Epiyramme XI. II
la première en 1695 et la seconde en 1697. Le maréchal de Luxembourg, duc de Montmorency- BoLiteville, était le fameux capitaine dont les glorieuses victoires lui avaient mérité le surnom de (( tapissier de Notre-Dame ». Il y a un mot charmant de M"^ de Sévigné sur la confession in extremis du brillant et valeureux soldat. « Bourdaloue, écritelle, Ta assisté et il a dit qu'il n'avait pas vécu comme lui, mais qu'il voudrait mourir comme lui K-» Quant à la confession du duc de Gesvres, nous ignorons si elle fut aussi tardive que celle du maréchal, nous pouvons affirmer toutefois que le saint religieux ne se montra ni moins empressé ni moins bienveillant pour la recevoir. Le duc de Gesvres était en disgrâce et la situation douloureuse qui lui était faîte nous permet d'avancer que son confesseur l'entoura des plus douces et des plus fortifiantes consolations. Un des grands dons de Bourdaloue était de savoir disposer les âmes au passage de cette vie à l'autre. Il savait adoucir les déceptions de l'existence et dissiper les angoisses de l'agonie et du trépas par l'espérance d'un sort meilleur. Il avait surtout le secret, a dit M""' de Pringy, de rassurer, de calmer et de consoler les âmes inquiètes. Il leur inspirait tant de foi et de soumission qu'il ne les quittait jamais sans leur avoir fait partager sa confiance en l'infinie bonté de Dieu. Dans les termes les plus exacts, il présentait la vérité aux mourants.,
li Lettre de M"' de Sévigné à M""" de Coulanges, 14 janvier 169T.
ROURDALOUE, L HOMMIÎ ET Li: PRKTRK 485
et ceux-ci, dans la foi à la charité du Rédempteur, trouvaient un remède à leur désolation '. L'éloquent jésuite, on le voit, fut le confident et le consolateur des âmes inquiètes et que la mort venait surprendre, il faisait entrer Tespérance dans les cœurs meurtris et troublés.
En suivant lîourdaloue durant le cours de ses prédications, nous avons déjà marqué le sermon prononcé par lui sur la demande de Bossuet, dans la chaire de la cathédrale de Meaux en 1694. La lettre de l'évêque qui a trait à ce discours en vante Téloquence, Bossuet ne craint pas d'y dire : <( Bourdaloue nous a fait un sermon qui a ravi tout notre peuple et le diocèse ~. » Certes, nul éloge ne pouvait être plus flatteur, et on est en droit de conclure à ce langage que le concours autour de la chaire occupée par l'éloquent jésuite avait été grand et l'applaudissement unanime. Mais la lettre de Bossuet ne parle pas seulement d'éloquence, elle révèle autre chose et établit formellement les rapports familiers qui existaient entre les deux orateurs. Elle démontre, en effet, que l'intimité qui les unissait permettait à Bourdaloue, en certaines circonstances, d'être le messager, le commissionnaire, l'interprète de Bossuet lui-même. Ne nous apprend-elle pas que Bourdaloue a été le porteur à Jouarre d'un paquet où se trouvait incluse la lettre du prélat et qu'il avait mission, en rentrant à Meaux, de lui remettre des