‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 168 sur 347 · SES PAISÉGYRIQUES ET SES ORAISONS FUNÈBRES · texte numérisé non relu

SES PAISÉGYRIQUES ET SES ORAISONS FUNÈBRES

fille désarmée et le chel' barbare, qui fait trembler la terre, est d'une beauté surhumaine, car Attila, avec toute son armée, ses glaives et ses foudres, cède devant les prières et les larmes d'une enfant. Ces quelques citations, prises de ci de là, semblables à des débris de belles statues mutilées, sont propres à faire admirer Bourdaloue comme panégyriste, car les figures qu'elles évoquent ne sauraient être représentées sous des formes plus naturelles, l)lus expressives, plus louchantes. Pour justifier l'éloquent jésuite des digressions que la critique lui reproche, digressions qui ralentissaient parfois l'intérêt de ses éloges, disons pour son excuse qu'elles étaient toujours motivées par son zèle pour la sanctification des âmes. De là donc ces sollicitations pressantes, ces appels à ses auditeurs, qui, s'ils entravaient parfois la marche du discours, révélaient toujours les ardeurs de l'apôtre. Bourdaloue, nous le savons, s'efforçait de porter à l'imitation des saints et toute son ambition tendait à donner des successeurs à ses héros. La force de son verbe, qui a converti et sauvé si grand nombre d'àmes, n'avait pas d'autre source d'inspiration. Dans sa modestie, l'éloquent panégyriste intitulait simplement ses éloges : Sermons pour la fête de tel saint; il ne consentait pas à les désigner d'un titre plus éclatant et plus pompeux. Toutes ces compositions frappées à sa marque sont à lire. Retraçant avec fidélité les prodiges de la sainteté chrétienne, elles forment un faisceau de glorieux témoignages à

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l'honneur de la vertu et de la vérité. Les panègy- 7^iques de Bourdaloue n'ont rien d'artificiel et d'outré. Leur éloquence vient du fond des choses, elle jaillit des idées et des sentiments des personnages mis en scène. Là est le secret de leur intérêt et de leur vie, le secret qui fait qu'ils ne vieillissent pas et que les esprits sérieux les goûtent encore, après des siècles, comme aux premiers jours.

Dans Yoraison funèbre, Bourdaloue reste fidèle à sa manière, et, en s'y faisant honneur, il se montre sans prétention. Sa parole est simple, austère et pieuse. Il expose, il raconte, il moralise et, en célébrant les mérites des morts, il s'attache surtout à produire Fédification des vivants. On lui a fait le reproche de n'avoir ni assez idéalisé ses héros ni assez dramatisé ses scènes. Son souci, en effet, est, avant tout, d'être vrai, sincère, grave et édifiant. Les oraisons funèbres des Condé sont deux portraits pleins de ressemblance et de vie. Elles ont de l'élévation, de la correction et témoignent hautement de son esprit et de son goût. On a trouvé dans ces morceaux du nombre, de Télégance, du sentiment, des éclairs de lyrisme. Ces derniers traits, nous le reconnaissons, sont rares chez Bourdaloue, et il ne faut rien moins que l'héroïsme du grand Condé pour h's faire jaillir et étinceler. Notre prédicateur est un penseur, il n'a pas l'organisation d'un virtuose. Sa parole convient à ces compositions, elle est en accord avec les douleurs qu'eUe interprète, elle ne chante pas, elle semble psalmodier et se maintenir sui' le

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