‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 216 sur 347 · L'abbé d'Olivet · texte numérisé non relu

L'abbé d'Olivet

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et leur allure bien tranchée. Ainsi, il a dépeint en des traits qui subsistent, le courtisan, Tambitieux, le mondain, l'impie, l'homme de plaisir et cela avec une finesse, une sûreté de touche, une vigueur, une empreinte de relief que peu de moralistes ont rarement atteinte.

■ Bourdaloue, en effet, a étudié le cœur humain de la façon la plus vraie et la plus intime. Il a pénétré au fond des âmes, et c'est plaisir de le suivre dans l'examen qu'il en fait. Habile dans l'art de déchiffrer les visages et de lire dans les cœurs, il semble se mettre à la place des autres, entrer dans leurs intérêts, leurs espoirs, leurs passions, leurs mobiles les plus secrets. Bourdaloue est un juge infaillible dans la connaissance des caractères et le discernement des cœurs. Ses sermons se présentent comme une suite d'éloquents morceaux esquissés et dessinés de main d'artiste. Après plus de deux siècles, alors que nous nous sentons si éloignés des idées et des personnes de ces temps, ses études paraissent pleines d'actualité; on sent en le lisant que le monde ne fait que toui-ner dans le même cercle et que les états d'àme d'autrefois ressemblent par bien des côtés aux états d'àme d'aujourd'hui. Le prêtre, quand une forte éducation philosophique s'unit en lui à une solide doctrine religieuse et à une profonde piété, pénètre avant dans les cœurs, démêle les ressorts secrets des passions et fait la part des responsabilités. C'était un des grands dons de Bourdaloue, il sentait que ce que l'homme ignreo le plus c'est l'homme

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lui-même, et lui possédait à fond cette science. Le don départi par Dieu à sa nature était de lire dans les âmes, car leurs replis les plus cachés n'échappaient jamais à son regard. Quelque inaccessibles que fussent les consciences, peu à pou le jour se faisait, les situations les plus inextricables ne l'effrayaient pas, il en avait la solution. Combien qui se reconnaissaient à sa parole et qui se trouvaient alors si ressemblants qu'ils en étaient tout éperdus. Il reproduisait les physionomies, les attitudes, les j gestes. Sa connaissance du monde lui permettait de rendre ses portraits vivants, il les saisissait et fixait avec leurs traits les plus délicats et les plus fins ^ « Nul n'a possédé plus que lui la connaissance pratique des consciences, et s'il ai)prend peu de chose surles singularités du cœur humain, il n'omet rien de ce qu'il nous importe de savoir du nôtre... Il est admirable de voir avec quelle simplicité sévère Bourdaloue moralise-. » Au coup de ses allusions et sous son analyse, ses auditeurs pouvaient se dire : « Nous sommes le sujet de ses peintures et nous posons pour ses modèles. Nos vices, nos ambitions, nos passions, nos folies, il nous les dépeint dans toute leur réalité, et si notre aveuglement se refuse à les reconnaître, nous n'hésitons pas à les reconnaître dansles autres. » Bourdaloue, remarque Monmerqué, plaçait dans ses sermons des portraits et des études de caractère que l'on appliquait à des personnes connues,

1. Le P. Hietonneaii. Prélace en tète de ses œuvres. •'. Xisard. Ilis/oire de la Lillérulure fran^-ahe.

mais ce prédicateur connaissait trop ses devoirs pour que ses discours dégénérassent jamais en satires'. Loin de pousser à la charge des personnages, il se défendait toujours de produire la sensation de ce qui est nature. On s'explique que ses sermons offrissent au public un vif intérêt, ils avaient du piquant et de Tactualité. Leur vogue venait de ce que, selon le mot de M'"^ de Sévigné, ils étaient souvent comme une galerie de 'portraits et de peintures morales transpareiites. « Censures intrépides, dit un critique, notre contemporain, où lesplusgrands, oùles plusgrandes, par exemple M'"" de Montespan, étaient désignés clairement ; tableaux de mœurs hardiment dessinés, comme le Sermon sur Vlmpurelé^ et devant lesquels nombre d'auditeurs baissaient la tête en rougissant. Un jour Boileau atteint, le lendemain La Fontaine et ses Contes, puis Molière et le Tartufe, puis Arnauld damné du haut de la chaire, puis le tour de Pascal ai àei> Provinciales. \jn dimanche, les Jansénistes en masse étaient mis au pilori; le dimanche suivant, c'était le tour des grandes dames adultères et empoisonneuses*^. » Il est certain que dans plusieurs de ses sermons, Bourdaloue avait l'intention de désigner des personnes en vue et qu'il le faisait de façon à ne pouvoir s'y méprendre. Dans ce genre, il provoque l'admiration et la retient. Cette tendance à mettre ses auditeurs en

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