‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 291 sur 347 · Lettres, t. VII, pp. 402, i6!t · texte numérisé non relu

Lettres, t. VII, pp. 402, i6!t

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de compter Boiirdaloue et Boileau, les VV. Boiihours et liiipin parmi ses hôtes les plus familiers. C'étaient les intimes, les quatre amis qu'on attendait le soir quand les volées de fâcheux s'étaient enfuies. Groupe dans lequel on jiensait tout haut sans médire de personne, où l'on s'entretenait de littérature, d'éloquence, de poésie, d'art, de politique et de religion, et dont les membres donnaient par leur distinction personnelle au salon des Lamoignon le charme pénétrant du plus spirituel cénacle. En ces heures de causerie, de gaieté, de doux loisir, quelle dépense d'es])rit et du meilleur, quelles hautes considérations sur la cour, l'Etat, l'Eglise de France ; quelles vives envolées poétiques; quelles sages et fines réflexions sur Port-Royal et sur Saint-Cyr !

Telle était la vie de Bourdaloue au sein de la plus noble des amitiés, quand la mort vint visiter Bàville et y apporter la désolation. Le premier président, né en 1617, mourait en 1675, avant même d'avoir atteint à la vieillesse, dans la force de son talent et dans la pratique exemplaire de ses devoirs, à peine âgé de soixante ans. Sous le coup de ce deuil, le prédicateur imposa silence à sa douleur pour rendre un hommage public aux vertus de celui dont il pleurait la perte. Dans son Sermon sur V Aumône^ il présenta son illustre ami comme le modèle du serviteur fidèle de l'Evangile et le père des pauvres. C'est en ces termes émus qu'il esquissait la ligure du grand magistrat. « M. de Lamoignon fut l'honneur de son siècle, l'ornement de sa condition, l'appui et le

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soutien de la justice, le modèle vivant de la probité, l'amour de tous les gens de bien; homme parfaitement chrétien, encore plus recommandable par sa religion que par toutes ses éminentes qualités; homme qui sut accorder la grâce de sa modestie avec l'élévation de sa dignité, la douceur de son esprit avec la fermeté de son ministère ; homme dont le nom ne mourra jamais et qui vient de s'ensevelir dans les bénédictions des peuples... 11 a élé le père des pauvres, il les a chéris comme ses enfants; ni l'éclat, ni la foule de ses importantes occupations ne lui ont jamais ôté un moment de son application infatigable pour le bien des pauvres... Mais ma douleur m'empêche de vous en dire davantage et de m'expliquer autrement que par mon silence ' »... N'est-ce pas que le cœur de l'ami vibre aussi fortement que l'àme du prêtre chez Bourdaloue ? Ce fut à la fin de son exorde que le prédicateur paya son tribut (ramilié respectueuse et reconnaissante. Ce petit éloge n'était, comme l'a écrit le P. Bretonneau, qu'un léger essai de ce que Bourdaloue aurait dit s'il eût entrepris l'oraison funèbre du défunt. Nous aurions garde de nous plaindre de cette concision, elle était très expressive; la tristesse de l'ami, comme les grandes douleurs, demeurait muette.

La mort de Guillaume de Lamoignon, loin de briser les relations si intimes de Bourdaloue avec

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