‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 273 sur 347 · LE SYSTÈME « POLITIQUE ET SOCIAL » DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME « POLITIQUE ET SOCIAL » DE BOURDALOUE

pour loutes les traditions et pour toutes les idées qui constituent les points d'appui du pouvoir et les points d'arrêt de la liberté. Bourdaloue traitait les questions qui ont des conséquences vitales pour les peuples non en politicien mais en sage. 11 n'était pas jusqu'à la concision des formules employées par lui qui ne démontrât de sa part une compétence consommée. Ce qu'il résume en quelques mots dans le Panégyrique de saint Louis pourrait fournir matière à de longs traités. La royauté, d'après son idéal, doit placer dans la religion, la justice elle dévouement au bien public, ses instruments de règne. Il faut que le roi soit le maître et le 4)ère de ses sujets, leur modèle en toutes choses, le défenseur de leurs droits à l'intérieur et à l'extérieur, le protecteur des sciences et des arts, le gardien scrupuleux et vigilant de la fortune publique, le moteur dont la puissance doit assurer la prospérité et la suprématie de la nation. Et pour cela, il doit préserver ses peuples du doute, de l'incertitude, du scepticisme et leur imprimer par ses exemples le respect et l'amour de la religion, de ses croyances et de ses pratiques. Dans les intuitions de son patriotisme et de sa foi, Bourdaloue prévoyait-il, pressentait-il les dangers de l'avenir? Le siècle dont il devait voir l'aurore allait, hélas ! battre en brèche et renier ces principes : ne devait-il pas faillir à ses promesses, s'attacher à des chimères, outrager les croyances, corrompre les mœurs, renverser le trône, profaner les temples et le successeur de Louis XIV,

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lui-même, ne devait-il pas liùter la ruine de cet ordre de choses pour le salut duquel Bourdaloue aurait été heureux de donner sa vie? Ah ! s'il avait pu lire dans l'avenir, comme il aurait stigmatisé de sa parole vengeresse ces nouvelles générations sans foi, vouées au néant; ca])ables d'amonceler des ruines et impuissantes à donner à la France grandeur, gloire et immortalité. Mais détournons le regard de l'effrayante vision, nous sommes sous le règne de Louis le Grand et non encore sous les hontes de la Régence.

Bourdaloue jugeait donc la monarchie héréditaire nécessaire à notre génie, à notre avenir, à notre grandeur de peuple. Pour une race aussi magnifiquement dotée que la nôtre en élévation intellectuelle et morale, en générosité et en chevalerie, en martialitéet en liéroïsme, il voulait des rois modèles : religieux, bons, justes, guerriers, pacifiques, dignes en lout de nous commander. Et comme, en dehors de la royauté chrétienne, il n'existait pas pour lui d'autre forme de gouvernement assez parfaite pour assurer nos destinées, il s'efforçait de resserrer l'alliance de la France avec les descendants de saint Louis. A cette fin, il pressait Louis XIV, de toute la force de son éloquence, de se montrer à la hauteur de sa race, sous peine de perdre la nation et de lui faire, par l'abaissement des mœurs, le sort d'une nouvelle Byzance. Et alors, pour l'encourager dans ce grand œuvre, il faisait passer devant lui la gloii'e dos aïeux et lui marquait la place qu'il devait occuper parmi

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Ces rois dont la grandeur tient parfois du prodige, Fiers par-dessus les fiers, bons par-dessus les bons! Ils étaient là debout, Capets, Valois, Bourbons,

et il lui demandait en leur nom d'être le plus haut et le plus grand de tous. Ainsi, avant que la grande Catherine et Frédéric II, attirés par la renommée, vinssent rendre hommage à notre génie, Bourdaloue ambitionnait pour la France le titre de peuple chef et prétendait pour elle à l'hégémonie du monde.

Ces principes, dont les meilleurs esprits et les foules elles-mêmes subissaient alors l'ambiance, dont on ne saurait nier l'élévation et qui ont fait si longtemps le bonheur des peuples, sont sur certains points indiscutables; ils peuvent sur certains autres points être adoptés ou rejetés, mais, même dans des temps démocratiques comme ceux où nous vivons, et après la disparition de tout ce qui fut l'ancien régime, ils ont des droits au respect, cai' on leur doit la grandeur et la suprématie de la France sur l'Europe pendant toute une longue série de siècles. Le système politique de Bourdaloue était plus que théorique, il avait une forme, un relief, un corps.

De la question politique, i)assons à la question sociale. 11 nous faut suivre Bourdaloue dans l'exposé de ses idées sur les droits et les devoirs de ceux qui possèdent les biens de la fortune et de ceux qui en sont deshérités. Ses principes sur la propriété sont les mêmes que ceux sur la souveraineté. Comme le pouvoir royal vient de Dieu et se fonde sur le droit

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divin, la richesse a la même origine et repose sur la même base. Dieu est le maître unique de tous les biens, les riches ne sont que les dispensateurs de la part qu'ils en ont reçue. Les riches ont le devoir de secourir les pauvres et de les faire participer à leurs biens. Dieu les a établis comme les caissiers^ les économes et les débiteurs des pauvres, et ceux-ci, dans l'ordre providentiel, sont réellement les créanciers des riches, car les riches ne sont, selon Dieu, que les dépositaires et les dispensateurs de leurs biens. A la vue de l'inégalité des conditions et de la répartition de la fortune qui parait être si peu équitable, Bourdaloue fait de l'aumône un précepte rigoureux et obligatoire sous peine de péché mortel. « Si c'est un crime d'enlever au riche ce qu'il possède, ce n'est pas un moindre crime de refuser au pauvre la part qui lui est réservée... Le superflu du riche est le nécessaire du pauvre... Le riche a reçu ses biens de Dieu pour remédier par ses dons (compensation providentielle) au dénûment du ])auvre ; il est tributaire envers les nécessiteux de tout ce qu'il a de trop ^ » 11 serait impossible de formuler un plus haut et un plus sage enseignement en ces délicates matières, et il faut bien reconnaître que si les idées de Bourdaloue, qui n'étaient autres que celles de l'Évangile, étaient pratiquées, elles seraient la solution aussi équilable qu'heureuse de la grande question qui agite si vivement le monde contemporain.

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