‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 329 sur 347 · Eloye de liounlaloue, par Chrétien de Lamoignon · texte numérisé non relu

Eloye de liounlaloue, par Chrétien de Lamoignon

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quelque chose de leur rayonnement dans la« blonde et belle lumière » ^ de son aurore. A ce rapprochement de Bossuel, de Bourdaloue et de Massillon, dont les accents divers furent si puissants, on comprend que si les maîtres de la peinture se font une palette composée de nuances douces et pi\les ou de colorations vives et chaudes, les maîtres de la parole se font une gamme, un genre, une modalité qui les personnifie, et que, dans le concert de leurs voix pures, graves ou sublimes, retentit, soupire ou éclate Fincomparable harmonie de la grande éloquence.

Quand la mort enlevait ainsi Bossuet et Bourdaloue à la chaire, les personnages de la ville et de la cour qui les avaient si souvent entendus et applaudis se montraient profondément émus. A ces coups, ils sentaient que les hommes les plus fameux, ceux mêmes qu'ils avaient traités de divins, à cause de la magie de leur langage, n'échappaient pas à la commune destinée, et à la vue de ces grands morts dont ils croyaient toujours entendre la parole, ils comparaient d'une façon touchante l'humanité à un vaisseau qui, au milieu des écueils d'une mer dangereuse, doit atteindre aux rivages de l'éternité. Cette comparaison était de M'"*" de Coulanges, elle lui avait été inspirée par le Sermon de Bourdaloue sur la Pensée de la mort. L'élégante amie de M""^ de Sévigné, en entendant le prédicateur traiter ce sujet, avait été transportée d'admiration et avait exprimé

1, Lettre (le M"" de Sêvifiiié. pdssim.

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ses sentiments dans une de ses Lettres sous cette forme poétique et délicate. Le sei'mon sur la mort, prêché à Notre-Dame, en 1671, était demeuré dans les mémoires et M""^ de Sévigné sous son impression avait, elle aussi, compare la vie à un fleuve tantôt calme et tantôt tumultueux qui nous emporte vers le port. Si cette éloquence laissait de si profondes empreintes dans les imaginations et dans les âmes, on comprend qu'tà l'heure où Bourdaloue entrait dans l'éternel silence, les auditeurs qui lui survivaient devaient en éprouver des émotions non moins profondes ; sa mort inattendue donnait une force nouvelle à ses sermons. Avec quel saisissement, si elle eut été alors de ce monde, M""^ de Sévigné aurait répété les paroles d'autrefois : « Ah! Bourdaloue, quelles divines vérités nous avez-vous dites sur la mort' ! » Et devant le cercueil de son prédicateur préféré ces paroles tombant de sa bouche, ou plutôt de son cœur, auraient fait le plus bel éloge !

ïl est raconté dans Plutarque que des navigateurs, traversant la mer Egée par une nuit sereine, entendii-entau milieu du silence des vents et des flots ce cri qui les remplit d'effroi : le grand Pan est mort! Ainsi au xvii^ siècle certains esprits cédèrent à une terreur secrète quand éclata subitement la nouvelle : Bourdaloue est mort. La perte du prédicateur que M""" de Sévigné avait surnommé la grand Pansemblait leur annoncer le déclin de la grande élo-

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