CHAPITRE VIII
LA DOCTRINE DE BOURDALOUE ET LE PROTESTANTISME, LE JANSÉNISME, LE QUIÉTISME ET LE GALLICANISME
Bourdaloiie défenseur de la vérité. — L'hérésie au xvii° siècle. — Les réponses du prédicateur à ses attaques. — Le Proleshmiisine. — Bourdaloue à Montpellier. — Ses ménagements pour les Réformés. — L'appel qu'il leur adresse. — La foi sans les œuvres. — La liberté d'e.xamen. — L'hérésie sous le masque de l'austérité. — Luther et Calvin. — Inconséquences et contradictions des Protestants. — Leur esprit de charité. — Leurs préjugés. — Les résultats de la mission de .Montpellier. — Bourdaloue et le Jansénisme. — La revanche des l'fuvinciales. — Jansénistes pieux et Jansénistes mondains. — Le mal fait i^ar eu.v à la vraie foi. — Leur esprit de parti. — Fausseté de leur direction. — Ils éloignent des pratiques religieuses. — Le prédicateur ne les ménage pas. — Son jugement sur Arnauld. — Bourdaloue et le Quiétisme. — 11 condamne M'"" Guyon et il se défie deFénelon. — Le Sermon sur la Prière. — Abus de l'oraison extraordinaire. — Les Maximes des Saints. — Conseils à M"" de Maintenonet au cardinal de Bouillon. — L'accord de sa doctrine avec celle de Bossuet. — Bourdaloue et le Gallicanisme. — Partagea-t-il les idées de Bossuet ? — Ce qu'il pensait de la Régale. — Une réponse au P. Alleaume. — La déclaration de ses principes dans le Panégyrique de saint Louis. — Son opinion était-elle contraire à celle des grands esprits de son temps?
Durant sa longue carrière de prédicateur, Bourdaloue fut toujours un intrépide défenseur de la vérité. Du haut de la chaire, il repoussa avec autant d'autorité que d'énergie les attaques de l'erreur de quelque côté qu'elles vinssent. Gardien vigilant de la vraie doctrine, il travaillait sans cesse à la défendre, à la venger, à la glorifier et à l'étendre. Les éternels principes, quoique Nisard lui ail repro-
ché d'avoir affaibli la prédication en la tournant trop vers la morale, faisaient la base solide de tous ses sermons. L'histoire du xvii^ siècle nous le montre sur la brèche, refoulant à toute heure les invasions de l'erreur et résistant à l'assaut des passions coalisées. Enseigner et propager la religion, affirmer et défendre Dieu et l'Eglise, maintenir et, au besoin, ramenerles âmes dans la voie delà vérité, convaincre, persuader, convertir les esprits et les cœurs était la grande passion et l'unique ambition de sa vie. Aussi, toutes les attaques contre Jésus-Christ, l'Evangile, l'Église eurent à compter avec son savoir et son courage. Bourdaloue ne se lassa jamais dans la défense des intérêts sacrés, il eut des énergies persévérantes pour le service des saintes causes et il consacra toujours l'activité, la combativité de sa nature au bien des âmes et à la gloire de Dieu.
L'hérésie altère le symbole de la foi, elle attente aux croyances de l'Église. Au xvii* siècle des esprits orgueilleux et téméraires troublaient en France la foi de leurs contemporains, l^rotestants. Jansénistes, Quiétistes, tels étaient alors les représentants de l'erreur, et on ne peut comprendre à quel degré, sous les apparences, le plus souvent, d'un beau zèle, aurait monté le débordement de leurs idées hétérodoxes, si Dieu n'eût suscité pour les confondre une pléiade d'hommes doctes et éloquents. Bossuet, maintes fois, avait eu à lutter contre eux et les avait écrasés sous les coups de son éloquence ;lesréponses de sa |)arolc et de sa plume étaient sans réplique ;
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chacune de leurs agressions avait inspiré un chefd'œuvre à son génie. A son tour, Bourdaloue s'était fait une magnifique place |>armi les champions de Iq, vérité chrétienne. Inébranlable dans sesprincipes, ses croyances et ses amours, il avait consacré sa vie à la défense de Dieu, de l'Église, des âmes, et lutté pour ces causes saintes avec la plus héroïque vaillance, imposant toujours silence à ses antagonistes, aussi redoutables qu'ils fussent, par l'ortliodoxie impeccable de sa prédication comme par l'éminence de ses vertus. Nul, mieux que lui, ne combattit l'erreur sous toutes ses formes et ne contribua à assurer le triomphe de la vérité.
La réfutation, faite dans sa prédication, deserreurs protestantes, jansénistes et quiétistes va nous peimeltre déjuger de la puissance de sa doctrine. Disons tout d'abord que sur l'ordre de Louis XIV, Bourdaloue avait dû se rendre à Montpellier pour évangéliser les réformés. C'était en 16S5, au moment de la révocation de l'Édit de; Nantes. Montpellier était alors le boulevard de la résistance des dissidents dans le Midi, les villes de Nîmes, du Vigan, de Castres et de Montauban en recevaient et en exécutaient les ordres. «(Le roi, relate Dangeau, avait résolu d'envoyer des missionnaires dans toutes les villes l'écemment converties. Le P. Bourdaloue qui devait prêcher l'Avent àlacour, va à Montpellier. En faisant ce cboix et en se privant du plaisir de l'entendre, ie roi disait : Les courtisans entendront peut-être des sermons médiocres, mais les Languedociens appren-
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dront une belle doctrine et une belle morale'. » A l'annonce du (lépart de son prédicateur favori, M™^ de Sévigné écrivait : « Bourdaloue s'en va, par ordre du roi, prêcher à Montpellier, et dans ces provinces où tant de gens se sont convertis sans savoir pourquoi. 11 le leur apprendra et en fera de bons catholiques'. » Elle ajoutait en s'adressant au président de Moulceau: « Pour le P. Bourdaloue, ce serait un mauvais signe pour Montpellier, s'il n'y était admiré, a|)rès l'avoir été à la cour et à Paris d'une manière si sincère et si vraie 3. »
Bourdaloue, en allant à Montpellier, s'y rendait en apôtre, mais sans abdiquer toutefois les idées de son temps. Avant 1789, on ne doit point l'oublier, le pouvoir civil était au service de la religion, le bras séculier et l'Eglise se prêtaient un mutuel appui. Le prédicateur, tout en reconnaissant que « ce n'est pas toujours par les armes qu'on fait triompher la religion^ », admettait néanmoins que « pour venir à bout de l'erreur, il faut un bras qui la dompte à côté de la tête qui lu réfute' ». Bourdaloue eut l'occasion de comprendre, au cours de sa mission, que si la tête se fût passée du secours du bras, et que si la religion eût lutté seule contre l'hérésie par la persuasion, le triomphe n'aurait été ni moins légitime, ni moins étendu, ni moins durable.