‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 323 sur 347 · Lettre du 27 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 27 janvier

2. L'abbé Jean-Jacques Boikart de Saron, trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes.

BOURDALOUE, l.'llOMMI-: ET Jj; l'RftTRi: 4'.)7

ci'ilique en éloquence sacrée et fait connaître ses impressions sur ce discours. C'est un côté nouveau sous lequel il nous paraît intéressant de le considérer en passant. Ses idées sur cette matière se trouvent formulées dans son Traité de Rhétorique, dans le jugement porté par lui sur le genre du P. Séraphin et dans sa lettre à M. de Gramont sur les missionnaires de Bayonne. Après avoir assisté à la cérémonie de l'inhumation du cœur de Philippe d'Orléans et y avoir entendu l'éloge funèbre de ce prince, il est curieux de connaître son appréciation du discours prononcé dans cette circonstance.

Le jugement qu'il en fait est l'exposé de ses principes et de sa méthode oratoire. « Je ne doute pas, Monseigneur, que vous n'ayez reçu, écrit-il à l'évêque de Clermont, bien des compliments sur le succès et l'applaudissement qu'a qv\V Oraison funèbre de Monsieur^ prononcée par votre neveu, l'abbé Bochart de Saron ; mais je suis sûr que vous n'en recevrez pas de plus sincères que le mien... Il est donc vrai que cette action a parfaitement réussi, que j'en ai été touché, et que j'y ai non seulement reconnu mais senti les traits de la plus vive éloquence. La prononciation était noble et animée, mais elle ne m'a point empêché de juger du fond des choses et de rendre à l'orateur toute la justice qui lui était due. Car son discours était solide, sensé et de plus pathétique, ce que j'estime le plus '. »

1. Lettre dont lautographe, 3 sepleiubre 1701, est au Bristish- Museuni.

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Le panégyriste dont le grand prédicateur fait l'éloge était parisien d'origine. Entré dans la Compagnie de Jésus fort jeune, il en était sorti après une douzaine d'années. Bourdaloue semble exprimer le regret de ne le pouvoir plus compter au nombre de ses confrères à cause de ses talents, et il ne se console de sa perte qu'à la pensée de Fhonneur qui rejaillira sur ceux qui l'ont ainsi formé. L'abbé Bochart de Saron, neveu par sa mère de M^' Cazet de Vautorte évêque de Vannes, avait passé quelques années de sa vie religieuse dans cette ville à titre de professeur de rhétorique au collège des Jésuites, il devint plus tard grand-vicaire de son oncle paternel l'évêque de Clermont. 11 ne parvint pas malgré les éloges de Bourdaloue à compter parmi les prédicateurs de marque et fut plus connu par ses deux lettres [les Bochardes)^ que par ses sermons.

Les sermons de Bourdaloue, quoique leur publication fût ardemment désirée de son vivant, ne devaient paraître qu'après sa mort, en 1707. Les auditeurs du grand prédicateur tenaient à voir fixer non seulement pour eux mais pour la postérité les hauts enseignements tombés de ses lèvres, et ils hâtaient de tous leurs vœux l'apparition des instructions si éloquentes, dont ils avaient suivi le cours. L'impression d'une œuvre oratoire dont la sincérité et l'érudition étaient singulièrement puissantes s'imposait pour l'honneur de la chaire et pour le bien des âmes. Bourdaloue n'était pas de ceux que condamne le Danlc parce quils ne disent ni oui nijion.

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11 avilit prêché la vérité devant Louis XIV sans jamais faiblir et sans jamais trembler. En présence du monarque le plus absolu, il semblait avoir pris pour symbole de son indépendance apostolique les armes du blason do son oncle Antoine de Bourdaloue, l'écu d'azur au lion d'or couronné regardant un soleil de mêmeK Par les fiertés de son éloquence, le prédicateur osa, en effet, regarder en face et admonester sans peur le Roi-Soleil. Si son austère parole n'était pas colorée comme les fleurs, ailée comme les oiseaux, elle était abondante et forte comme les épis qui nourrissent l'homme. Aussi ceux qui l'écoutaient ne vivaient pas, comme dit Renan, « de l'ombre d'une ombre et du parfum d'un vase vide », ils savouraient le pain du plus pur froment et ils s'imprégnaient delà bonne odeur des divines vérités. Quand les sermons de Bourdaloue furent édités pour la première fois par Rigaud [Sermons du Père Bourdaloue, de la Compar/nie de Jésus. Pour V Avent. Format m-8°),M. de Précelles, docteur de la maison et société de Sorbonne et lecteur des Livres, ne fut que l'interprète de l'opinion en s'exprimant ainsi : <( J'ai lu par ordre de M*"" le chancelier les sermons du P. Bourdaloue... Le public perd beaucoup de ne pouvoir plus entendre la voix du célèbre prédicateur e»i qui la science et la piété, le zèle et la modestie se joignaient si parfaitement; et dont les discours pleins de feu et pi'ononcés avec tant de dignité, ins-

1. Étude ffénéaloqique sur les Bourdaloue. par E. Tausserat. Correspondance d'Antoine de ISourdaloue, Appendice A. Xufice par M. Cliérot.

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piraient à toutes sortes de personnes du respect pour les vérités de l'Evangile, soit dans cette ville capitale du royaume, soit à la cour où il a si souvent eu l'honneur de porter la parole de Dieu devant notre grand monarque. Mais ces discours sont si pleins de religion, si pleins d'esprit, de bon sens, d'érudition sainte, et de cette véritable éloquence dont la sagesse est la source, que je ne doute pas qu'ils ne plaisent encore extrêmement et qu'ils n'édifient partout, lorsqu'ils seront imprimés, et qu'ainsi ils produisent d'aussi grands fruits après sa mort qu'ils n'en ont produit durant sa vie*. » Cette approbation du lecteur défi Livres était juste et bien méritée, elle se trouvait avec le /^ermï's d'imjprimer délivré par le P. Provincial de France en tête de la première édition'^. On juge à une appréciation si flatteuse la haute estime que les érudits et les lettrés avaient pour la parole de Bourdaloue ; ce témoignage, émanant de la Sorbonne, sera un des plus glorieux hommages rendus à son éloquence. Mais, à mesure que la vie avait décliné, l'apôtre, qui avait si puissamment travaillé au salut des autres, avait désiré ne plus se distraire de l'œuvre capitale de sa sanctification et aspiré à une existence plus intérieure et solitaire, plus obscure et oubliée. Pour cela, il demanda à ses supérieurs la permission de se retirer à La Flèche, motivant ses droits à cette faveur sur son âge, ses travaux, sa santé délicate

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