Doncieux, Botthours, p
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ceux qui le visitent, et que, se dépouillant de la gravité qui convient au chef du premier parlement de France, il descend dans les devoirs d'un homme privé, faisant aussi bien que personne les honneurs de sa maison'. Ce portrait de Guillaume de Lamoignon, tracé par la main de l'austère janséniste, était fidèle ; un Arnauld ne flattait pas ceux dont ii reproduisait les traits. Aussi, quand plus tard on accusa Santeul d'avoir à Bàville parlé peu flatteusementdu grand Arnauld en présence de Bourdaloue, le fils du premier président se fit un devoir de publier la déclaration suivante : « Je certifie qu'il n'est pas vrai que M. de Santeul de Saint-Victor ait jamais parlé devant moi contre la mémoire de M. Arnauld. Il sait trop bien l'estime et la vénération que j'aurai toujours pour un aussi grand homme, l'un des premiers ornements de son siècle et dont l'amitié m'a toujours fait honneur, pour en parler dans des termes différents de ceux du public. » Chrétien de Lamoignon n'avait pas oublié le portrait que l'abbé Arnauld avait fait de son père et il n'hésitait pas, lui, l'ancien élève de Bourdaloue et le chaud partisan des Jésuites, d'afficher ouvertement la haute estime et la sincère affection de sa famille à l'égard du solitaire de Port-Boyal.
Toute une élite de beaux esprits formait la société de Bàville, les plus hauts personnages accouraient à ses réunions. Le salon littéraire du |)remier prési-
1. Mémoires d' Arnauld, III" partie, pp. 332 et 358. Collection Petitot.
dent était un terrain neutre où se rencontraient, faisant trêve aux divergences d'opinion, Arnauld, Huet, Bourdaloue, Bouhours, Sanleul, Fleury ', Régnard-, Racine, Boileau,le P. Ra|)in. Parfois M'"^ de Sévigné et M""*" de Grignan y faisaient une a|)parition et en y apportant le charme de leur conversation et de leur esprit, elles en complétaient la noble compagnie. Les châtelains de Bàville se plaisaient surtout à attirer Bourdaloue. L'éloquent jésuite leur était reconnaissant de la part privilégiée qu'on lui faisait. M"* de Sévigné a marqué la place occupée par lui à ce foyer de famille qui lui était si largement ouvert. Elle écrit à Bussy : « Je reviens de ma Bretagne, j'arrivai droit à Bàville, où M. de Lamoignon me tit trouver ma fille et tous les Grignan... je fus contente de la com|)agnie. Le P. Bourdaloue y était. Je fus aise de le voir dans la liberté de la campagne où il se fait connaître dans son caractère... Je voudrais que vous eussiez pu augmenter la bonne compagnie de Bàville, elle eut été parfaite. Le P. Rapin était soutenu du P. Bourdaloue, dont l'esprit est charmant et d'une facilité aimable \ » Dans ce salon au cachet académique et où passaient des évêques, des magistrats, des seigneurs, le premier présidentétait heureux
1. L'abbé Fleury, l'auteur de V Histoire ecclésiastique, le collaborateur de Fénelon dans réducation des petits-fils de Louis XIV. — Un des prêtres les plus distinfrués du clergé de Paris, l'abbé Castaing, auteur de la belle Histoire de M*^' Fauric, est à la veille de publier un important ouvrage où Fleury est présenté, à juste litre, cuuumc un lioniuie du premier rang
2. Celui-ci vivait, dans le voisinage di> Hàville, à Dourdan,