La morale et la loi de l'histoire
LE SYSTÈME « PDLITIULK Kl" SOCIAL » DL liOUHDA l,Oi:r; 427
du cœur de riiomme, se maintenir, car « chacun, emporté par la convoitise,... n'eût pensé qu'à se rem|)lir aux dépens des autres ; et de là les divisions et les guerres... Le monde eût été livré par là à un pillage universel et à tous les maux que la licence no manque pas d'entraîner. De ce renversement de l'ordre établi, il résulta donc la diversité des conditions, et il y eut des déshérités et des petits, afin qu'il y eût dans la société la subordination et la paix^ » CM état est le fait de l'homme, il est la conséquence du désordre a])porté par lui dans l'ordre premier fixé par Dieu. Le Sauveur devait constater l'existence de cet état et sa durée en disant à ses disciples : // y aura toujovxs des pauvres parmi vous.
Or, comme remède à ce mal, Bourdaloue nous montre Dieu, rétablissant l'équilibre par la loi de l'aumône. « Il y a un précepte, un précepte formel, rigoureux, obligeant sous peine de péché mortel, imposé au riche, c'est le précepte de l'aumône... Qu'il y ait un précepte, c'est une vérité incontestable et ce commandement est si exprès qu'il suffira de ne l'avoir pas accompli pour être réprouvé de Dieu et pour entendre ce formidable arrêt : Retirez-vous de moi,, maudits! Mais où iront-ils? au feu éternel. Poui'quoi? parce que j'ai eu faim et que vous ne m'avez pas donné à manger. C'est que dans la personne des pauvres, j'ai souffert des besoins extrêmes
1. Seruton sur V Aumône, pour le vendredi de la première semaine du Carême.
et que yous ne m'avez pas secouru. » Ainsi se solidarise, ainsi s'identifie Dieu avec les pauvres; les secours qu'on leur refuse, on les lui refuse à luimême. Et Bourdaloue ajoute : « L'Evangile ne marque pas d'autre chef d'accusation : comme si toute la rigueur du jugement de Dieu devait consister dans la discussion de ce seul article et que Jésus-Christ ne dût venir à la fin des siècles, que pour condamner la dureléet l'insensibilité des riches pourles pauvres ^ » Telle est la redoutable sanction des manquements faits à la loi de l'aumône. C'est que Dieu, pour sauvegarder les droits sacrés des pauvres, a voulu joindre au précepte la menace et le châtiment. Il prévient solennellement les riches par la sentence de son Fils qu'il y va de leur ame, de leur damnation, et il se faille vengeur des pauvres quand il i)rononce la terrible condamnation contre les riches : Aile a ^ maudits ! au feu étemel.
Bourdaloue fixe la mesure dans laquelle Dieu veut que les riches pratiquent l'aumône. « Dans les nécessit(''s des pauvres, dit-il, c'est le superflu des riches qui doit être la matière de l'aumône. Ce qui fait le superflu des uns est le supplément qui ap|)arlient aux autres : leur nécessaire. C'est un bien dont les riches sont les dépositaires et les économes, ils ne peuvent le retenir sans tomber dans une criminelle injus^tice et sans se rendre coupables de vol. » En efl'et, refuser aux pauvres le superflu, c'est leur
1. Sermon .s(/r iAiDiiône. pour le vendredi de la première semaine du Carême.