjugeait pas, et si nous pouvons croire encore aux éloges qu'il décernait à Bourdalouc et qu'il marquait à son nom, nous n'avons que faire des prétendues critiques dirigées contre lui et qui sont dépourvues de tout caractère personnel et nettement déterminé. Enfin, il faudrait avouer, si l'assertion était vraie, que de tels procédés auraient été peu dignes du génie de Fénelon, car nous serions alors en présence d'une contradiction de sa part qui nous autoriserait à dire avec le P. Lauras, en rapprocliant l'appréciation malveillante des Dialogues des éloges contenus dans le Mémoire sur les Occupations de l'Académie^ que le jugement porte'' par Fénelon dans sa maturité aurait démenti le jugement de sa jeunesse.
Les esprits qui ont essayé d'ébranler la réputation oratoire de Bourdalouc, réputation si universellement établie auprès de ses contemporains, soutenaient que les principaux défauts de son action provenaient du défaut de sa mémoire, de l'uniformité de son ton de voix, du mouvement ininterrompu de ses bras et surtout du mauvais elTet de ses yeux fermés. Pour cela, ils n'ont fait qu'accuser les lignes (lu |)réten(lu {)orlrait attribué à Fénelon en en grossissant les traits, cten enlaidissant l'ensemble. Entendons loul d'abord l'abbé Maury à qui Sainte-Beuve a fait le reproche jnéiilé de « vouloir deviner ce qu'il ne savait pas, de décider et de trancher là où il en avait
besoin et (ravoir la ri'pliqiie prompte et Tassertion hautaine*». L'action de Boiii'(lalou(;, à l'en croire, était « très dominante et très noble » . Il avait, disait-il encore, « une voix pleine et touchante et toute la dignité d'un prophète. Sa mémoire le préoccupait et l'inquiétait si habituellement que, pour éviter toute distraction dans son débit, il s'imposait la loi d'avoir sans cesse les yeux fermés. C'est ainsi que tous ses portraits nous le représentent. 11 devait peut-être en partie à cette habitude de ne se permettre aucun regard en présence de son auditoire, ce beau port de tète qui accompagne ordinairement une vue courte. Cependant, malgré cette précaution, il affligeait encore quelquefois son auditoire par la triste nécessité de recourir à son cahier qu'il plaçait toujours humblement à côté de lui sur le siège de la chaire '. » Où trouver, après cela « cette action très dominante et très noble»? que penser de cette mémoire défectueuse et de ce regard voilé et éteint? et comment faire accorder de tels défauts avec la tenue et « la dignité d'un prophète »?
En traitant, dans ÏEssai^ de la faculté de la mémoire, Maury avait encore dit : « Bourdaloue avec une mémoire ingrate était obligé d'avoir recours à son manuscrit;... il devait sentir avec une espèce d'humiliation combien cet état pénible d'un auditoire déconcerté et interrompu dans la jouissance d'un si beau talent diminuait l'intérêt et le charme qu'on