‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 169 sur 347 · SES PANÉGYRIQUES ET SES ORAISONS FINÈRRES · texte numérisé non relu

SES PANÉGYRIQUES ET SES ORAISONS FINÈRRES

ton mineur. Mais si son éloquence en s'expriniant sur ce mode perd quelque chose en ampleur et en éclat, elle y gagne en précision et en netteté. Bourdaloue, dans les deux circonstances solennelles où il est appelé à célébrer la vie et la mort des Condé, paraît se défendre de toute poussée de bel esj)rit et retenir, sous une simplicité de langage qui contraste avec le caractère brillant de ses héros, l'ardeur qui l'anime et dont la flamme, à certains momenis, s't'chappe d'elle-même et vient éblouir l'intelligence de ses auditeurs.

Les oraisons funèbres de Henri II et du grand Condé ont des beautés réelles et produisent môme à la lecture des sensations d'éloquence et d'art. L'art a cela de particulier qu'il est à la fois supérieur et populaire ; il manifeste ce qu'il y a de plus élevé et il le manifeste aux yeux de tous. C'est par ce dernier côté, la puissance qui le rend accessible à tous, que Bourdaloue se fait surtout remarquer dans son éloquence. Nous n'oserions affirmer toutefois que ses éloges funèbres soient des discours où éclatent les accents spontanés, vibrants et irrésistibles qui s'emparent des assemblées, les émeuvent, les étreignent et les subjuguent. Avec sa trempe de caractère et de cœur, notre prédicateur ne sentait pas comme Bossuet. Il ne parlait pas de la jeunesse et de la gloii'e, de la bonne et de la mauvaise fortune, de la vie et du néant de l'homme, de façon à causer les foudroyantes commotions et à provoquer les grands frissons que l'on éprouve en

entendant un orateur génial. Dans les solennités funèbres des Condé, Bourdaloue parvient cependant à mettre largement en scène la haute personnalité des deux princes : il réussit surtout dans l'éloge du vainqueur de Rocroi à produire et à communiquer, comme le dit M"'" de Sévigné, des sensations qui enlèvent et qui transportent. Alors son verbe inspiré se colore et s'échauffe et il est réellement éloquent. Mais on se demande, même dans ce discours que la marquise et son entourage jugent un chef-d'œuvre, s'il atteint au sublime et s'il embrase des rayonnements de sa parole toute la splendeur de l'apothéose du héros? En admirant cette éloquence que le temps n'a pu refroidir et éteindre, nous ne le prétendons pas.

Grâce à des documents authentiques, découverts tout récemment ^ nous espérons traiter à fond la question des deux oraisons funèbres prononcées par Bourdaloue. Disons tout d'abord dans quelles circonstances et avec quel respect de la vérité historique le prédicateur s'appliqua à reproduire la physionomie et à reconstituer la vie des Condé. Avant de juger ces éloges funèbres, donnons les raisons qui amenèrent le célèbre jésuite à composer le premier des deux discours. Un ancien secrétaire des commandements de Henri II, Jean Perrault, président de la Cour des comptes, mort en 1681, avait, comme témoignage de sa reconnaissance pour

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