Mémoires, Collection Petilut. t. XLVl, p
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d'elle-même. Le religieux n'ignorait pas que le poète n'hésitait jamais à affirmer publiquement et éloquemmentsafoi et qu'en pleine Académie, il avait demandé des prières pour le re[)Os de l'àme de M. de Furetière. Cet académicien avait été exclu de l'illustre compagnie à cause de certaines critiques par trop vives lancées contre quelques-uns de ses membres. Après sa mort, l'Institut, encore ému des différends survenus, délibéi'a si on ferait un service funèbre en sa mémoire. Des|)réaux, qui jugeait sagement devoir jeter le voile de Toubli sur les querelles |)assées, prit alors la parole en faveur du confrère défunt et s'exprima en ces termes : « Messieurs, il y a trois choses à considérer ici. Dieu, le public et l'Académie. A l'égard de Dieu, il vous saura sans doute très bon gré de lui sacrifier votre ressentiment et de lui offrir des prières pour un confrère, qui en aurait besoin plus qu'un autre, quand il ne serait cou])able que de l'animosité qu'il a montrée contre vous. Devant le public, il vous sera très glorieux de ne pas poursuivre votre ennemi au-delà du tombeau. Et pour ce qui regarde l'Académie, sa modération sera très estimable, quand elle répondra à des injures par des prières, et qu'elle ne refusera pas à un chrétien les ressources qu'offre l'Eglise pour apaiser la colère de Dieu, d'autant mieux que, outre l'obligation indispensable de prier Dieu pour vos ennemis, vous vous êtes fait une loi de prier pour vos confrères. » Bourdalouejugea qu'on ne pouvait mieux dire. Il félicita Boileau et applaudit à ses sentiments
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si j)rofondémenl chrétiens. 11 se rappelait alors que le poète en publiant son Epltre sur Vainour de Dieu (celte prière en vers qui avait provoqué l'admiration de Bossuet), le défenseur de M. de Furetière n'avait consenti à la faire imprimer qu'après avoir pris ses conseils et l'avoir soumise à son jugement.
Après Boileau, Santeul devait faire, lui aussi, l'expérience de la tidélité du cœur de Bourdaloue. Dans le feu des discussions à Bàville et ailleurs, le chanoine de Saint- Victor avait parfois à rompre des lances avec ses contradicteurs et alors le prédicateur dont on l'econnaissait resi)rit de modération remplissait, à la satisfaction de tous, le rôle délicat de pacificateur et d'arbitre. Le P. Lauras représente Bourdaloue chez les Lamoignon comme un méxliateur écouté et un conciliateur impartiale Un jour, vers la fin de 1G94, Santeul avait été froissé par plusieurs Pères de la Maison professe d'une appréciation peu fiatteuse portée sur une épitaphe faite par lui pour le tombeau d'Arnauld. La question, grossie par les jansénistes, avait pris de la gravité, |)rovoqué des démêlés, et vers et pamphlets attisaient la querelle. Santeul, qui n'était pas un batailleur, ennuyé de l'éclat, pria Bourdaloue d'intervenir auprès des PP. de La Bue et Commire, et il écrivait en même temps au P. de La Chaize, l'un des offensés, pour l'assurer qu'il n'avait pas prétendu faire du mal en composant une épitaphe considérée à