‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 324 sur 347 · Paris, 3 janvier 1707. Signé : Charles Delaitre · texte numérisé non relu

Paris, 3 janvier 1707. Signé : Charles Delaitre

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. et surtout sur le besoin de s'appliquer tout entier au perfectionnement de son âme et à sa préparation à la mort. Il ne lui suffisait pas do n'aller dans le monde que par devoii', comme « l'ambassadeur d'un jtrince dans un pays étranger », il voulait s'enfermer vivant dans sa cellule, loin de tout bruit et de toute distraction. Cette |)remière tentative n'ayant pas réussi, il en fit une nouvelle auprès du Père général de la Compagnie avec encore plus d'insistance. Il se tournait vers Rome qu'il se plaisait à appeler avec le Dante une terre de grâce et de clarté, et il plaidait sa cause sur un ton si pénétrant qu'on ne peut lire sa lettre sans ressentir au cœur l'émotion la plus profonde, a Mon Très Révérend Père, disait-il, Dieu m'inspire et me presse d'avoir recours à votre paternité. ])our la supplier très humblement, mais très instamment de m'accor-

^ der ce que je n'ai pu malgré tous mes efforts obtenir du R. P. Provincial. 11 y cinquante-deux ans que je

, vis dans la Compagnie, non pour moi, mais pour les autres ; du moins plus pour les autres que pour moi. Mille affaires me détournent et m'empêchent de travailler, autant que je voudrais, à ma perfection, qui néanmoins est la seule chose nécessaire. Je souhaite de me retirer, et de mener désormais une vie plus tranquille ; je dis plus tranquille, afin qu'elle soit plus régulière et plus sainte. Je sens que mon corps s'affaiblit et tend vers la fin. J'ai achevé ma course, et plût à Dieu que je pusse ajouter, j'ai été fidèle ! Je suis dans un âge où je ne me trouve plus

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guère en état de prêcher. Qu'il me soit permis, je vous en conjure, d'employer uniquement pour moimîme ce qui me reste de vie, et de me disposer par là à mourir en religieux. La Flèche, ou quelque autre maison qu'il plaira aux supérieurs (car je n'en demande aucune en particulier, pourvu que je sois éloigné de Paris), sera le lieu de mon repos. Là, oubliant les choses du monde, je repasserai devant Dieu toutes les années de ma vie dans l'amertume de mon âme. Voilà le sujet de tous mes vœux ^ » Cette lettre aurait obtenu à Bourdaloue la satisfaction de ses désirs ; elle avait été accueillie favorablement à Rome par le maître de l'Ordre, mais les supérieurs de Paris renouvelèrent leurs instances et l'infatigable apôtre dut demeurer dans ses fonctions. « Dieu voulut ainsi, dit le P. Bretonneau, qu'il eût tout le mérite d'un sacriiice si religieux sans en venir à l'exécution et qu'il achevât de se sanctifier lui-même en travaillant à la sanctification du prochain'. » Le P. Bourdaloue n'insista plus, il crut obéir à l'ordre de Dieu en se soumettant aux volontés de ses supérieurs.

Dès lors il continua son œuvre, et il travailla à sauver les âmes jusqu'au dernier soupir. On le vit comme par le passé occuper la chaire dans les églises, les couvents, les hôpitaux, les prisons où sa parole avait déjà ojx'ré tant de merveilles. Son zèle

i. Lettre de Bourdaloue au T. R. P. Gonzalez, Général des Jésuites, écrite du 10 novembre 1700 au 10 novembre 1701 après cinquante-deux ans de vie reliiiictise.

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