‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 230 sur 347 · Mémoires. Collection Petitot, t. XVI, p · texte numérisé non relu

Mémoires. Collection Petitot, t. XVI, p

qu'il vengeait, en s'exprimant ainsi, la vérité lâchement trahie et qu'il obéissait à un sentiment de noblesse et de sincérité qui ne les trompait pas.

Afin de réagir et de remédier au ridicule et au discrédit jeté sur la piété par Molière, Bourdaloue montre les ravages que ses Comédies ont produits dans la société du xvir siècle. Ses membres, même les meilleurs, auraient voulu s'attacher à Dieu et le servir, mais ils craignaient de passer pour des faux dévots et pour des hypocrites. Sous l'empire de la peur et du respect humain, ils se disaient : « Que pen- J sera-t-on de nous?... Croira-t-on que c'est la piété qui nous fait agir? On se figurera que nous avons nos vues, et que nous tendons à nos fins, on empoisonnera nos plus saintes actions, on donnera un mauvais tour à nos plus droites intentions, et l'on en rira. N'est-ce pas ainsi qu'on demeure dans un état de vie d'où l'on souhaiterait de sortir ? et que pour éviter une hypocrisie, on tombe dans une autre. Car si c'est une hypocrisie d'avoir les dehors de la piété sans en avoir le fond, n'en est-ce pas une d'avoir dans le cœur l'estime de la ])iété, le désir de la ])iété, les sentiments de la |)iété, et d'affecter des dehors tout opposés... Je soutiens qu'un chrétien n'a jamais de sujet légitime pour craindre qu'on le mette au rang des hypocrites et des faux dévots : pourquoi ? parce qu'il lui est aisé, pour peu qu'il fasse de réflexion sur sa conduite, de se garantir de cette tache, parce qu'il sait fort bien comment il faut servir Dieu de telle sorte que le monde même soit con-

vaincu de sa droiture... Car, quoique en matière de religion, il y ait eu de tout temps de Fartilice, quoi- (ju'il soit vrai que les apparences sont trompeuses, il faut après tout convenii' que la vraie vertu a certains traits éclatants par où elle se fait bientôt connaître. Nous avons donc tort de prétexter cette malignité du siècle qui, en fait de dévotion, confond le vrai avec le faux... Le monde, tout impie qu'il est, ne persécute point absolument la vraie piété. Autant qu'il a de peine à en convenir et à la reconnaître pour vraie, autant, dès qu'il la connaît telle, est-il déterminé à l'honorer. C'est un hommage qu'il lui rend, et dont il ne peut se défendre. Et quoique, en la respectant, il se condamne lui-même, il la res- ])ecte jusqu'à sa propre condamnation ^ » Bourdaloue avait raison de s'élever avec indignation contre le TmHufe. Molière avait fait de cette pièce une arme redoutable pour attaquer la religion et ses fidèles serviteurs. La cause toutefois la plus sérieuse du danger de cette comédie a été signalée par Geoffroy : « 11 y a, dit-il, une si grande affinité avec la religion et l'abus qu'on peut en faire, que le Tartufe a dû réjouir les impies beaucoup plus qu'il n'affligeait les liy|)Ocrites. La honfe de l'hypocrisie rejaillit plus directement sur la religion et lui est en quelque sorte |)lus personnelle que l'infamie des autres vices.» Terminons par ces mots de Sainte-Beuve : «Le jésuite Bourdaloue s'illustrait dans la chaire et y portait sous le couvert de sa robe une saine et ferme doc-

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