‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 203 sur 347 · L ORTHODOXIE DE SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

L ORTHODOXIE DE SA DOCTRINE

ro|)|>osition de tous les esprits judicieux et de tous les hommes sa^es, on n'a pas laissé de courir après ces fantômes d'oraison !... Ce qui fait le sujet de ma douleur, c'est de voir se répandre tant de livres sans choix où, sous prétexte d'oraison, la religion est toute défigurée... J'appelle oraison chimérique celle qui est absolument inintelligible, et où les plus pénétrants et les plus éclairés théologiens ne comprennent rien. » Etait-ce clair? Un tel langage ne démontrait-il pas le ridicule et le néant, l'extravagance et la folie de ces états supraterrestres auxquels certaines têtes égarées par l'imagination osaient prétendre?

(( On se pique d'oraison sublime, ajoute-t-il, et cependant on suit le mouvement de ses passions les plus vives et les plus ardentes... Combien n'en a-t-on pas vu servir d'un triste exemple ! Combien d'àmes présomi)tueuses qui, en même temps qu'elles faisaient profession de marcher dans ces voies intérieures, n'en étaient pour cela ni moins déréglées, ni moins emportées, ni moins aigres, ni moins entières dans leurs sentiments, ni moins hautaines, ni moins dominantes... Elles entraient dans ces voies par vanité, curiosité, singularité, elles y demeuraient par opiniâtreté, indépendance, indocilité, éblouies de ces termes de quiétude, de repos, de silence... Dieu ne les y appelait pas. Chrétiens, ne tombez pas dans de pareilles erreurs... Ne croyez pas à toutes sortes d'esprits... Quand on vous propose des voies extraordinaires, soyez en

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garde non seulement contre ceu\ (jui vous les proposent, mais contre vous-mêmes. » En dehors du Sermon 8ur la Prière^ véritable réfutation des idées quiétistes, Bourdaloue s'était élev(' encore contre cette fausse doctrine dans son Exhortation -sur sainte Thérèse. Il est facile de reconnaître à bien des traits du Sermon sur la Prière que le prédicateur y visa directement M""" Guyon et Fénelon luimême. Il répondait ainsi d'avance aux Maxi7nes des Saints; la polémique entre Bossuet et Fénelon ne devait s'engager qu'en 1697. Quant aux prétendus ménagements que Saint-Simon* attribue aux Jésuites à l'égard de Fénelon, ils n'existèrent pas, car alors même que les idées quiétistes eussent eu, comme on l'a insinué injustement, quelques approbateurs au sein de leur Compagnie, Bourdaloue n'aurait pu être de ce nombre, puisqu'il déclarait hautement qu'il n'avait jamais pu goûter cette doctrine . Dans la pui'eté de son orthodoxie, il ne dissimulait jamais les principes de sa foi et, dans le chapitre suivant, le portrait qu'il tracera de Fénelon ne nous jjermettra pas d'avoir à ce sujet l'ombre d'un doute.

Consulté par M"^ de Maintenon sur le mysticisme qui s'introduisait à Saint-Cyr, Bourdaloue ne cacha pas la vérité, et il fit entendre un cri d'alarme. Il déclara qu'il y avait dange"r à y laisser pénétrer une semblable doctrine. Sa réponse est renfermée dans sa lettre du 10 juillet J694. Ce serait une lacune de ne point mentionner ici ce document

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