Mémoires de Daniel Huet, Iradiiit-^ par Charles Nisanl
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lionoré, pour lui souliailer par avance une aiinre telle que mon zèle me la fait concevoir (je comprends tout dans ce mot), et je me flatte que sans m'expliquer davantage, elle m'entend fort bien. Mon unique consolation est d'apprendre que malj^ré toutes ses traverses, sa santé qui nous est précieuse ne laisse pas de subsister. Car par là ma confiance en Dieu me fait toujours espérer de voir même bientôt mes souhaits accomplis; aussi ne se |)asse-t-il aucun jour, que je ne le demande à Dieu, comme la chose du monde qui serait la plus capable de me combler de joie , j usqu'à me faire dire Nunc dimittis M » En s'épanchantsurce ton si pénétré et si touchant, Bourdaloue ne se doutait pas que ses vœux pour le prélat étaient de sa part la suprême expression d'un dévouement qui allait, hélas ! n'avoir plus rien de terrestre. C'était, en effet, pour lui l'heure du Nunc dimittis! Cette lettre, écrite quelques mois avant sa mort, devait être la dernière de sa correspondance, le cœur généreux qui la dictait allait bientôt cesser de battre et le cardinal de Bouillon allait suivre de bien près le grand prédicateur dans la tombe.
Tout à ses devoirs, s'oubliant lui-même, Bourdaloue n'avait point encore pensé à recueillir ses sermons. Ce fut seulement sur l'ordre du Père général', qu'il consentit à les revoir et à les imprimer. Nous nous représentons l'apôtre, dans le silence de sa cellule, revenant sur sa carrière ora-
1, Lettre du 28 décembre 1103.