‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 260 sur 347 · Insiruction sur VHumililé de la Foi · texte numérisé non relu

Insiruction sur VHumililé de la Foi

les mystères de la naliire expliqués par la science.

La direction de Boiirdaloue étendait son influence sur tous les rangs de la société et, après avoir tracé la voie aux personnages investis des plus hautes charges, elle s'employait à éclairer de ses conseils une jeune fille chrétienne dans le Choix de son état de vie. Il écrivait aune demoiselle de qualité : « Dans Fàge où vous êtes, vous devez penser à faire choix dun état de vie; et rien n'est plus nécessaire pour vous que de bien connaître Timporlance de ce choix et les règles qu'il y faut garder. Vous me demandez là-dessus quelque instruction, et je satisfais volontiers (à une demande si raisonnable et aussi digne de votre piété et de votre sagesse. Imprimez bien dans votre esprit cette grande maxime qu'il n'y a rien dont le salut dépende davantage que de bien choisir l'état où Ton doit vivre... Ce qu'il y a de plus essentiel tlans le choix d'un état, est de n'y entrer jamais sans vocation, sans y être appelé de Dieu. Car il ne vous appartient pas de disposer de vous-même pour choisir selon votre gré tel état qu'il vous plaira. Etant à Dieu, c'est à lui de nous parler selon ses vues et selon les desseins de sa providence; et si nous nous engageons témérairement dans une condition où il ne nous appelle pas, dès là il est en droit de nous y délaisser... Quel malheur si cela vous arrivait jamais!... Quand vous seriez alors sur le premier trùnedu monde, quand vous seriez reine, vous devriez plaindre votre sort. »

Pour connaître sa vocation, Bourdaloue marque

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trois devoirs à remplir : recourir d'abord à Dieu, s'adresser ensuite à son directeur et en (in se consulter et s'étudier soi-même. « Vous devez d'abord écouter Dieu dans le fond de votre cœur et vous rendre attentive à sa voix... Afin de l'engager davantage à vous communiquer ses lumières et à se déclarer, vous n'avez pas de moyen plus efficace et plus assuré que la prière. Allez donc aussi souvent que vous le pourrez vous prosterner devant lui et dites-lui : Parlez, Seigneur, et découvrez-moi vous-même quel dessein vous avez formé sur ma personne; me voilà prête à vous entendre, à vous obéir et à exécuter toutes vos volontés... Vous devez ensuite vous adresser au ministre de Dieu. Les prêtres sont nos guides, nos conducteurs, et ils ont été établis pour nous donner des conseils salutaires. C'est pour cela que Dieu les éclaire spécialement eux-mêmes; et souvent il arrive que ce qu'il n'a pas voulu par lui-même nous révéler, c'est par leur bouche qu'il nous l'enseigne... De plus vous devez compter, parmi les ministres de Dieu, le père et la mère dont vous avez reçu la vie. Les pères et les mères sont après Dieu, et selon l'ordre de Dieu, les premiers supérieurs de leurs enfants et ce serait une indépendance condamnable de vouloir, dans le choix que l'on fait d'un état de vie, se soustraire à leur autorité... Examinez donc, sans vous flatter, quel est de tous les états de vie, celui où vous pourrez le plus aisément glorifier Dieu... Que tout se réduise à la question du jeune homme de l'Evangile : que faut-il que je fasse pour

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obtenir la vie éternelle? Ce que je voudrais avoir fait à l'heure de ma mort, c'est ce que je dois faire aujourd'hui. Malheur à moi si je m'engageais dans \ une condition qui ne me pourrait donner à la moil que des sujets de crainte et des regrets ^» On se demande si ces conseils n'auraient pas été donnés par Bourdaloue à l'une des filles de Claude Le Pelletier, désireuse d'entrer en religion et qui l'avait consulté sur sa vocation.

A la suite de V Instruction sur le Choix d'un état de vie, nous croyons devoir placer ici la lettre adressée k Claude Le Pelletier. Une des fdles de ce dernier s'était ouverte au prédicateur et lui avait confié son dessein de se (consacrer à Dieu et celui-ci lui défend toute décision avant d'avoir obtenu le consentement de son père. La lettre de Bourdaloue s'inspire des principes exposés dans VInstruction qui précède et ne laisse pas ignorer à la jeune personne « qu'elle ne peut se soustraire par une indépendance condamnable à l'autorité de ses parents». Le directeur fait en même temps appel à la religion du père qui est son ami pour qu'il ne mette pas obstacle à une vocation qui peut venir de Dieu, tout en l'assurant que sa réponse dépendra absolument de sa décision. C'est en ces termes qu'il parle à ce père : <( Je re(;us hier une lettre de M'^* Le Pelletier, à laquelle j'ai cru ne devoir pas répondre sans vous l'avoir auparavant communiquée. Je vous l'envoie,

1. Instruclion ù une demoiselle du monde sur le C/ioi.r d'tin état de vie.

Monsieur, afin que vous y fassiez toutes les réflexions qu'un père aussi sage et aussi clirétien que vous doit faire en pareille rencontre, et que vous preniez ensuite les mesures que vous jugerez les plus convenables à votre prudence et h votre piété. Je serai à Paris la semaine prochaine et je ne manquerai pas, sitôt que j'y serai arrivé, de me donner l'honneur de vous voir, pour savoir vos intentions et recevoir vos ordres; que si vous étiez vous-même à la campagne, vous auriez, s'il vous plaît, la bonté de m'écrire un mot, afin que je puisse faire ma réponse qui dépend absolument de la disposition où vous serez. Cependant je prierai Dieu qu'il conduise le tout pour sa gloire et pour votre satisfaction, c'est-à-dire pour le salut de Mademoiselle votre fille, étant très persuadé que c'est la principale et Tunique chose que vous y envisagez. Vous savez, Monsieur, l'intérêt que j'y prends, non seulement pour la raison de mon devoir, mais, puisque vous me permettez bien d'user de ce terme, pour l'attachement d'amitié qui ne diminue pourtant rien de mon respect*. » On peut conclure, à ce langage, que Bourdaloue, dans la défense des âmes dont il avait la garde, savait se montrer ferme et bon. Il sentait que le Contrôleur des Finances faisait opposition aux désirs de sa fille et, pour ne point l'indisposer, il lui écrivait que la volonté paternelle, éclairée par la foi, est l'expression de la volonté de Dieu. Toutefois, comptant sur ses sentiments de reli-

1. Lettre de Bourdaloue à Claude Le Pelletier, 27 septembre 1683.

gion et (le tendresse, il ne manquait pas de l'engager à ne pas mettre obstacle à la vocation et au salut de son enfant. Ainsi, celui que certains esprits prévenus se plaisaient à représenter sec et dur, trop austère et trop rigide, se montrait indulgent et, dans la bonté de son cœur, savait compatir à la faiblesse humaine. Bourdaloue avait conservé, dans la gravité qui lui était naturelle, toute sa fleur d'humanité et de sensibilité, c'était un des reflets de sa belle âme.

Nous fermerons ce chapitre en ajoutant que la direction de Bourdaloue s'étendait encore aux personnes qui suivaient dans le cloître les pratiques de la perfection. Chargé par le cardinal de Bouillon de remettre des lettres à l'une de ses nièces, Marie-Xavier (M"" d'Elbeuf), il s'empresse de transmettre au prélat les réponses de la religieuse. Malheureusement, la lettre qui les renferme est tronquée et ne nous arrive qu'inconiplète, cette lettre porte une déchirure faite avec l'intention de tenir secrètes les confidences adressées à l'illustre correspondant. Voici en quels termes le prudent mandataire s'exprime dans les passages qui en ont été conservés. « Suivant les ordres d(! Voire Altesse b^minentissime, j'ai remis en mains propres le [)aquet de lettres qu'elle m'avait fait l'honneur de m'adresser pour ma très honorée sœur Marie-Xavier, et voici la réponse qu'elle m'envoya hier au soir. Il est vrai, Monseigneur, que je ne lui ai pas été tout à fait inutile dans cette occasion, puisqu'elle a eu besoin d'être fortifiée pour soutenir

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les reproches que lui faisait... Votre Altesse'...» , L'interruption de la lettre, à cet endroit, est produite M par la déchirure. Dans le contenu du passage sup- P primé, Bourdaloue parlait-il des tristesses causées à la religieuse par la disgrâce du cardinal, tristesses qu'on lui reprochait peut-être de ne pas supporter assez courageusement... et celui-ci, après lecture, avait-il cru devoir prudemment lacérer le morceau de la lettre qui renfermait les confidences douloureuses? Nous l'ignorons. 11 est toutefois facile de saisir, dans son langage attristé, la part qu'il prend aux épreuves de l'oncle et de la nièce. Depuis sa profession, la jeune religieuse avait choisi le pieux jésuite pour son directeur de conscience'^. Etait-ce par voie de correspondance ou autrement? On se le demande. Les occasions de voir le Père au couvent de la Visitation du faubourg Saint-Germain n'étaient pas rares. Bourdaloue y était appelé souvent : on savait qu'il était un maître « dans la discipline des cœurs» et là, comme ailleurs, son ministère était l'objet d'un incessant recours. Ainsi l'excellence de sa direction démontrait à tous l'élévation et l'efficacité de sa morale.

1. Lettre de Bourdaloue au cardinal de Bouillon, 28 décembre 1703. La date de cette lettre indique qu'elle l'ut l'une des dernières du grand prédicateur; Bourdaloue mourait quelques mois après.

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