‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 194 sur 347 · Im lievuc d'Edimbourg · texte numérisé non relu

Im lievuc d'Edimbourg

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leur système de sévrrité et de terreur. Le xviT siècle fut rempli |»ar la lutte des Jansénistes et des Jésuites; ces derniers prenaient depuis 1669 leur revanche des attaques de Port-Royal. Vainement la duchesse de Longueville avait adi'essé son Mémoire au roi sur les Infractions à la paix de Clément /A, vainement M""' la princesse de Conti s'était déclarée ouvertement, elle aussi, contre Bourdaloue; ro])[)osition si puissante qu'elle fût n'ébranla ni sa réputation ni son autorité aui)rès de Louis XIV et de l'élite des esprits.

Le Jansénisme était alors représenté par les solitaires de Port-Royal et par les mondains appelés « Jansénistes de cour ou de salon ». Les premiers, partisans de l'austérité la plus rigide, inflexibles dans leurs idées, aveuglés par l'esprit de secte et de parti, étaient sincères, ardents, généralement hommes de savoir et de vertu. Retirés dans la solitude, appliqués aux hautes études religieuses, en quête de mortifications et de perfectionnement, prêchant la morale la plus austère, ils s'appelaient Arnauld, Nicole, de Sacy, et, dans la ferveur de leur prosélytisme, ils prétendaient être les maîtres de la morale la plus pure, et les guides sûrs des âmes dans le grand œuvre de leur perfection. Les Jansénistes de cour (Haient tout autres. Vivant dans le luxe et le faste, courtisans pour la plupart d'une ambition démesurée, ils rappelaient souvent par leur bassesse le mot de Tacite : Oninia nerviliter pro dom.inatione. Ils étaient avides de fortune el de faveur, ils s'éle-

Vident à tout propos, sans craindre de mettre leurs paroles en contradiction avec les habitudes de leur vie, contre le relâchement des mœurs. Us tranchaient toutes les questions sur les choses et les personnes de rÉglise, tonnaient contre les Jésuites qu'ils surnommaient les nouveaux pélagiens et condamnaient avec indignation la morale des Casuistes et des iMolinistes. Il y avait chez eux des grandes dames parlant théologie, M'"'' de Sévigné les appelait ironiquement « les mères de l'Eglise »; elles prétendaient faire la loi aux consciences et elles n'avaient ])as assez d'épigrammes contre les directeurs qui, à leur sens, favorisaient la morale relâchée. On le comprend, les Jansénistes mondains, dont la conduite contrastait si fort avec leurs théories, n'étaient pas redoutables par eux-mêmes, ils ne vivaient que de la science parfois téméraire et de la piété le plus souvent exagérée des solitaires de Port-Royal-des-dhamps.

Le Jansénisme, on ne doit pas se le dissimuler, portait atteinte aux dogmes de la vraie foi. Il faisait de l'homnie non seulement une créature déchue, mais irrémédiablement perveitie en dépit de tous les effets et de toutes les grâces de la rédemption ; il supprimait le libre arbitre, il stérilisait la volonté et il annulait ainsi la possibilité du mérite. Ses adeptes les plus recommandables par la doctrine et la vertu tombaient eux-mêmes dans la mauvaise foi en distinguant subtilement. Il ne pouvait être mis en doute que las cmq propositions condamnées^

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si elles ne se trouvaient pas explicitement exprimées dans l'œuvre de Jansènius^ n'en étaient pas moins (( Vàme de son livre^». L'erreur était manifeste. Toutefois les Jansénistes, ceux qui se recommandaient par la vertu et la science, avaient quelques droits à l'indulgence. Les solitaires de Port-Royal étaient dans le fond très attachés àFÉglise: Arnauld avait publié son Traité de la Perpétuité de la Foi ei s'était attiré l'admiration de tous ; Nicole avait réfuté Calvin et avait donné la preuve de sa vaste érudition et de sa piété. Aussi Bourdaloue, en dénonçant l'erreur, s'elîorçait-il d'amener les esprits à la soumission, et s'appliquait-il à ménager les personnes. Mais le docteur était loin de se montrer faible. Entendons sur quel ton dans ses Sermons- et ses Pensées il fait le procès de la fausse doctrine et avec quelle énergie il condamne l'esprit de parti qui rend la secte si orgueilleuse et si exclusive. « Prévenus à leur avantage et préoccupés de leurs maximes, ils se persuadent avoir seuls la science du salut et seuls être instruits des voies de Dieu. Ne se pas joindre à eux, et ne se pas conduire par eux, c'est, selon leur sens, se pervertir, s'égarer et se perdre. Et parce que le nombre de ceux qui les suivent n'est pastel après tout qu'ils voudraient,... voilà pourquoi ils s'élèvent avec tant de chaleur et tant de hauteur, ne prononçant que des anathèmes, lançant partout des malédictions, ne cessant point de déplorer l'affreux relâchement des mœurs, s'imaginant

\. Lettre de Bossuet au marquis de liellelonds, 30 septembre 1617.

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voir dans tous les états du Christianisme une décadence entière, l'attribuant à des guides aveugles, qui mènent d'autres aveugles, se regardant, avec une pieuse complaisance eux et leurs élus, comme d'heureux rejetons que la contagion a épargnés, bénissant Dieu de les avoir ainsi sauvés du naufrage et garantis de la corruption universelle ^ »

Après avoir dévoilé l'esprit exclusif et proscripteur des Jansénistes, Bourdaloue se prononçait avec non moins de force sur leur sévérité. « On est sévère mais en même temps on porte dans le fond de l'âme une aigreur que rien ne peut adoucir;.,, on est sévère, mais en même temps on entretient des partis contre ceux qu'on ne se croit pas favorables; on leur suscite des affaires, on les poursuit avec chaleur, on ne leur passe rien, et tout ce qui vient de leur part on le rend odieux par les plus fausses interprétations; on est sévère, mais en même temps on ne manqiie pas une occasion de déchirer le prochain et de déclamer contre lui. La loi de Dieu nous défend d'attaquer même la réputation d'un particulier; mais par un secret que l'Evangile ne nous a point appris, on prétend, sans se départir de l'étroite morale qu'on professe, avoir le droit de s'élever contre des corps entiers, de leur imputer des intentions, des vues, des sentiments qu'ils n'ont jamais eus ; de les faire passer pour ce qu'ils ne sont pas et de ne vouloir jamais les connaître pour ce

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