LE SYSTÈME « POLITIQUE ET SOCIAL » DE BOURDALOUE
Les principes politiques de Bourdaloue. — Ses convictions étaient celles de son pays et de son temps. — Le pouvoir absolu avait pour base le droit divin. - Le roi représentant et délégué de Dieu. — La borne et le frein du pouvoir royal. — Les idées de Bourdaloue formulées dans le Panégyrique de saint Louis. — Un roi doit être le père de ses sujets et le premier serviteur de Dieu — Un roi a le devoir de maintenir et de protéger la religion. — Un roi doit être à la fois guerrier et pacifique. — Saint Louis modèle du vrai roi chrétien et français. — Les principes politiques de Bourdaloue sont en accord avec ceux de Bossuet et ceux de Fénelon. — Dans son patriotisme, il ambitionnait pour la France monarchique l'hégémonie du monde.
— Ses idées sur la question sociale. — Les droits et les devoirs des riches et des pauvres. — La formule économique de Bourdaloue répond à tous les besoins. — Inégale répartition des biens et des conditions. — Dieu rétablit l'équilibre social par la loi de l'aumône-
— La mesure dans laquelle elle doit être pratiquée. — Le supertlu du riche est la propriété du pauvre. — L'aumône doit s'étendre à tous les pauvres sans en excepter un seul. — Par elle Dieu se montre également bienfaisant envers le pauvre et envers le riche. — Par elle Dieu remédie à cette autre disgrâce du pauvre qui naît des rebuts et des mépris de sa condition. — Dans ses Exhorlalions, Bourdaloue montre les obligations rigoureuses du précepte de l'aumône. — Son appel pressant aux dames du monde en faveur des pauvres. — « Riches, aimez les pauvres! » — « Pauvres, respectez les riches ! » — 11 y a là la solution du problème social posé de nos jours. — Sagesse des idées de Bourdaloue.
Bourdaloue en politique fut de l'école de Bossuet. Son système de gouvernement reposait sur les mêmes principes, toujours il se montra le partisan du pouvoir absolu. \u \\\f siècle, on pensait ainsi. La noblesse, le clergé, le peuple ne voyaient pas de prospérité et de sécurité pour le pays en dehors de
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la monurcliie, basée sur le droit divin, b^nnemi par sa nature et son éducation de toute nouveauté, Bourdaloue était l'iiomme d'autorité par excellence. Mdèle à Dieu, fidèle au roi qui en était à ses yeux le représentant, il arfirmait ses opinions avec la force de caractère qui lui était propre, portant partout, en chaire et dans le monde, Tinflexibilité de ses idées, l'intransigeance de ses convictions et rinviolahililé de ses sentiments. C'était tout à la fois un lutteur opiniâtre et sincère, ce que l'on appellerait aujourd'hui un combatif, convaincu et de bonne foi. Mais chez lui le prêtre dominait tout, aussi ne livrait-il de combats que pour le triomphe de la vérité et de la justice, sachant mctlre à leur service l'ardeur d'une activité infatigable, la générosité d'un sang courageux, la fermeté d'un caractère indépendant, la noblesse d'un cœur fier, la supériorité d'un esprit d'élite et l'empire d'une vertu transcendante. De telles armes aux mains d'un intellectuel, d'un vaillant, d'un croyant, expliquent l'élévation et la netteté de ses idées politiques et la force et l'ardeur de son royalisme. Ce n'était pas par un vain sentimentalisme que Bourdaloue professait de tels ])rincipes, c'était par une conviction raisonnée dont le [)assé glorieux de la France lui démontrait la légitimité et la grandeur. Alors le peuple était monarchiste, le pouvoir absolu constituait son idéal de gouvernement. Jamais Bourdaloue n'aurait imaginé qu'une évolution vers les idées contraires fût possible et, si on lui eût parlé d'un nouvel ordre de choses comme la consé-
quence de certaines aspirations encore vagues qui commençaient à se produire, il n'y aurait j)oint cru. A .ses yeux, si l'ancien régime pouvait être menacé, il ne pouvait être détruit, parce qu'il tenait aux entrailles mêmes de la nation.
Du reste, cette théorie n'appartenait pas en propre à Bourdaloue, elle était la pensée même du siècle. Le pays tout entier, profondément chrétien, admettait le droit divin, il procUimail que l'autorité souveraine vient de Dieu, qu'elle ne peut exister sans lui, et qu'elle ne ])eut être incor])orée que dans le roi. Principe de toute autorité, « Dieu délègue une partie de son pouvoir au |)ère dans la famille, au prêtre dans l'Eglise, au roi dans l'État, et chacun de ces représentants de l'autorité divine sur la terre, en vertu de la pfus sacri'C des investitures, exerce, dans sa sphère, une part du pouvoir divin'.» Quand un peuple croit en Dieu, Dieu est poui' lui la raison première, la source légitime du pouvoir. Quand les hommes perdent cette croyance, ils ne |)arviennent à établir l'autorité que sur le sable; on ne bâtit pas en l'air, et alors on n'a plus l'autorité, on n'a que son fantôme sous le couvert de l'impuissance, du désordre et de la tyrannie. Depuis son origine, en dépit de tous les essais, de tous les modes et systèmes de gouvernement, le monde tourne dans cette alternative : il est soumis à l'autorité qui représente Dieu, ou il devient, en s'en émancij)ant, le jouet de ses passions, et la