Lettre du P. Bretonneau
BOURDALOLE. 3
34 r.OUUDALOUE
talent, Bourdaloiie iHail un piédicaleur de premier oi'di'e. 11 impoi'tail peu à ses auditeurs qu'il ne !e fùl qu'à force de patience, de travail et (Tappiication, l'essentiel était qu'il le fût, et il le fut pleinement.
Nous devons en faire l'aveu, la critique n'est pas parvenue à connaître les sermons prêcliés dans les villes d'F.u^ d'Amiens, de Nancy, d(; Rennes à l'époque où Bourdaloue était professeur ou directeur dans ces diverses résidences^. Sur les questions des sujets, des dates, des lieux de ces sermons, il règne la plus complète obscurité, et toutes les hypothèses peuvent se donner un libre cours. Les commentateurs n'ont pu rien préciser sur ces points, les éditeurs ne donnent aucune indication, et M"' lilampignon, Anatole l^eugère, le 1*. Lan ras, de Ménorval, l'abbé Hurel sont contraints à considérer les œuvres de cette période oratoire comme un champ fermé jusqu'ici à toutes les investigations. Aussi n'ouvrentils la prédication de Bourdaloue qu'à VAvent de 1600. Cependant une découverte récente, faite par le P. Cliérot, vient de répandre un jet de lumière dans les ténèbres de cet inconnu. Celui qui a eu la bonne fortune de pcmétrer dans ces mystères soulève ainsi un coin du voile qui les couvre. « Il y a quelques années, dit-il, dépouillant à la Bibliothèque Mazarine la curieuse collection manuscrite des notices sur les fondations des monastères de la Visitation, mes
1. De 1665 à 1667, Botirdalono lui attaché au collrjïo de cette ville, et' prêcha devant la grande Mademoiselle.
2. Le P. Lauras a inscrit, dans sa Talde c/ironolor/ir/itc, lUturdalmie comme conlesseur à Tégiise du collège de Houen eu Kids.
yeux tombèrent ])ar liasard sur le passage suivant: « Fêtes de la canonisalion de saint François de Sales à la Visitation de tiennes en juin 1(>68, commencées le 16 de ce mois. La mélodie des plus belles voix de toute la province soutenues par l'accord des divers instruments très délicatement touchés ravissait les oreilles, aussi bien que les excellents panégyriques, qui furent faits par les meilleurs et les plus célèbres prédicaleuis, touchaient les cœurs de tous ceux qui eurent ravaiilng<> de les entendre, et, pour en juger il suffit de dire que le Rê»èrend Père Bourdaloue de la compagnie de Jésus prononça le 'premier avec toute l'estime et l'afjprobation de ses auditeurs ^ » Ainsi se trouve fixé, parmi les sermons delà jeunesse oratoire du célèbre jésuite, le Panégyrique de saint François de Sales, avec la date du jour et l'indication du lieu où il fut prononcé. Bourdaloue avait alors trente-cinq ans. L'('doge du grand évêque de Genève est le premier d(; ses discours que l'on connaisse; et par conséquent le premier écho que l'on entend de son éloquence.
Le Panégyrique de saint François de Sales, qui semble être jusqu'ici comme le prélude de sa belle parole, révèle un maître. L'orateur y prend pour texte les mots de l'Ecclésiastique : In fîde et lenitate ipsius sanctum fecit illuyn. Il montre son héros « un saint chéri de Dieu et des hommes, un saint dont la mémoire est partout en bénédiction... Il a été
1. Histoire clironologiiiiie des l'ondations de tout l'ordre do la Visitation Sainte -Marie. Bibliothèque Mazarine, M. 2432, p. 109.
Tapôlre de la Savoie, l'oracle et le prédicateur de la France, le modèle des prélats, le protecteur des intérêts de Dieu dans les cours, le fléau de Fhérésie, le défenseur de la vraie religion, le père d'un ordre florissant, en un mot l'ornement de son siècle, et nous comprendrons tout cela en disant que ce fut un homme doux et capable par sa douceur de faire des prodiges^ ». Dès la première heure, Bourdaloue se montrait éloquent, et l'on comprend que Sainte- Beuve, après son Avent de l'année suivante, 1669, prêché à l'église Saint-Louis de la rue Saint-Antoine, puisse déjà dire de lui qu'il est « un orateur consommé- ». Nous reviendrons sur ce panégyrique, et nous en apprécierons la beauté en étudiant les sermons que le prédicateur consacrera aux fêles des saints.
Quand Bourdaloue parut à Paris dans la chaire de l'église de la Maison professe pour l'Avent de 1669, il y était précédé par une jeune et brillante renommée. Le P. Lauras constale qu'il fit bientôt courir « prélats et grands seigneurs » et qu'on voyait au jtremier rang de ses auditeurs le prince de Coudé et le duc d'Enghien ainsi que le roi de Pologne^. La société aristocratique représentée par les personnages du plus haut rang prit un si grand goût à ses sermons que la cour témoigna bientôt le désir de l'entendre. Le peuple lui aussi se pressait autour de sa chaire.