‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 189 sur 347 · I. UHT110D0X11-: DE SA docthim · texte numérisé non relu

I. UHT110D0X11-: DE SA docthim

la loi indépcndanle des œuvres que l'hérésie du dernier siècle a bien osé renouveler. » Dans leScmwn sur la Prêdestinatmt^ Bourdaloue ajoute en parlant des erreurs de Luther et de Calvin : « Ils en vinrent à publier que les bonnes œuvres n'avaient nulle part au salut et que toute l'affaire de la justification se réduisait à l'imputation des mérites de Jésus-Christ, sans qu'il en dût coûter autre chose, pour être sauvé, que de croire qu'on était justifié par la foi. Secret admirable pour aplanir le chemin du ciel et pour y faire marcher à Taise. »

L'éloquent prédicateur d(''veloppe encore ces puissanles démonstrations dans son Sermon sur la Sévérité chrétienne.

(( Le siège de l'orgueil dans l'homme, c'est l'esprit; et bannir l'orgueil de l'esprit, c'est le bannir absolument de l'homme. Or, y a-t-il rien qui humilie plus l'esprit, que ce qui le soumet, que ce qui le captive, que ce qui l'oblige à se démentir lui-même, à ne s'en point rapporter à lui-même, à se laisser conduire avec cette docilité des enfants que saint Pierre demandait aux fidèles? Sévérité qui partout et en tout retient toujours l'homme dans les bornes de la droite religion, ne lui permettant jamais de s'émanciper des règles prescrites ; le faisant dépendre, sur tout ce qui concerne la foi, d'un juge supérieur et des décisions de l'Eglise; luiôtant toute liberté de les examiner, de les expliquer, de les éluder et sans égard à ses connaissances, exigeant de lui un consentement et une créance aveugle. Combien de

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chrétiens, grands observateurs d'une morale étroite en apparence, mettraient bien mieux en œuvre cette sévérité dont ils se piquent s'ils l'employaient à se rendre plus souples aux enseignements qu'on leur donne, à respecter les décisions de l'Église, à se taire dès qu'elle a parlé; et non seulement à se taire, mais à croire ce qu'elle croit, et parce qu'elle le croit. ') Bourdaloue montrait ainsi les dangers de la doctrine du libre examen, doctrine qui conduisait fatalement les réformés à la révolte et jusqu'au reniement des croyances de leurs pères.

Entendons-le dévoiler le stratagème des dissidents pour couvrir leur système des apparences de l'austérité chrétienne. « Une hérésie qui penche vers le relâchement, n'ayant rien qui lui donne de l'éclat, étant combattue j)ar les principes de tous les gens de bien, et choquant d'une manière ouverte les maximes de l'Évangile, elle tombe et se détruit elle-même; au lieu que celle qui semble porter à la sévérité s'acquiert par là un certain crédit qu'on ne renverse pas aisément parce qu'elle prévient d'abord en sa faveur tout ce qu'il y a d'esprits simples et bien intentionnés, et qu'elle trouve d'ailleurs dans leur ignorance et leur opiniâtreté de quoi se fortifier et se maintenir. liéflexion confirmée par l'expérience ; car nous voyons que les hérésies les plus sévères ont été les plus contagieuses et les plus malignes dans leurs progrès, et que ce sont celles dont la foi de l'Église a plus eu de peine à triompher... Mais revenons à ce qu'il faut faire. C'est de ne point trop

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compter sur ses propres lumières, et de ne s'en laisser point éblouir; de ne s'ériger point en juge absolu de la doctrine chrétienne et de ce qui concerne la conduite et le règlement des mœurs; de ne se point regarder comme des hommes infaillibles; c'est d'écouter humblement l'oracle que Jésus-Christ a laissé après lui, qui est son Eglise; de lui communiquer tous nos doutes; d'avoir recours à elle dans toutes nos disputes; de nous rendre de bonne foi à ses arrêts. Il faudrait prendre pour cela un grand empire sur soi; il faudrait essuyer une utile confusion, il faudrait s'humilier, c'est en cela qu'on serait véritablement, évangéliquement, héroïquement sévère... »

Bourdaloue démontre encore la fausseté de ce prétendu rigorisme et de cette hypocrite réformation.

«■ Mais plutôt que de se réduire à une pareille soumission, on se sert même de cette sévérité outrée et affectée pour accréditer et pour appuyer Terreur. N'est-ce pas ce que nous avons vu de nos jours dans l'hérésie du siècle passé, qui, pour s'introduire plus honorablement et plus sûrement, prit d'abord le nom de Réforme, et en affecta même certaines pratiques avec le succès que vous savez. Car à ce nom de réforme tout le monde applaudissait; des millions de chrétiens se pervertissaient, les simples se laissaient surprendre, les libertins secouaient lejoug de l'Eglise, les politiques demeuraient neutres et indifférents ; mais tous sortaient de la voie de Dieu. Si ceux qui

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se laissaient entraîner de la sorte eussent été éclairés de Tesprit de vérité, ils auraient, avant que de s'engager, examiné la foi de ces prétendus réformateurs et leur caractère, et ils auraient bientôt découvert Fartifice. » C'était bien, en effet, sous le couvert d'une fausse sévérité que le Protestantisme s'efforçait de gagner des adeptes. Et comme son enseignement ne pouvait cntruiner qu'au désordre des idées et des mœurs, les réformateurs faisaient profession de rigorisme dans les mots afin de voiler, sous des apparences d'austérité, le désordre de leur conduite.

Dans l'indignation de son àme droite et |)uro, Bourdaloue dessinait ainsi le portrait des bypocrites et des criminels, qui, sous les dehors de la sévérité chrétienne, s'étaient livrés aux plus honteux débordements. « A Dieu ne plaise, après avoir parlé de ces impies transformés en prophètes, que j'en veuille ici à leur personne ni à leur mémoire! Si c'étaient des particuliers qui eussent été emportés par le torrent de l'hérésie, je sais les règles de discrétion et de bienséance que j'aurais à garder. Mais puisqu'on a prétendu que c'étaient des hommes que Dieu a\ait remplis de son esprit pour les employer à la réformation de l'Église, encore est-il jusle que nous les connaissions... Or, est-il croyable que Dieu pour réformer son Église ait choisi des hommes de ce caractère? Un Luther, infâme |)ar ses vices, qui même en faisait trophée et qui s'est vanté de ce que ses plus zélés partisans avaient honte de ne pouvoir

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désavouer pour lui. \ oilà celui que Calvin appelait l'apôtre de rAllemagne; et que ne pourrais-je point (lire de Calvin lui-même ^ ? » Ainsi le prédicateurde Montpellier stigmatisait ces ministres de mensonge, ces prédicants sans foi et sans pudeur qui s'étaient couverts de toutes les hontes. Quand on lit le Sermon sur la Sévérité chrétienne., on croit entendre Bossuet dans son Histoire des Variations^ et l'on souffre de voir nos frères séparés devenus les victimes de si monstrueuses tromperies. En présence du mal causé parlaRéforme, Bourdaloue, centans avant de Maislre et deux cent cinquante ans avant Le Play, pensait, que « l'erreur est quelquefois aussi dangereuse que le crime lui-même ».

D'autre part, nous serions coupable de le taire, le puissant polémiste, dont on a, dans le camp de l'erreur, attaqué et condamné la prétendue sévérité, se montrait juste et impartial. Loin de nier certains mérites de ses adversaires, il les proclamait du haut de la chaire et il faisait ressortir, en l'opposant à celui des catholiques euv-mêmes, leur esprit d'union et de charité. <( La charité, parmi nos frères séparés, n'était ni négligée ni délaissée. 11 y avait entre eux non seulement de la charité, mais encore de la police et de la règle dans sa pratique. Soyons de bonne foi et ne leur refusons pas la justice qui leur est due et rendons leur le témoignage qu'ils ont mérité. Reconnaissons que sur ce point nous n'avons rien à

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