CHAPITRE X
Bourdaloue directeur. — Sa rloctrine fait sa direction. — Ses modèles.
— Son cœur l'inspire aussi éloquernment que son esprit. — Le besoin de direction éprouvé par la haute société du xviv siècle. — Le rôle d'un directeur d'après Bourdaloue. — Sa correspondance.
— Quelques extraits de ses lettres au duc de Charost, au maréchal de Gramont, à Claude Le Pelletier. — Ses sollicitudes pour M"" de Mursay. — Ses instructions à M"" de Maintenon. — 11 la dirige dans tous les détails de la vie chrétienne. — Il la prévient contre les idées de M""" Guyon. — La confiance qu'il lui inspire. — Elle voudrait l'avoir pour son confesseur. — 11 lui applique les règles de la loi de Dieu. — Élévation et sagesse de ses Instructions. — Il adresse Vlnstruction sur l'Esprit de pénitence à une dame mondaine. — H lui démontre l'application qu'elle doit en faire. — L'Instruction sur la Prudence du salut est dédiée à un personnage dans un ministère important. — 11 lui prouve qu'il y va de son éternité. — «Apprenez où est le conseil, où est la force de l'entendement.»— Au.x sollicitations du directeur se joignent celles de l'ami. — L'Instruction sur l'Humilité de la foi. — Ce que nous croyons et la manière dont nous le croyons. — Orgueil de la raison et humilité de la foi. — On accepte les mystères de la nature et on n'admet pas les mystères de Dieu. — L'Instruction sur le Choix d'un état de vie. — La vocation.
— Devoirs à remplir pour savoir si on est appelé. — Ne s'adressait-il pas alors à M"*-' Le Pelletier? — Une lettre au Contrôleur des Finances sur la vocation de sa fille. — Bourdaloue directeur d'une nièce du cardinal de Bouillon. — Une lettre de lui jusqu'ici inconnue.
La direction spirituelle ne fnt jamais plus en honneur qu'au xvii'' siècle et ce n'était certes pas un faible mérite que de s'y faire place à côté de Bossuet et de Fénelon. Si l'Aigle de Meaux conduisait les âmes dans les hautes voies do la perfection par les illuminations de son génie et par les impulsions puis-
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santés de sa vei'Lu, si le Cygne de Cambrai enlevait et transportait les cœurs dans les sphères mystérieuses d'un mysticisme où elles n'échappaient pas toujours aux dangers du vertige et aux illusions du mirage, Bourdaloue dirigeait les âmes avec une sagesse égale àcelle du |)remier et avec une prudence supérieure à celle du second. La force de sa direction venait de la sûreté de sa doctrine. « La |)iété, disait-il, lire un merveilleux secours de la doctrine, mais toute doctrine n'est pas propre à la piété. Sans parler de la fausse doctrine qui séduit, de la mauvaise doctrine qui corrompt, de la doctrine profane qui enfle, il y a d'autres doctrines qui toutes bonnes et saintes qu'elles sont, ou surpassent l'esprit par leur élévation, ou l'épuisent par leur subtilité, ou l'accablent par leur rigueur'. » Pour lui, la vraie doctrine est la base unique de la vraie direction.
Comme preuve de ce qu'il avance, Bourdaloue prend pour modèle saint François de Sales, le directeur par excellence. « Sa doctrine fit sa direction... C'est une viande non de la terre, mais du ciel, qui nourrit, aussi bien que la manne, toutes sortes de personnes... Son Introduction à la vie dévoie combien a-t-elle converti de pécheurs?... Combien dans tous les états a-t-elle fait de changements admirables? Qu'y a-t-il dans cette direction qui la rende si universelle et si efficace? Qui fait que les savants n'y trouvaient rien au-dessous d'eux, ni les faibles rien