‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 20 sur 347 · Dictionnaire historique, t. U · texte numérisé non relu

Dictionnaire historique, t. U

avoir étudié à fond les questions qu'il devait traiter, il s'entendait admirablement à expliquer, coordonner et grouper les principes et les opinions des maîtres, et, en s'assimilant les œuvres des plus grands génies chrétiens, il rendait par ses interprétations son enseignement excellemment intéressant et avantageux, et était dans sa chaire un professeur autorisé. Sa compétence en matière d'enseignement le désigna à ses supérieurs vers cette époque pour une œuvre délicate et difficile et qui devait être le couronnement de ses succès pédagogiques; il fut chargé de l'éducation de Louvois. N'acceptant qu'avec crainte une pareille mission, Bourdaloue se consacra tout entier aux devoirs qu'elle lui imposait. 11 entoura le fils de Michel Le Tellier de ses soins et de ses sollicitudes et s'appliqua à doter son intelligence de toutes les connaissances et son cœur de toutes les vertus. Il mettait sans cesse sous ses yeux les exemples paternels, les lui faisant estimer comme le ])lus précieux héritage. L'enfant s'éprit d'admiration pour les qualités et les gestes de l'auteur de ses jours, promettant de l'imiter dans sa piété, son intégrité, son travail, son honorabilité. Mais le jeune homme trompa ces espérances et céda aux entraînements de l'âge. Louvois fut appelé au secrétariat d'État de la guerre et en devint le titulaire en 16G6. Détesté pour sa morgue et sa brutalité, mais redouté pour sa terrible énergie, il était déjà le grand ministre dont parle M'" ^ de Sévigné, « qui tenait une si grande place, dont le ynoi^ comme dit M. Nicole, était

si étendu et était le centre de tant de choses ^ ». Courtisan habile, le nouveau chancelier prit une grande influence sur la politique de Louis XIV; organisateur puissant, il |>erfectionna Tarmée et se fît une part dans ses victoires ; moins religieux que son illustre père, il ordonna rexéculion des dragonnades ; inférieur à Colbert dont les mérites l'offusquaient, il combattit ses sages idées; jaloux de Turenne, il exigea de lui lincendie du Palatinat ; égaré par l'ambition, il provoqua la ligue dWugsbourg; odieux enfin à la France et à rEuro|)e, il mécontenta le roi, blessa M""" de Maintenon et, à la veille de la disgrâce, le 16 juillet 1691, il fut frappé d'apoplexie. Sans doute, si le ministre eût été fidèle aux leçons de son maître, il eût fait un tout autre usage du pouvoir et se fut appliqué à faire revivre la grande figure de celui que Bossuet a immortalisé sous les traits « d'un génie principal et d'un homme supérieur aux grandeurs et aux ambitions' ». Louvois se montra peu digne de Michel Le Tellier, dont Bossuet et Fléchier devaient prononcer l'oraison funèbre, et, à ce souvenir, on ne peut s'empêcher de penser que Bourdaloue, moins heureux que les orateurs dont il sera l'émule, ne pourra faire de lui pareil éloge.

Devenu prédicateur du roi. l'éloquent jésuite jugera sévèrement les fautes de son ancien élève et regrettera de n'avoir pu former en lui un caractère plus chrétien. Souvent, du haut de la chaire royale,

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