LES COMMENCEMENTS DE BOURDALOUE
Bourdaloue. — Sa place comme prédicateur au xvii° siècle. — Son éloquence et ses qualités dominantes. — Son genre devrait être en faveur auprès de nos contemporains. — Bourdaloue est un modèle à suivre. — Avantages de son étude. — Sa naissance el sa l'amille. — Les belles alliances des siens. — Il a de qui tenir. — Leurs hautes relations. — Les Bourdaloue et les Guise. — Le collège et les maîtres de Sainte-Marie de Bourges. — Les Bourdaloue et les Condé.
— Le jeune Louis fait l'éloge de Henri II de Bourbon. — Sa noblesse d àme. — L"appel de Dieu. — Opposition de sa famille à sa vocation.
— Sa fermeté toute virile. — Départ pour Paris. — Le sacerdoce et la vie religieuse. — Il ne veut vivre que dhumilité et de pureté. — C'est le vrai type du jeune homme chrétien. — Il triomphe des résistances de sa famille. — Son bonheur au noviciat de la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice. — Le pieux lévite devient prêtre et est le modèle de tous. — Il professe les lettres. — Son traité de rhétorique.
— De l'enseignement des sciences, il passe à celui de la philosophie et à celui de la théologie. — L'éducation de Louvois. — Ses débuts oratoires. — Sa destinée est dès lors marquée. — Ses premiers sermons. — Le Panégyrique de saint François de Sales. — VAvenl à Saint-Louis en 1669. — Concours autour de sa chaire. — Déjà s'ouvre l'ère des succès. — Force et beauté de sa parole. — Elévation de son caractère. — Sa puissante organisation. — Son extérieur. — Le Carême de 1670. — La même année, il doit prêcher V Aient aux Tuileries. — Bourdaloue arrivait à son heure, il était à la hauteur de sa mission.
Lo génie de Bossuet fut éminemment fécond, il créa de toutes pièces le mouvement qui porta l'éloquence de la chaire en France à sa plus haute perfection et donna naissance à une lignée d'orateurs dont les triomphes auraient ajouté à sa gloire si
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c'eût été nécessaire. Parmi les émules de l'évêque de Meaiix, Bourdaloue occupe le premier rang. Prédicateur puissant, il a des accents qui attirent, captivent et retiennent. Il dresse le plan de ses sermons avec une logique inflexible ; avant tout, il s'attache au vrai, il dédaigne l'éclat de l'image, il s'oublie lui-même, ne se préoccupe que de doctrine et dispose toutes les parties du discours avec l'art consommé du stratégiste dont Quintilien a fait l'éloge, portant ainsi la conviction dansl'àme de ses auditeurs. Préparé par de fortes études littéraires, philosophiques et théologiques, rompu aux discussions de l'école, doué d'un inaltérable sang-froid dans la controverse en dépit de son caractère naturellement bouillant, Bourdaloue, grâce à ses facultés natives et à une éducation forte et austère, possède à un degré supérieur la clarté de la diction et la puissance du raisonnement.
Homme de caractère et de courage, solidement retranché dans ses principes, sincère dans son langage, pétri d'honneur et de loyauté, Bourdaloue regarde ses contradicteurs en face, ne prête jamais à l'équivoque et délie de leur part tout soupçon. Moraliste, il ne prêche que pour instruire et sauver les âmes, exposant leur état sous un jour si lumineux qu'il fait de chacune d'elles le juge qui, au tribunal de la conscience, porte la sentence contre la passion et le péché; religieux, il se montre docile jusqu'à la plus humble soumission et la plus entière abnégation ; apologiste, il subjugue par son éloquence, par
une finesse do psychologie pi-oj)re, par un esprit pénétrant et aigu, par un goût pur et sévère, par un savoir enfin dont l'abondance embrasse tous les d(''tails de la morale et toute la praticpie de la vie. Bourdaloue possède le don d'une inébranlable constance à supporter le labeur, la contention, la fatigue d'esprit, il a cette a])tiUide rare qui renferme souvent en elle le secret du génie, la persévérance dans Telfort. A la lecture de ses sermons, le mot des anciens revient à la nn-moire : Bes magnœ seipsis ornatœ sunt^, tant éclatent les vérités qui forment la trame de ses compositions. Alors on cède à l'empire de sa raison et de sa foi, et on subit leur puissance. C'est que Bourdaloue, grâce à la sagesse hâtive de sa nature, possédait, même dès sa jeunesse, l'expérience et le savoir d'un âge avancé, et l'on pouvait, avecCicéron, dire de son éloquence « qu'elle avait blanchi de bonne heure - ».
De tous les dons de l'esprit, l'éloquence est le plus séduisant, elle charme et subjugue. Puissance magique, l'éloquence éblouit comme l'éclair, transporte comme la joie, fascine comme la beauté; elle est, dans ses splendeurs, l'apparition de l'idéal luimême. Bourdaloue personnifie l'orateur dont le verbe vibre sous la touche puissante de la pensée. Sa parole se revêt toujours de formes saines et robustes et s'incarne dans une expression de vérité toute virile. Chacun de ses sermons est une thèse dont les