Mazarin
.1. Mémoires de Louis X H.
BOURDAi.oui:, I. Homme et ij; phiVire 455
de campagne était pour lui un séjour de prédilection ; il l'aimait à cause de sa solitude et de sa paix et il y venait non seulement pour y goûter quelques heures de liberté, mais aussi pour s'y livrer à l'étude et à la préparation de ses sermons. En 1672, à l'occasion des fêtes données au château pour le mariage de Nicolas de Lamoignon avec M"* de Chalucet, la sœur de M. de Toulon, Bourdaloue s'y était rencontré avec Boileau ; il était du nombre des invités ainsi que le P. Rapin.Nous ne croyons pas être téméraire en disant que son éloquence concise, régulière, pleine de sobriété et de bon goût et qui, par certains côtés, ressemblait à celle des grands parlementaires du temps, avait contribué à établir l'intimité de ces relations.
Le château de Bàville fréquenté et aimé de Bourdaloue a été dépeint par M. Georges Doncieux et nous sommes heureux d'en donner une vue à nos lecteurs. « Dès le premier loisir des vacations, le délicieux domaine ouvert aux amis de toutes sortes, devenait le séjour favori des jésuites; et il ne se passait guère de semaine qu'on n'en vît quelque couple errer parmi ses belles eaux et ses beaux ombrages : Commire, Verjus, d'autres encore, mais surtout le trio des illustres, Bouhours, Rajjin et Bourdaloue ; car Bourdaloue, tout ennemi qu'il était de la dissipation mondaine, donnait volontiers une après-midi au charme sérieux de Bàville, à l'amitié du premier président et de ses (ils. Ces trois jésuites avec Huet, Despréaux, quelques membres de VAcadémie du
456 liOiUDAi.oui':
Lundi, quelques hommes du parlement, formaient, au milieu des visites banales, un groupe choisi d'intimes; et le flot des fâcheux une fois retiré, ils jouissaient à loisir de ce grand magistrat, admirable partout, selon le mot de Bussy, mais à Bàville, aimable. Là, les repas relevés de quelque potage inédit ou de quelque miraculeuse salade de M""" de Sablé, ornés à l'occasion de telles beautés de la ville et de la cour, s'égayaient surtout des saillies de Despréaux, de ses escarmouches coutumières avec les Jésuites ^ » C'est dans la résidence rurale du premier président et dans ce cercle si distingué que nous devons tout d'abord voir, entendre et admirer celui qui en était le maître.
Nous nous ferons une idée de la distinction des manières et de l'élévation des conversations de ce milieu, en prenant l'abbé Arnauld pour guide; nul ne saurait mieux nous y introduire. Invité par M. de Lamoignon, le solitaire de Port-Royal s'exprime ainsi sur la courtoisie du grand magistrat et sur le bon ton qui régnaitdans son salon. « M. le président n'étant point du jeu, c'était après souper, j'eus l'honneur de m'entretenir avec lui. Sa conversation me semble en vérité préférable à tous les plaisirs après lesquels on court dans le monde, tant on y trouve à la fois de douceur et d'honnêteté, de brillant et de savoir. C'est à Bàville qu'il faut le voir pour le bien connaître : c'est là qu'il sait se proportionnera tous