‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 227 sur 347 · Port-Royal, t. III, p · texte numérisé non relu

Port-Royal, t. III, p

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famille religieuse. Du reste, toute sa prédication fut une continuelle et puissante réfutation des Provinciales^ une éloquente revanche sur Pascal, et M""" Cornuel, si connue au xvii" siècle par son esprit caustique et mordant, a calomnié Bourdaloue quand elle a osé dire : « Il surfait dans la chaire, mais il donne à bon marché dans le confessionnal. » La direction de Bourdaloue était en accord avec sa prédication ; il appliquait au confessionnal les principes qu'il exposait en chaire. Dans un de ses rares moments de justice et de sincérité, Voltaire a rendu témoignage à la vérité en appelant les Provinciales les immortelles menteuses.

Après en avoir ainsi remontré à Pascal et à Arnauld, Bourdaloue en remontrait <à Molière, et il n'était pas moins énergique <à Tégard du poète qu'à l'égard du philosophe et du directeur de Port-Royal. Avait-il |)résente à la pensée, dans cette nouvelle poursuite, la condamnation du célèbre comédien parBossuet? Tout nous porte à le croire, car l'apostrophe effrayante était dans la mémoire de tous à cette époque et l'on se redisait encore ces paroles terribles et vengeresses: « Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez ! » Molière avait été l'adversaire du devoir chrétien etl'émancipateur de la conscience. 11 avait par ses Comédies ouvert la porte à la libre pensée et à la démoralisation publique et donné le démenti au Castigat ridendo mores! « Ceux qui ont laissé sur la terre, a dit Bossuet, de plus riches monuments, n'en sont pas plus à couvert de la jus-

tice de Dieu; ni les beaux vers, ni les beaux chants ne servent de rien devant lui; et il n'épargnera pas ceux qui, en quelque manière que ce soit, auront entretenu la convoitise. Ainsi vous n'éviterez pas son jugement, qui que vous soyez, vous qui plaidez la cause de la comédie ^)) Bourdaloue partageait ces idées. La prétendue morale de Molière n'était, en effet, à ses yeux, qu'un honteux mélange de tolérance et d'encouragement pour les faiblesses de la nature. Il trouvait en elle la criminelle démonstration que la vie est faite pour jouir et la légitimation de nos instincts à peine retenus par les sentiments de l'honnêteté et de l'honneur. Bourdaloue voyait en Molière un excitateur au désordre; il ne lui pardonnait pas de lâcher la bride à tous les appétits, sentant bien qu'il livrait l'homme à la brutalité de ses instincts. Dès lors la vertu ne devait être qu'une chimère, (( un nom dont les hommes se font honneur », mais qui ne subsiste que dans leur imagination,... une chose au-dessus de nos forces en dépit de tous les secours de la grâce et partant une chose impossible et n'existant nulle part au monde-. » Et, à la vue des ravages causés par cette prétendue morale, il ajoutait: « Si le censeur de la dévotion est forcé de convenir que toute piété n'est pas fausse, du moins prétend-il qu'elle est suspecte, etqu'ily a toujours lieu de s'en défier. Or cela lui suffit : car il n'y a point de piété qu'il ne rende par là m('prisable en

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