‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 241 sur 347 · Préface de la première édition · texte numérisé non relu

Préface de la première édition

BOUBDALOLE DIBECTEUR DE CONSCIENCE 375

un des siens, n'est pas flatté, il est de tout |)olnt lid('le et nous pouiTons nous en convaincre en jugeant quel ])rètre il était dans la direction des consciences et des cœurs.

Mais, avant de le voir à l'œuvre, apprenons de lui l'importance et la légitimité, l'étendue et la sainteté de la mission du directeur des âmes. 11 fautentendre liourdaloue définir le rôle du directeur et marquer jusqu'où s'étend son domaine. (( Bien des gens trouvent mauvais, dit-il, que les ministres établis de Dieu dans l'Eglise pour être juges des consciences et directeurs du salut des âmes, |)rennent connaissance de plusieurs affaires qui ont rapport au monde et qui sont des affaires du monde. Pourquoi, dit-on, s'ingèrent-ils en de telles recherches et n'en demeurent-ils à ce qui est de leur ressort? Mais moi je prétends qu'il n'y a aucune affaire du monde qui ne puisse avoir quelque liaison avec la conscience et le salut. Lin mari s'offense de ce que l'état de sa maison et de sa famille est connu d'un homme étranger, qu'une femme vertueuse a choisi pour son conducteur dans les voies de Dieu, et à qui elle confie ce qui se passe dans son domestique, afin d'apprendi'e comment elle doit s'y gouverner? Quel sujet y a-t-il de s'en offenser? Cet homme, tout étranger qu'il est, n'est-il pas le lieutenant de Jésus-Christ? N'est-ce pas en celte qualité qu'il juge, et par conséquent qu'il a droit de connaître tout? Il doit être sage; mais souvent une partie de sa sagesse est d'entrer dans la discussion de ce qu'il y a de plus intime et

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de plus particulier dans un ménage. Il le doit faire avec discrétion, mais enfin il doit le faire. S'il le fait en homme, je veux dire par une indigne curiosité, il sera lui-môme jugé de Dieu; mais s'il ne le fait point du tout, il trahira son ministère... Un directeur, dites-vous, un confesseur ne se doit mêler que de ce qui appartient à la direction, à la confession. Cela est vrai : mais quelles sont les matières les plus ordinaires de la confession pour les personnes du monde , sinon les affaires du monde?... Si le directeur doit ignorer tout cela, quels enseignements pourra-t-il donner? » C'est ainsi que Bourdaloue comprend et revendique les droits du prêtre dans l'œuvre capitale de la direction.

Au XYii® siècle, les lettres de direction, on le sait, étaient de mode. Si Bossuet et Fénelon en écrivirent à des personnages qui étaient les premiers dans l'Église et dans l'État, Bourdaloue, quoique sa correspondance ait été de moindre étendue, nous en fournit assez pour juger de l'élévation et de l'influence de son ministère sur les âmes de son temps. Grâce aux recherches du P. Lauras, de M^'Blampignon, du P. Chérot, et de M. de Boislisle, on possède aujouid'hui trente-six lettres^ du célèbre jésuite, dans hi plupart desquelles éclate tout son zèle pour le salut des personnes auxquelles il s'adresse.

La première de ces lettres dans l'ordre chrono-

1. La correspondance de Bourdaloue recueillie par M'^' lilaïupignon et le P. Lauras se composait de dix-liuit lettres; complétée piir le P. Clii'M'ot, elle se compose jH'ésentcmenl de trente-six.

logique est écrite à Armand de Béthune, duc de (^liarost, gouverneur de Calais. Sous le coup de la disgrâce, ce personnage avait dû quitter la cour et se retirer dans son gouvernement. Ija duchesse de Charost, qui était la fille de Fouquet, après la condamnation de ce dernier, avait suivi son époux dans sa disgrâce. M'"^ de Béthune était une des ])énitentes de Bourdaloue. Le saint religieux dont le cœur n'a ])as en oubli les exilés, prend dans cette lettre un Ion de familiai'it(' qui démontre l'intimité qui régnait entre lui et son correspondant. Ayant appris que le duc d'An mont, gouverneur de Boulogne-sur-Mer, « avait obtenu un congé pour retourner », cela lui faisait concevoir l'espérance de revoir le duc à Paris, « à moins, disait-il, que M"^ la duchesse, par un amour de la pénitence et de la retraite, ne s'avise de s'y opposer. Mais d'autres raisons que je sais bien l'en empêcheront, elle se contentera de la solitude du cœur qu'elle sait foi't bien pratiquer au milieu même de Paris '. » Ce fut la salutaire influence de Bourdaloue qui opéra la réconciliation de la duchesse de Charost avec M'"*' de Clievreuse, de Beauvilliers et de Mortemart'* ; grâce à sa direclion, la fille de Fouquet devint, â l'admiration de toute la cour, l'amie des filles de Colbert. Dans une autre de ses lettres adressée au maréchal de Gramont, duc et pair de France, Bourdaloue luirépondait en ces termes : « La dernière lettre que vous m'avez

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