‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 277 sur 347 · I.n SYSTÈME " POLITIQUE ET SOriAL » DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

I.n SYSTÈME " POLITIQUE ET SOriAL » DE BOURDALOUE

penser et pour le partager; ce bien vous en êtes comptables et vous aurez à en répondre. Ce bien que vous avez reçu, pour qui l'avez-vous reçu et à quoi devez-vous l'employer? C'est pour les pauvres que ce bien vous est confié, et c'est à leur subsistance que Dieu Fa destiné; d'où il s'ensuit que vous n'êtes pas riches pour vous-mêmes, mais pour les pauvres; c'est-à-dire que vous n'êtes pas riches pour satisfaire votre ambition, pour contenter votre cujjidité, pour entretenir votre luxe, pour vous élever, pour dominer ; mais que vous Têtes pour subvenir aux besoins des pauvres, pour soulager leur misère, pour leur fournir du pain, pour les nourrir. Voilà le dessein que la Providence s'est proposé ; voilà les vues qu'elle a eues sur vous et par conséquent le bien que vous possédez; vous ne devez pas seulement le regarder comme votre bien, mais comme le bien du pauvre, puisque vous le devez aux pauvres. » Telles sont les divines hauteurs auxquelles Bourdaloue fait remonter les devoirs de la richesse. 11 apprend ainsi aux grandes dames du monde que les biens dont elles disposent doivent servir au soulagement des pauvres et non aux satisfactions criminelles de leur orgueil. L'éloquent avocat des souffrants et des déshérités va plus loin encore : « Dans l'état opulent où Dieu vous a placées, vous êtes. Mesdames, à le bien prendre, les servantes des pauvres: être servantes des pauvres, c'est être servantes de Jésus-Christ. Les pauvres sont entre les hommes les plus petits, selon le monde, mais lout petits, tout vils, tout mépri-

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sables qu'ils sont aux yeux du monde, Dieu se les est associés et s'est associé à eux. 11 les a établis auprès de vous comme ses substituts, et il compte tous les services que vous leur rendez au nombre de ceux qui lui sont rendus. Vérité qui s'étend jusqu'<à nos souverains même et à nos rois... Ne les voyons-nous ])as laver eux-mêmes les pieds des pauvres ; oubliant alors que ce sont des sujets, pour reconnaître que ce sont les images vivantes du premier de tous les maîtres? C'est ainsi que vous ne rougirez point d'être appelées les servantes des pauvres, et vous trouverez dans cette gloire un remède eflicace contre ces enflures du cœur si ordinaires dans les conditions opulentes, et un contrepoids bien puissant contre ces hauteurs que la possession des richesses ne manque guère d'inspirer ^ » A ces personnes de qualité, à ces patriciennes si altières, l'apôtre ne craint pas d'attribuer la vraie place qui leur convient au ])oint de vue chrétien : elles ne sont que les servantes des pauvres.

Et, afin de préserver leurs âmes des dangers du monde, « surtout du monde corrompu oii elles viven t » , Bourdaloue recommande à ces superbes auditrices la pratique des œuvres de charité. « Vous devez vous employer pour les pauvres, les a])peler auprès de vous, ou aller vous-mêmes à eux, entrer dans la connaissance et le détail des extrémités où ils sont réduits, les interroger là-dessus, leur donner tout le

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