SES PANÉGYRIQUES ET SES ORAISONS FLNKIJRKS
siiet aurait agi ainsi et serait monté à la tribune, l^a présence de M. de Meaux ne dut point passer inaperçue et l'on se rend compte de l'impression qu'en éprouvèi^ent le prédicateuret l'auditoire en le voyant prêter une oreille attentive à ce discours. En face de celui dont le génie avait été le créateur de l'oraison funèbre et dont la parole avec ses magnificences avait mené le deuil de tant de reines et de rois, l'éloquent jésuite fut sincère quand il prononça ces mots à son adresse : «. Ce sera à vous, dans ce genre qui m'est nouveau, de me supporter»; Bourdaloue, en s'exprimant ainsi, s'inclinait devant le génie de Bossuet.
Trois ans s'étaient à peine écoulés depuis le service de Henri II, quand, vers la fin de 1686, le grand Condé mourait à Chantilly. La perte du héros fut sensible à la France entière ; cet événement prit le caractère d'un deuil public, on rendit à la mémoire du grand capitaine des honneurs royaux. Après la cérémonie de Valéry et la solennité si imposante, faite à Notre-Dame de Paris, où Bossuet, le 10 mars 1687, avait prononcé son incomparable oraison funèbre, l'église Saint-Louis de la rue Saint- Antoine voulut, le 26 avril de la même année, solenniser la mémoire de Louis de Condé. L'illustre défunt venait lui aussi de léguer son cœur aux Jésuites et la Compagnie reconnaissante et désireuse de célébi'ei' un service des plus solennels à son intention, invitait Bourdaloue à y porter la parole. Son choix était indiqué ; celui qui avait célébré la
religion du père devait glorifier Fliéroïsme du fils. Le prédicateur accepta avec d'autant plus d'empressemenl que Louis de Bourbon, revenu à Dieudej)uis déjà deux ans, comme durant Texil de Gand, semblait avoir répondu aux vœux formulés par lui dans l'oraison funèbre de M. le Prince.
Bourdaloue y faisait allusion en s'exprimant ainsi : (( Le dirai-je. Dieu m'avait donné comme un pressentiment de ce miracle; et dans le lieu même où je parle aujourd'hui, dans une cérémonie toute semblable,... le prince lui-même m'écoutant, j'en avais non seulement formé le vœu, mais comme anticipé l'efi'et par une prière, qui parut alors tenir quelque chose de la prédiction. Soit inspiration ou transport de zèle, élevé au-dessus de moi, je m'étais promis. Seigneur, ou plutôt je m'étais assuré de vous, que vous ne laisseriez pas ce grand homme, avec un cœur aussi droit, . . . dans la voie de la perdition . . . Luimême, dont la présence m'animait, en fut ému. Et qui sait, ô mon Dieu! si, vous servant dès lors de mon faible organe, vous ne commençâtes pas dans ce moment-là à l'éclairer et à le toucher de vos divines lumières ! Quoi qu'il en soit, ni mes vœux ni mes souhaits n'ont été vains... Ce |)rince, qui m'avait écouté, a depuis écouté votre voix secrète et parce qu'il avait un cœur droit, il a suivi l'attrait de votre grâce ^ » Dès lors, l'apaisement et le pardon du ciel étaient descendus sur l'àme du héros, Bour-