P. Lauras, t. I, p
au sortir de la fournaise ardente, son verbe puissant et enflammé pénétrait dans les esprits comme une lame merveilleusement fourbie. Pendant cinquante ans, aux heures où Bossuet se tait, c'est lui qui est le premier partout où il parle. Il possède cet air de force et de calme qui n'appartient qu'au x hommes dont le regard fixe la lumière et dont la tête habite les sommets. Devant le monarque qui commande au monde, il porte sans faiblir le poids de l'apostolat le plus redoutable et il exerce un ministère d'autant plus respecté que la cour sait qu'il en subit la tâche et qu'il ne l'a jamais sollicitée. Bourdaloue est l'homme de l'honnêteté et de la droiture, de la conviction et du devoir, l'homme qui a rempli sa destinée sans aucune lacune et sans aucune ombre et dont les dons exceptionnels n'ont été employés qu'au service des âmes et à la gloire de Dieu. Prêtre d'élite, il s'occupe sans cesse et avant tout de ses devoirs d'état. Sa vie se résume dans ces mots : il prêcha, il confessa, il co?zvertit ! \\ \\ dàïiïBiiàxi pas qu'une seule heure de son temps pût être perdue, il donnait la leçon de l'exemple qu'il jugeait supérieure à toute, et, dans les phases les plus brillantes desa carrière, il ne cessa jamais d'être un modeste, un austère, un laborieux. Dix jours avant sa mort, il payait encore en chaire de sa personne '. N'avait-il pas dans son zèle pris un engagement auprès de la maréchale de Bellefonds, pour prêcher à Vincennes le jour môme où il était emporté pai- une
1. lionrdaloue, sa vorreapondrinci' el aes cnvvrftpnndnutx. p. 100.
BOLRDALOLE, l'iIOMME HT l.R PRÊTRE TiOy
violente inflammation de poitrine^? Le long surmenage qu'il s'imposait avait ébranlé sa comple\ion robuste et il se trouvait atteint tout à coup aux sources mêmes de la vie. On pouvait dire de lui ce qu'il avait dit des hommes apostoliques : (( 11 a rempli son ministère, il a honoré son ministère, il s'est sacrifié ])Our son ministère'. »
Ainsi foudroyé par un mal qui ne pardonne pas, Bourdaloue expirait le 13 mai 1704 à l'âge de soixantedouze ans, dans une vieillesse active, souriante et bénie. Le P. Martineau, supérieur de la Maison professe de Paris, annonça la mort du reliij;ieux aux maisons de l'Ordre par une Lettre circulaire, et de toutes parts on entoura de regrets, de prières et d'admiration celui qui avait été l'un des prédicateurs les plus éloquents de l'Eglise de France; on éprouvait en le perdant la sensation douloureuse et cruelle de ce qui est irréparable et définitif. La chaire comptait en Bourdaloue Tune de ses gloires; n'occupait-il pas, dans la phalange des orateurs du grand siècle, une place d'honneur! Sa parole, mêlée si souvent aux questions les plus hautes, évoquait trop de souvenirs dans les esprits et dans les cœurs pour ne pas laisser des traces ineffaçables dans l'histoire de son temps. Bourdaloue avait été l'un des plus dignes représentants de la grande famille religieuse de saint Ignace. Plus que tout autre ou autant que tout autre, il avait donné « la méthode, l'équilibre moral